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26/05/2007

Kouchner et la désertion du politique

Sur le site de Liberté politique, Yves Meaudre, qui œuvre avec talent et courage au sein des Enfants du Mékong, a écrit un article consacré à Bernard Kouchner (ici).
Dans son édition de fin de semaine, Liberté politique revient sur le sujet, à la suite de réactions plus que mitigées. « L’avis d’Yves Meaudre, explique Liberté politique, sur le choix de Bernard Kouchner (notre édition du 21 mai) et le portrait qu’il a fait du nouveau ministre des Affaires étrangères ont provoqué des réactions mitigées : heureusement surprises pour certains, très critiques pour d’autres qui lui refusent le moindre satisfecit. Ce débat nous donne l’occasion de rappeler notre conception de la responsabilité politique. Notre seul critère est le bien commun. Si un socialiste peut servir la France, pourquoi pas ? ». Toute la suite est une argumentation en faveur d’un jugement serein et politique.
Il faut pourtant avouer que l’article en question est une succession de contradictions enfilées comme les perles d’un collier. En gros, dans un souci de vérité, toujours utile, et de réalisme, toujours nécessaire, Yves Meaudre tente de montrer la complexité de la personne qu’est Bernard Kouchner.
Comment ne pas lui donner raison ? Trop conscient des dangers inhérents à la communication qui finit par construire un personnage qui, petit à petit, prend le pas sur la personne au point de la recouvrir et parfois de l’effacer, je ne peux que saluer cet effort de décapage de la statue pour retrouver la personne même.
Mais, ce faisant, Yves Meaudre évacue le problème principal et retombe inévitablement dans la difficulté qu’il veut éviter. À une image construite par Kouchner lui-même, par les circonstances et les médias, il tente de substituer une autre image. C’est-à-dire un reflet, une construction qui tend à vouloir prendre le pas sur l’autre image et sur la personne elle-même.
Le plus grave cependant est ailleurs. À quoi sert un tel portrait, même si on l’estime plus juste que le portrait habituellement répandu ?
Que Bernard Kouchner ait finalement une personnalité plus complexe que nous ne le pensions, tant mieux ! Mais, à vrai dire, nous en étions bien persuadés. Nous expérimentons tous notre difficile condition humaine, nos tiraillements entre le bien et le mal, nos fautes et nos échecs.
Yves Meaudre nous apprend finalement que Bernard Kouchner est un homme. Mais est-ce suffisant pour être un ministre des Affaires étrangères, avec une politique cohérente, dans un prétendu effort de rénovation de la France qui vise à sortir des ornières de Mai 1968 ?
On subvertit ici complètement l’aspect politique. Le problème, en effet, n’est pas d’abord que Kouchner ait appartenu aux Jeunesses communistes ou qu’il ait fait Mai 68. Ni même qu’il pense telle ou telle chose dans le domaine de la politique étrangère.
La subversion du politique s’effectue tout simplement en nous laissant entendre que Bernard Kouchner pourra entreprendre une bonne politique étrangère, au service de la France, parce qu’il a dialogué avec le père Ceyrac, que son épouse (Christine Ockrent) est marraine de Science Com’ créée par Philippe de Villiers ou qu’il lit Camus comme… le père Marie-Dominique Philippe.
Tout l’article d’Yves Meaudre est de nous affirmer, non pas que Kouchner est parfait – il pointe même des défauts politiques importants –, mais qu’il n’est pas un idéologue.
Seulement, le même article nous dit qu’il est « mondialiste », « sans référence morale objective » et que « son système de valeurs est celui de ses contemporains fatalistes ».
Au fond, Yves Meaudre a raison. Kouchner ne porte pas une idéologie, il est porté par elle. Il est idéologue comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Pour un ministre des Affaires étrangères, c’est finalement ce qu’il y a de plus grave. Nous sommes en pleine désertion du politique. Et nous sommes loin de l’assurance d’une action en faveur du bien commun.

