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  • Revivre à la campagne

    C’est un classique de l’autarcie ou de l’autosuffisance (Self-sufficiency) que viennent de rééditer les Éditions de Borée (ici). Un classique d’origine anglaise, qui a connu plusieurs éditions en langue étrangère. En France, « The complete book of Self-sufficiency » a été édité sous le titre Revivre à la campagne. Il a été publié en 1976, 1996 et 2003. À chaque fois, des succès puisque l’ouvrage a toujours fini par être épuisé, demandé, âprement recherché, acheté, parfois à prix d’or, chez les bouquinistes. Il connaît aujourd’hui une nouvelle parution française, la quatrième.
    Son auteur ? John Seymour (1914-2004) est à la fois le théoricien et le praticien de l'autosuffisance, idée qui vise à refuser la course en avant de la consommation et de l’industrialisation par une vie autarcique reposant sur l’indépendance familiale, la responsabilité, la petite propriété et la vie conviviale. Sans y faire directement référence, les idées de John Seymour sont proches du courant catholique distributiste, développé par G.K. Chesterton et Hilaire Belloc en Angleterre. Loin d’être un « idéologue », John Seymour a surtout présenté les moyens pratiques à mettre en œuvre pour tendre à l’autarcie. Il sait que celle-ci, dans le contexte moderne, n’est pas à la portée de tous et qu’elle n’est pas complètement atteignable. D’abord au Pays de Galle, puis en Irlande, Seymour a mis ses idées en application et a monté une ferme où il a vécu comme un petit exploitant. Il est allé cependant plus loin puisque celle-ci est devenue une véritable école de formation, accueillant des stagiaires du monde entier (le site de la ferme Seymour ).

