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14/05/2007

Les Rogations

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Même si la sainte dévotion des Rogations est tombée en désuétude, il apparaît important de se souvenir de ces jours prévus par la liturgie de l’Église pour prier pour le pardon de nos péchés ainsi que pour les fruits de la terre, et notamment de la moisson.
Les trois jours des Rogations montrent de manière évidente les liens entre le Ciel et la Terre, Caelum et Terra.
À notre époque où les questions d’environnement, d’écologie, de protection de la nature – et au sein de cette nature, la protection de l’homme, du début de la vie à sa fin naturelle – prennent tant de relief, on voit combien il a été important que l’on ne supprime pas ces jours de prières comme il l’avait été envisagé lors de la réforme du calendrier liturgique et sous prétexte que le monde moderne ne vivait plus au rythme de la nature, au rythme de la vie paysanne, au rythme de la succession des saisons.
C’est, hélas, vrai ! Et nous en voyons le résultat. En se détournant du cycle naturel de la vie, l’homme a perdu le sens de Dieu.
En revanche, en confiant la moisson à Dieu par la prière, l’homme se reconnaissait dépendant de Dieu et, d’une certaine manière, dépendant de la nature, même s’il devait la gérer.
Les Rogations, temps de prière et de pénitence, n’ont rien perdu de leur nécessité. Ces jours retrouvent même toute leur importance. Prions pour le pardon de nos péchés ; prions pour que la moisson soit abondante et que la nature soit respectée, car elle est œuvre de Dieu. Prions pour que l'homme respecte la nature, œuvre de Dieu et réapprenne à travailler sainement la terre.

Dans son Année liturgique, Dom Guéranger cite cette vieille prière gallicane qui donne bien le sens de ces trois jours :
« Ils sont à vous, Seigneur, ces aliments dont chaque jour nous nous servons pour soutenir nos forces ; ils sont à vous aussi, les jeûnes par lesquels nous contenons, pour vous obéir, nos sens entraînés par le désir d'être satisfaits. C'est vous qui, pour notre consolation, avez réglé l'ordre des temps, en sorte que nos corps eussent à attendre une réfection sobre destinée à les nourrir, dans la saison où il est opportun de le faire, et que, en d'autres temps, le devoir du jeûne les châtiât, et fît d'eux un hommage à votre justice. Daignez recevoir aujourd'hui et sanctifier l'hostie que nous vous offrons pour accompagner la sévérité de ce jeûne de trois jouis, et accordez-nous la grâce de sentir en notre âme le penchant au mal s'apaiser, en même temps que nous retirons à nos corps les satisfactions ordinaires. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen. »
En peu de mots, tout est dit. Notre nourriture, par le biais de la nature, nous vient de Dieu. Le cycle des saisons est un don de Dieu. Et nous sommes invités à jeûner en une saison où il est à la fois plus facile et nécessaire de le faire.

Si la première fin des trois jours des Rogations est d’obtenir le pardon de Dieu pour nos péchés, Dom Guéranger, dans L’Année liturgique, insiste aussi dans un texte très actuel sur les fruits de la terre :
« Une autre fin des Rogations est d'attirer la bénédiction de Dieu sur les moissons et les fruits de la terre ; c'est la demande du pain quotidien qu'il s'agit de présenter solennellement à la majesté divine. « Tous les êtres, dit le Psalmiste, élèvent avec espoir leurs yeux vers vous, Seigneur, et vous leur donnez leur nourriture en la saison convenable ; vous ouvrez la main, et vous répandez votre bénédiction sur tout ce qui respire (Psalm. CXLIV.). » Appuyée sur ces touchantes paroles, la sainte Eglise supplie le Seigneur de donner, cette année encore, aux habitants de la terre la nourriture dont ils ont besoin. Elle confesse qu'ils en sont indignes par leurs offenses ; reconnaissons avec elle les droits de la divine justice sur nous, et conjurons-la de se laisser vaincre par la miséricorde. Les fléaux qui pourraient arrêter tout court les espérances orgueilleuses de l'homme sont dans la main de Dieu ; il ne lui en coûterait pas un effort pour anéantir tant de belles spéculations : un dérangement dans l'atmosphère suffirait pour mettre les peuples aux abois. La science économique a beau faire : bon gré, mal gré, il lui faut compter avec Dieu. Elle parle de lui rarement; il semble consentir à se voir oublié; mais « il ne dort pas, celui qui garde Israël (Psalm. CXX.). » Qu'il retienne sa main bienfaisante, et nos travaux agricoles, dont nous sommes si fiers, nos cultures, à l'aide desquelles nous nous vantons d'avoir rendu la famine impossible, sont aussitôt frappés de stérilité. Une maladie dont la source demeurera inconnue fondra tout à coup, nous l'avons vu, sur les produits de la terre ; et ce serait assez pour affamer les peuples, assez pour amener les plus terribles perturbations dans un ordre social qui s'est affranchi de la loi chrétienne, et n'a plus d'autre raison de tenir debout que la compassion divine.