Commentaires

Merci Monsieur Maxence de nous éclairer sur Notre nouveau Ministre, après un tel portrait. Vous précisez mes doutes en ce qui concerne la personne politique nommée Bernard Kouchner : si un homme politique peut se tromper de bonne foi, cela n'en fait pas pour autant un saint ...
Lit-il les ouvrages du Père Marie Dominique, ou lit-il Camus comme ce saint prêtre ? Est-il saisi par le désespoir de l'homme sans Dieu, à l'instar de l'auteur de talent, qui refuse toute transcendance, ou perçoit-il un sens au réel sur lequel il a un impact forcément idéologique :
Oui, Bernard Koucher est capable de dépasser l'idéologie communiste qui justifie les pires horreurs , que cite Monsieur Meaudre, comme sa dénonciation des victimes du maoïsme, mais il est également capable d'oeuvrer pour d'autre sidéologies, en devançant même les acquis de la culture de mort : n'est-ce pas Bernard Kouchner, qui est allé serrer la main à l'infirmière de Mantes la Jolie, celle qui a tristement incarné la première, le combat pour "la mort dans la dignité" ? Ce geste mérite que nous n'accordions pas à Monsieur Kouchner, une tribune aussi élogieuse sur un site aussi "catholique", que Liberté Politique. De plus, il me semble que Monsieur Kouchner bénéficie déjà d'un assez fort crédit de "médecin humaniste sans frontières", dans son camp et ailleurs, pour lui consacrer des éloges alors que la culture de mort ne cesse d'avancer et de détruire, sans que personne n'ait le courage de la dénoncer ouvertement, sur des tribunes pourtant consacrées à la liberté, et à la Vérité.
Nous nous réjouissons des saines fréquentations de notre Ministre, en tant que catholiques, autant que nous sommes heureux de savoir que Johnny fréquente des Légionnaires du Christ, ou que telle star s'est convertie. Le discours de Monsieur Meaudre ressemble à un "plaidoyer pour mon copain Bernard", qui me fait penser à ces personnes qui, n'osant manifester des opinions perçues comme trop radicales, cherchent à rester dans le champ du relativisme, pour ne pas que les dîners entre copains soit trop imbuvables.
Alors permettez-moi de vous remercier, encore une fois, de nous donner une analyse qui vient nourrir ce que notre estomac attend de vrai, et de solide. Fi du brouet, donnez-nous des crèmes !
Sainte Pentecôte ...

Écrit par : Néel de Néhou | 28/05/2007

au premier abord j'aurais été tenté de réagir négativement également à l'encontre d'une personnalité souvent discutée et peut-être, à Dieu ne plaise, mais à Dieu seulement , discutable.Cependant je me dis que si Yves Meaudre dit cela , dont l'existence n'est pas que virtuelle, si cet euphémisme m'est permis, c'est qu'il a pu mesurer par lui-même, probablement très concrètement, sur le terrain, à tout le moins l'intelligence du personnage et, pourquoi pas mieux que cela, oui, pourquoi pas mieux , n'est-ce pas ?
Si par ailleurs Monsieur Kouchner, malgré ses talents oratoires notamment n'a pas encore atteint, me semble-t-il, la stature diplomatique de Monsieur Védrine , il a travaillé en corrélation avec lui dans le cadre de politiques bien définies.
N'est-il pas est ainsi devenu un fin connaisseur du Liban dont le sort constitue aujourd'hui un enjeu majeur pour la diplomatie française et la satabilité du moyen orient ?
Dès lors , plutôt que de nous braquer sur son passé qui est ce qu'il est efforçons-nous peut-être d'apprécier son évolution
en espérant , ce qui, en principe , ne nous est pas interdit , n'est-ce pas , qu'il aille au bout du chemin qu'il a manifestement entrepris. Puisse cet effort profiter en premier lieu au Liban.
Qu'on le veuille ou non , et que l'on apprécie ou pas ceux qui récoltent aujourd'hui les fruits des sacrifices accomplis pour en arriver où nous en sommes aujourd'hui au plan de notre destinée politique, nous arrivons enfin à la fin d'une époque , celle de l'apprès-guerre. Il me semble que ce n'est pas une mince chance qu'ilserait peut-être bon d'apprécier à sa juste valeur.
Dès lors, évitons que nos crispations ou notre empressement , légitime, certes de bien faire, ne nous fasse retomber en arrière.
Je n'ai pas souvenir que dans les décennies précédentes on ait beaucoup honnoré la mémoire du Lieutenant Tom Morel.
Ne faut-il pas savoir laisser du temps au temps et apprécier aussi ce qui est bien ? N'est-ce pas un peu cela l'Espérance qui ne confine en rien à la naïveté ou à la somnolence et ne nuit pas nécessairement au devoir de vigilance.

Écrit par : sancenay | 31/05/2007

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