    Que contient le livre ? Le mieux est de proposer la table des matières de cette nouvelle édition (cf. album photo Sommaire, colonne de droite).
    Derrière, cette multitude de renseignements, John Seymour développe une philosophie de la vie qui mérite d’être prise en considération. Le terme de « philosophie de la vie » ne doit pas être entendu au sens de la pensée d’un auteur qui aurait bâti un système cohérent et logique. John Seymour n’est ni un maître, ni un gourou. L’expérience de son existence lui a appris que l’homme pouvait parvenir à vivre par lui-même, en s’inspirant notamment de l’héritage des anciennes pratiques et coutumes. Certes John Seymour a préféré vivre à la campagne qu’en ville. Mais il n’en détaille pas moins les moyens de mettre sur pied des jardins urbains, pratique expérimentée dans certaines villes en faveur des handicapés et des personnes âgées. Certes, encore, il peut être qualifié d’agriculteur biologique, mais jamais n’apparaît dans son livre un aspect militant.
    Plus simplement, il explique comment organiser sa parcelle de terrain pour pouvoir vivre le plus possible de sa production. Il donne également des conseils très pratiques pour faire son vin, sa bière ou filer la laine de son mouton. L’ouvrage est tellement riche qu’il est en fait impossible de le résumer. Le mieux est de le lire. On aura la satisfaction de voir que ce n’est pas un programme que propose Seymour. Il ne s’agit pas de faire tout ce qu’il a fait ou tout ce qu’il préconise. Faites ce que vous pouvez, explique-t-il, et ne cherchez même pas à tout faire. La nature est exigeante. Elle implique un facteur important que nos sociétés modernes ont perdu de vue : le temps. Dans son avant-propos, Seymour est très clair : « Conseillerais-je à quelqu’un d’adopter ce style de vie ? Je ne conseillerai rien à personne. L’objet de ce livre n’est pas de forger la vie des autres mais simplement d’aider les autres à faire ce qu’ils ont décidé d’entreprendre. (…) Je donnerais simplement un conseil gratuit : n’essayez pas de tout faire d’un coup. Il s’agit d’un mode de vie organique et les processus organiques sont lents et réguliers. »
    Derrière cet appel à l’autosuffisance, c’est en fait un réapprentissage d’une vie humaine plus calme, plus contemplative, plus ancrée dans le réel et dans le temps, que propose John Seymour.
    On pourra, bien sûr, estimer que l’autosuffisance est une utopie, une nostalgie et forme un certain retour en arrière. Ce serait une utopie si elle s’élevait au rang d’un système total de pensée et de vie, qui prétendrait s’imposer à tous et immédiatement. C’est certainement une nostalgie et elle forme, d’une certaine manière, un retour en arrière. Mais il ne faut pas avoir peur des mots. La nostalgie du malade, c’est la santé. Le retour en arrière pour celui qui est perdu, c’est de retrouver le croisement et de prendre le bon chemin. Le vrai danger consisterait effectivement à ne pas respecter la démarche « organique » et de vouloir effectuer ce retour en arrière de manière moderne, c’est-à-dire en brûlant les étapes, vite, et sans précaution. Le malade que l’on gave ne retrouve pas la santé.
    Ce que propose Seymour, c’est le fruit de son expérience et de l’expérience du passé, rassemblé dans un livre pour adopter lentement des styles de vie différents. « Il existe des changements simples que les individus peuvent apporter à leurs styles de vie et qui pourraient tout changer. Et, si nous faisons preuve de sagesse, nous n’attendrons pas l’apocalypse pour apporter ces changements. Je ne vous demanderai pas de suivre aveuglément ce que je préconise, mais tout simplement d’en tenir compte lorsque vous réfléchissez à l’avenir ».
    En un mot, Seymour nous invite à réfléchir à la conséquence de nos actes, à prendre nos vies en main, en fonction de ce qu’il appelle la « tragédie des biens communs ». Ces « biens communs » sont la nature, l’air, la terre. Mais pourquoi parler à leur endroit de « tragédie » ? Tout simplement parce que personne ne nous paie pour les préserver alors qu’ils sont déterminants pour nos vies et que nous en sommes tous responsables. Nos actes quotidiens, les plus simples, peuvent jouer sur le sort de la nature en général, homme compris. Nous sommes co-responsable de la Création. D’où la conclusion de simple bon sens de Seymour : « Mais s’il est vrai que la seule personne dont je puisse maîtriser les actes est ma propre personne, alors ce que je fais m’importe. Le monde dans son ensemble peut s’en moquer, mais moi pas. Et, par chance, un facteur important peut nous aider à progresser en matière d’économie d’énergie. Car non seulement nos muscles aident-ils la planète, mais ils nous tiennent également en bonne santé et actifs. »
    Étrangement, John Seymour, qui peut être considéré comme l’un des précurseurs de mouvement récupéré aujourd’hui par une certaine gauche, ne semble plus faire partie des références de celle-ci. Sa vision de la « maison » donne peut-être la clef de cette mise à l’écart. « La maison idéale, écrit-il, doit être le creuset de l’hospitalité retrouvée, de la vraie culture et de la convivialité, du plaisir, du confort et, surtout, de la vraie civilisation. Et tout un chacun en ce bas monde peut atteindre la créativité suprême : avoir une maison idéale. En effet, le maître (ou la maîtresse) de maison est aussi important que la maison elle-même, et la qualité de ‘femme au foyer’ est le travail le plus créatif et le plus important sur terre ». Parler de vraie civilisation pour ceux qui nient le concept même de civilisation (et qui préférent parler des civilisations) et mettre en avant la femme au foyer, voilà une manière de penser ni très progressiste, ni très à gauche.
    On pourrait craindre que cette apologie de l’autarcie ne finisse surtout par être une apologie du repliement sur soi. Le danger n’est pas irréel. Le refus de la surconsommation, des nuisances citadines, le désir de vivre à la campagne (voir mon post sur les néo-ruraux, ici), peuvent très bien amener au refus pratique de la sociabilité, c’est-à-dire, si l’on en croit Aristote (pour qui l’homme est un « animal social »), de l’humanité qui est en nous. Seymour en est bien conscient. Il insiste sur la nécessité d’avoir de bons amis et un bon voisinage. « Assurément, précise-t-il, lorsque je parle d’autosuffisance, mes idées ne se bornent pas à la simple production d’aliments et de boissons. Nous devons également nous forger d’autres talents et participer comme nous le pouvons au tissu social qui nous entoure. Plus nous y contribuons, plus nous en serons récompensés. Et si nous pouvons nous amuser, spontanément, sans que l’industrie ne nous impose nos divertissements, alors, c’est tant mieux. J’ai passé des nuits fabuleuses au pub au son de la musique galloise, dans une ambiance extraordinaire ».
    Y a-t-il des zones d’ombre dans ce tableau ? On regrette dans le livre de Seymour l’absence de tout enracinement spirituel, alors que l’homme est un être fondamentalement religieux et que l’on ne peut pas passer par perte et profit la Révélation. De la même manière, il semble que Seymour ait été sensible au mythe de la surpopulation (il parle ainsi de la « croissance démographique insupportable »). S’il honore la « femme au foyer », il ne parle guère de ce foyer. La famille, élément social de base et le plus traditionnel, le plus naturel, est absente de son discours comme elle l’est généralement des propos de ceux qui entendent refuser les styles de vie moderne pour retrouver des modes de vie plus conformes à la nature de l’homme. Mais ce faisant, ils oublient une grande part de ce qui constitue l’homme, comme la famille et la religion. Révélateur d’un refus moderne de la modernité, souvent plus dans ses accidents que dans ses fondements.
    Ces bémols n’enlèvent rien aux conseils pratiques et à l’expérience de Seymour livrés dans cet ouvrage. Ils demandent seulement d’être replacés dans une perspective plus juste et plus complète.
     
