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Le distributisme, cet inconnu (I)

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Qu'est-ce que le distributisme ? Il m'est arrivé, à plusieurs reprises, d'en parler sur ce blogue, souvent de manière elliptique. Sans entrer dans le détail ni suivre d'ailleurs un plan rigoureux de présentation, je me propose de donner, de temps en temps, quelques aperçus sur ce courant mal connu en France.
Sous le terme générique de « distributisme » courent d'ailleurs plusieurs définitions qui ne se réfèrent pas toutes à la même réalité. Ici, nous voulons évoquer le distributisme catholique, né de l'encyclique de Léon XIII, Rerum novarum [ici]. A la suite de ce texte fondateur, des catholiques anglo-saxons ont développé tout un courant dont la principale revendication était la distribution de la propriété privée.[photo : G.K. Chesterton]
8610d28e78a28739520ab373d820d47c.jpeg Deux noms émergent parmi les principaux défenseurs de ce catholicisme social : Chesterton et son ami Hilaire Belloc. Ils ne furent pourtant pas les seuls. Il faut leur adjoindre notamment Arthur J. Penty, le sculpteur et typographe Eric Gill ou l'historien et naturaliste H.J. Massingham sans oublier le dominicain MacNabb. En 1926, une Ligue distributiste fut même fondée. Elle bénéficie alors de l'aura de Chesterton, mais pâtit aussi de ses défauts. L'écrivain n'est absolument pas fait pour diriger un mouvement politique ni même une publication régulière. Son esprit étant anti-systématique par nature, il illustre plutôt qu'il n'expose ce qu'est le distributisme. Le mouvement profite, en revanche, du « sang-froid » d'Hilaire Belloc. A l'époque, il a déjà consacré plusieurs ouvrages à la défense de la propriété privé dans une perspective catholique. Il donnera une synthèse de ses travaux, dans son célèbre essai sur la Restauration de la propriété (An essay on the restoration of property que nous présenterons prochainement). [photo : Hilaire Belloc]db6739790cd2a9f226ae15e9799e3347.jpeg
Les événements joueront aussi un mauvais tour au courant distributiste. L'apparition du fascisme, un vocabulaire commun avec celui de la doctrine sociale de l'Eglise  (le fascisme et l'Eglise défendent les corporations par exemple, mais n'entendent pas exactement la même chose sous le même terme), la lutte des démocraties contre le fascisme et enfin la guerre froide fondée sur l'opposition entre capitalisme et socialisme, entraînent la quasi-disparition du distributisme.
Il finit pourtant par réapparaître. Principalement au sein du monde catholique américain. Des débats, parfois houleux, souvent passionnants, opposent les tenants du distributisme aux catholiques favorables au libéralisme économique. Le plus souvent – pas toujours – les uns et les autres partagent une même vision de la foi, une même fidélité à la doctrine et à la morale traditionnelle, un même souci de défendre la papauté et de prendre en compte ses enseignements. [photo : Eric Gill]
db81525a7fab381e8fc13e89227935a9.jpeg Alors pourquoi ces débats ? Tout simplement en raison d'une interprétation radicalement différente de la doctrine sociale de l'Eglise. Les distributistes ont une vision organique de celle-ci. Il s'agit d'un autre projet de société, opposé aussi bien au capitalisme libéral qu'aux divers socialismes. Les catholiques libéraux voient avant tout dans l'enseignement social de l'Eglise une simple amélioration morale au mode de vie occidentale et une plus grande prise en compte de priorités (la personne, la place des pauvres, etc.) trop souvent mises à l'écart dans l'économie libérale.
La grande difficulté pour les tenants du courant distributiste a d'abord consisté dans les références avancées. On peut avoir de l'admiration pour Chesterton et estimer que ses idées politiques et sociales datent. On peut comprendre la rage de Belloc contre la grande finance et penser que les acteurs de ce secteur ne sont plus simplement des exploiteurs du peuple. L'autre difficulté tient aussi au terme qui leur sert de drapeau. Favorable à la distribution, mais à la distribution de quoi ? Et par qui ? A la limite, le terme évoque une sorte de socialisme, saupoudré de christianisme. Une ambiguïté qui pose également un problème aux tenants la « démocratie en économie » qui, sous le titre « d'économie distributive » défendent une espèce de « socialisme humain », vraiment différente du distributisme anglo-saxon. .
Pour répondre à ces interrogations et à ces difficultés, les éditions américaines IHS Press ont publié Distributist perspectives (volume I). Le but de l'ouvrage est clairement de donner une vision précise de ce qu'est réellement le distributisme. Dans cette perspective, les éditeurs ont rassemblé plusieurs écrits « fondateurs ». De Chesterton et de Belloc, bien sûr, mais aussi de Herbert W. Shove, de George Maxwell, d'Arthur J. Penty, de H.J. Massingham, d'Eric Gill et d'Harold Robbins. Tous, dans leur domaine respectif ou dans la limite du sujet abordé, montrent la richesse de la vision distributiste. Il est clair, en effet, qu'avant d'être une doctrine inspirée du catholicisme social des encycliques, le distributisme repose sur une vision du monde. Laquelle paraîtra, tour à tour, comme utopique, dans la mesure où elle s'inspire de l'ordre social chrétien médiéval, et prophétique, dans sa prise en compte d'éléments qui sont aujourd'hui à l'ordre du jour : mise en cause de la société de consommation, prise en compte des limites face à une économie fondée sur la croissance illimitée, défense de la création, revalorisation de la vie rurale, de modes de vie plus simple, opposition au globalisme, valorisation des entités (de l'entreprise à la nation) à taille humaine, etc.
 
A suivre… 

Commentaires

  • Il y en a qui me considèrent comme un Communiste tout simplement parce que je suis Distributiste. C'est plus proche des Boulangistes (pour ne rien dire des Boulangers) que des Communistes, non?

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