Et cependant, si le Seigneur daigne cette année encore octroyer fécondité et protection aux moissons que nos mains ont semées, il sera vrai de dire qu'il aura donné la nourriture à ceux qui l'oublient, à ceux qui le blasphèment, comme à ceux qui pensent à lui et l'honorent. Les aveugles et les pervers, abusant de cette longanimité, en profiteront pour proclamer toujours plus haut l'inviolabilité des lois de la nature; Dieu se taira encore, et il les nourrira. Pourquoi donc n'éclate-t-il pas ? pourquoi contient-il son indignation ? C'est que son Eglise a prié, c'est qu'il a reconnu sur la terre les dix justes (Gen. XVIII, 32.), c'est-à-dire le contingent si faible dont il se contente dans son adorable bonté. Il laissera donc parler et écrire ces savants économistes qu'il lui serait si aisé de confondre. Grâce à cette patience, il adviendra que plusieurs se lasseront de courir ainsi les voies de l'absurde ; une circonstance inattendue leur dessillera les yeux, et un jour ils croiront et prieront avec nous. D'autres s'enfonceront toujours plus avant dans leurs ténèbres ; ils défieront la justice divine jusqu'à la fin, et mériteront que s'accomplisse sur eux ce terrible oracle : « Le Seigneur a fait toutes choses pour lui-même, et l'impie pour le jour mauvais (Prov. XVI, 4.). »

Pour nous qui nous faisons gloire de la simplicité de notre foi, qui attendons tout de Dieu et rien de nous-mêmes , qui nous reconnaissons pécheurs et indignes de ses dons, nous implorerons, durant ces trois jours, le pain de sa pitié, et nous dirons avec la sainte Eglise: « Daignez donner et conserver les fruits de la terre : Seigneur, nous vous en supplions, exaucez-nous ! » Qu'il daigne exaucer cette fois encore le cri de notre détresse ! Dans un an nous reviendrons lui adresser la même demande. Marchant sous l'étendard de la croix, nous parcourrons encore les mêmes sentiers, faisant retentir les airs des mêmes Litanies, et notre confiance se fortifiera de plus en plus, à la pensée que, par toute la chrétienté, la sainte Eglise conduit ses enfants dans cette marche aussi solennelle qu'elle est suppliante. Depuis quatorze siècles, le Seigneur est accoutumé à recevoir les vœux de ses fidèles à cette époque de l'année; nous ne voudrons plus désormais atténuer les hommages qui lui sont dus, et nous ferons nos efforts pour suppléer, par l'ardeur de nos prières, à l'indifférence et à la mollesse qui s'unissent trop souvent, pour faire disparaître de nos moeurs tant de signes de catholicité qui furent chers à nos pères ».



Documents :

SERMON_DE_SAINT_BERNARD_P.doc

Le_sens_des_Rogations_sel.doc

Prieres_des_Rogations.doc

Commentaires

Cher monsieur,


Bravo pour ce beau message et cette superbe idée :
Faire revivre les rogations !
Je me souviens des belles processions de mon enfance.
Ne pourrait-on pas imaginer de leur donner un sens nouveau même dans les villes, comme vous les suggérez ?
Que peut-on faire, concrètement, chacun à son niveau au ras de pâquerettes, et auprès de nos pasteurs, qu'ils soient prêtres et évêques ?
Je crois moi aussi que des rogations repensées, revitalisées pourraient être de merveilleux outils d'évangélisation.
Voilà un superbe projet à ne pas abandonner !

Écrit par : furgole | 15/05/2007

petite anecdote peut-être significative : dans ma petite paroisse rurale à ce même moment de l'année, en 2003, des paroissiens bien de leur terre ont demandé à l'issue de la messe au prêtre célébrant , accessoirement vicaire épiscopal, et bouillant activiste de la "marche en avant de l'Eglise" * de dire les rogations . "ah oui le rogations , j'ai pas l' temps, on verra ça une autre fois".
Ce fut l'année de la sécheresse, certes comme dans toute la France , mais c'est ici que furent établis les records de chaleur. Les murs lézardés des maisons témoignent encore de l'intensité de la fournaise.
"Tristes tropiques" dirait le philosophe...

* celle qui mène bien droit dans le mur.

Écrit par : sancenay | 15/05/2007

Pourriez vous me communiquer les dates des rogations.
Cordialement.
Colete

Écrit par : FAYS | 19/06/2007

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