    Pour découvrir Revivre à la campagne, n'hésitez pas à tourner quelques pages (soit ci-dessous, en pointant la souris sur le bas ou le haut de la page, soit pour voir les images en grand dans un diaporama, dans la rubrique Album, colonne de droite) :  
     
     

  • Kouchner et la désertion du politique

    Sur le site de Liberté politique, Yves Meaudre, qui œuvre avec talent et courage au sein des Enfants du Mékong, a écrit un article consacré à Bernard Kouchner (ici).
    Dans son édition de fin de semaine, Liberté politique revient sur le sujet, à la suite de réactions plus que mitigées. « L’avis d’Yves Meaudre, explique Liberté politique, sur le choix de Bernard Kouchner (notre édition du 21 mai) et le portrait qu’il a fait du nouveau ministre des Affaires étrangères ont provoqué des réactions mitigées : heureusement surprises pour certains, très critiques pour d’autres qui lui refusent le moindre satisfecit. Ce débat nous donne l’occasion de rappeler notre conception de la responsabilité politique. Notre seul critère est le bien commun. Si un socialiste peut servir la France, pourquoi pas ? ». Toute la suite est une argumentation en faveur d’un jugement serein et politique.
    Il faut pourtant avouer que l’article en question est une succession de contradictions enfilées comme les perles d’un collier. En gros, dans un souci de vérité, toujours utile, et de réalisme, toujours nécessaire, Yves Meaudre tente de montrer la complexité de la personne qu’est Bernard Kouchner.
    Comment ne pas lui donner raison ? Trop conscient des dangers inhérents à la communication qui finit par construire un personnage qui, petit à petit, prend le pas sur la personne au point de la recouvrir et parfois de l’effacer, je ne peux que saluer cet effort de décapage de la statue pour retrouver la personne même.
    Mais, ce faisant, Yves Meaudre évacue le problème principal et retombe inévitablement dans la difficulté qu’il veut éviter. À une image construite par Kouchner lui-même, par les circonstances et les médias, il tente de substituer une autre image. C’est-à-dire un reflet, une construction qui tend à vouloir prendre le pas sur l’autre image et sur la personne elle-même.
    Le plus grave cependant est ailleurs. À quoi sert un tel portrait, même si on l’estime plus juste que le portrait habituellement répandu ?
    Que Bernard Kouchner ait finalement une personnalité plus complexe que nous ne le pensions, tant mieux ! Mais, à vrai dire, nous en étions bien persuadés. Nous expérimentons tous notre difficile condition humaine, nos tiraillements entre le bien et le mal, nos fautes et nos échecs.
    Yves Meaudre nous apprend finalement que Bernard Kouchner est un homme. Mais est-ce suffisant pour être un ministre des Affaires étrangères, avec une politique cohérente, dans un prétendu effort de rénovation de la France qui vise à sortir des ornières de Mai 1968 ?
    On subvertit ici complètement l’aspect politique. Le problème, en effet, n’est pas d’abord que Kouchner ait appartenu aux Jeunesses communistes ou qu’il ait fait Mai 68. Ni même qu’il pense telle ou telle chose dans le domaine de la politique étrangère.
    La subversion du politique s’effectue tout simplement en nous laissant entendre que Bernard Kouchner pourra entreprendre une bonne politique étrangère, au service de la France, parce qu’il a dialogué avec le père Ceyrac, que son épouse (Christine Ockrent) est marraine de Science Com’ créée par Philippe de Villiers ou qu’il lit Camus comme… le père Marie-Dominique Philippe.
    Tout l’article d’Yves Meaudre est de nous affirmer, non pas que Kouchner est parfait – il pointe même des défauts politiques importants –, mais qu’il n’est pas un idéologue.
    Seulement, le même article nous dit qu’il est « mondialiste », « sans référence morale objective » et que « son système de valeurs est celui de ses contemporains fatalistes ».
    Au fond, Yves Meaudre a raison. Kouchner ne porte pas une idéologie, il est porté par elle. Il est idéologue comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Pour un ministre des Affaires étrangères, c’est finalement ce qu’il y a de plus grave. Nous sommes en pleine désertion du politique. Et nous sommes loin de l’assurance d’une action en faveur du bien commun.

  • Une nouvelle frontière française ?

    La ruralité attire. Le thème revient même de plus en plus souvent, dans la presse écrite comme à la radio et à la télévision. Des sites Internet, des associations, des cabinets de consultants se sont même spécialisés sur ce sujet. Les maisons d’éditions s’y intéressent aussi. Le retour à la campagne est ce qu’on appelle un phénomène de société. Pour désigner ceux qui entreprennent le chemin inverse de leurs arrière-grands-parents, on a même forgé un nouveau terme : les néo-ruraux.
    Étrangement, si le régime de Vichy avait chanté le « retour à la terre », c’est aux lendemains de Mai 68 que l’on a vu se mettre en place les premiers signes du phénomène de la vie à la campagne. Dans ce contexte idéologique précis, il s’agissait de rompre avec la servitude bourgeoise et capitaliste, identifiée à la structure urbaine incarnée par la ville et l’usine. Il fallait retrouver des modes de vie à la fois plus naturels et plus communautaires. D’où l’installation dans des zones rurales désertées ou presque (le Lazarc) où l’acquisition d’une bergerie ou d’une vieille maison était accessible à des bourses point trop pleines. L’élevage, l’entraide communautaire, la spontanéité, devaient permettre à ces « phalanstères » d’un nouveau genre de subsister en dehors du système et contre lui. La contre-culture était en marche.
    Assurément, tout n’était ni faux, ni mauvais dans cette démarche qui marquait le refus d’une société plus puritaine que chrétienne, plus kantienne que catholique. Le drame reposait sur le fait que l’on jetait le bébé avec l’eau du bain, le christianisme avec le masque qui le recouvrait et qui le défigurait. Le drame venait aussi du fait que ce retour à la terre, à la nature, à une vie plus saine, s’opérait dans une démarche tout à fait désordonnée. On était pour la nature, mais aussi favorable et adepte de la révolution sexuelle, seulement possible par l’utilisation des méthodes de contraception artificielles et chimiques, voire par le biais de l’avortement, refus caractérisé de la vie. [Voir ici la page d’un livre des années soixante-dix qui montre bien le paradoxe de la situation].
    Ce manque de cohérence allait aussi entraîner les pires désillusions à base de jalousie, d’affrontements, de contact avec la réalité qui était loin d’être aussi pacifique que rêvée. Le drame venait des fondamentaux philosophiques sur lesquels cette démarche s’appuyait. Refuser le moralisme kantien est une chose. Verser dans le naturalisme rousseauiste, en est une autre, aussi dangereuse et perverse.
    Autour de 1975, le mouvement du retour à la campagne atteint un pic. Il se maintient durant les années 1980, mais sans réelle ferveur. Le souffle idéologique retombe. La décennie suivante voit un réveil. Le phénomène repart, mais sur des bases nouvelles. On s’éloigne des villes, surtout à cause de l’augmentation du coût de la vie. On ne rompt pas tout à fait avec la cité puisqu’on y travaille toujours, avec des horaires, plus ou moins aménagés. Timidement, l’explosion des nouvelles techniques de communication permet au télétravail de s’installer dans le paysage de l’entreprise.
    En 2003, une enquête Ipsos montrait que deux millions de personnes avaient franchi le pas de l’installation à la campagne. À la même époque, deux millions et demi de personnes affirmaient vouloir engager une telle démarche d’ici 2008. 84 % des maires de communes rurales interrogés par Ipsos déclaraient avoir été approchés par de potentiels néo-ruraux. 17% de ces derniers étaient porteurs d’un projet économique local.
    Aujourd’hui, à l’initiative de la "Foire à l’installation en milieu rural" dont la quatrième édition aura lieu les 1er et 2 juin à Limoges (Haute-Vienne), une étude a été menée par l’institut CSA sur les désirs des citadins, éventuels néo-ruraux. Selon cette enquête, un citadin sur deux souhaite s’installer à la campagne durant sa vie active. Plusieurs critères entrent en ligne de compte pour le choix de leur lieu d’installation : les commerces (39%), la présence de transports en commun (42%), les services de proximité (35%) et le maintien des services publics (29%). On peut trouver étonnant de ne pas trouver l’école comme critère pour une bonne installation. C’est certainement qu’elle est comprise dans les services de proximité ou les services publics. Notons que ces critères dessinent les traits d’une politique nullement idéologique :

    – Nécessité d’une politique de vraie décentralisation ;
    – Encouragement à l’accession à la propriété privée ;
    – Aide aux petits commerces, activité commerciale et interface humaine ;
    – Développement d’une politique de transports en commun qui passe notamment par la revalorisation du réseau ferré, et, pourquoi pas, une politique de décentralisation en la matière ;
    – Une politique scolaire de séparation de l’école et de l’État, seule capable de répondre, par l’initiative et le souci de répondre aux besoins qui se présentent, au maintien de l’école en zone rurale ;
    – …


    Aujourd’hui, avec le moderne « retour à la campagne », même si le goût pour l’alimentation biologique, la démarche de décroissance ou de vie alternative sont bien réels, nous sommes loin d’un phénomène uniquement hippie.
    Quand il n’est pas porteur d’une démarche militante de ce type, le néo-rural s’avère être souvent un « bo-bo » rural. Il transporte avec lui son mode de vie citadin, avec sa télévision, son home cinéma, sa radio qui fonctionne à plein tube en permanence, son désir de sortir pour aller au cinéma et faire la fête, son vote à gauche et défense des minorités culturelles et sexuelles opprimées. Aujourd’hui, la « néo-ruralité » est « plurielle ».
    Elle est moins utopique aussi, plus prudente, même quand elle est militante. Elle s’ancre davantage dans un projet de vie qui veut durer. Selon le Journal du management, ce qui motive aujourd’hui majoritairement les « néo-ruraux » est la conservation d’une activité professionnelle en trouvant un nouvel équilibre « entre qualité de vie et choix de vie ». Dans la même publication, un de ces nouveaux aventuriers témoigne : « nous sommes en chemin vers le bonheur, en pouvant mettre en cohérence trois sphères : la famille, le professionnel et nos envies ».

    Les échecs existent, bien sûr. Le Monde notait dans son édition du 17 octobre 2006 que « L'aventure en effet peut être lourde de mauvaises surprises. » C’est pourquoi les guides se multiplient. Village magazine (ici et et ) en a publié un et les éditions Rustica ont demandé à Bernard Farinelli d’écrire un gros volume sur le sujet (VIVRE À LA CAMPAGNE, GUIDE PRATIQUE, Rustica éditions, 320 p., 25 €.). Dans son genre, c’est une vraie réussite. Tout y est. Comme le notait le quotidien Le Monde : « De la chasse au jardin bio, des détails les plus pratiques aux réflexions sur "l'étape complexe" - et essentielle - de l'intégration, en passant par la réalisation d'un projet professionnel et la gestion d'un élevage familial, le découpage thématique choisi par l'auteur illustre la variété insoupçonnée des questions, parfois presque philosophiques, quelquefois triviales, qui se posent aux nouveaux habitants d'un espace rural, lui-même modifié en profondeur par ce renouvellement démographique. » Ceux qui, comme moi, possèdent ce livre ont trouvé une véritable mine, parfaitement illustrée qui plus est.

    Et maintenant, la vraie question ? Pourquoi finalement évoquer ce phénomène ? On peut, bien sûr, sauver son âme en vivant dans une ville comme on peut la perdre en allant vivre à la campagne. On peut se perdre dans l’utopie d’un « retour à la terre » alors que l’on ne sait rien des exigences de cet autre monde, d’autres modes de vie. On peut aussi tout détruire en transportant les miasmes citadines, de la ville à la campagne.
    On peut aussi tenter, vouloir, désirer cette vie rurale, dans un petit village, une petite ville ou dans une ferme, pour le bien de sa famille, son propre équilibre psychique, en faisant le pari mesuré (mais la vie est toujours un pari) d’une vie plus austère mais plus détachée du superflu.
    En tout état de cause, outre les excellents conseils, que l’on peut trouver ici ou là sur les pièges et les utopies à éviter dans ce genre d’aventure, il est clair que le catholique doit essayer d’ancrer sa démarche sur d’autres motivations et fondements que les seules raisons économiques, psychiques ou culturelles. Cette démarche doit être sacramentelle. [À ce sujet, voir les post suivants : ici, et ]. En un mot, il s’agit, à travers ce type d’installation, de chercher avant toute chose Dieu et le moyen de mieux remplir ses devoirs d’états, et notamment de chercher le vrai bien de sa famille. La démarche n’est pas une fuite, ou alors la fuite des miasmes spirituels, économiques et sociaux de la ville ne sont que le pendant négatif d’un point fondamental et positif qui est de chercher Dieu, de le trouver et de le contempler. La vie plus simple, la vie rurale doit se donner pour but de trouver Dieu sans l’envahissement et les perturbations de la vie urbaine. Et de ce fait, c'est la certitude que ce n'est pas le "paradis", mais la confrontation journalière avec une réalité que nous avons perdue de vue.