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30/04/2007

Denis Sureau et les élections

C'est sur son blogue (ici), Denis Sureau, directeur-fondateur de Chrétiens dans la cité, directeur de Transmettre et président de l'Homme Nouveau, ne votera pas.

Sous le titre "Pourquoi je ne voterai pas", il écrit :

"Les électeurs catholiques sont invités à choisir le 6 mai entre deux candidats qui, par-delà des différences de style évidentes, partagent un même refus des "valeurs non négociables" défendues par l'Eglise. C'est ainsi que M. Sarkozy entend favoriser l'accès à l'avortement et à la contraception, multiplie les déclarations floues sur l'euthanasie, soutient la recherche sur les embryons humains et envisage en matière d'homoparentalité un "statut de beau-parent". Les deux candidats défendent une organisation de la cité "comme si Dieu n'existait pas" et partagent le même consumérisme matérialiste destructeur des cultures. Dans ces conditions, l'abstention ou le vote blanc sont les seules options éthiques acceptables.Comme dit le grand philosophe Alasdair MacItntyre, "les prétendus conservatisme et gauchisme sous leurs masques contemporains ne sont en général que de simples prétextes pour le libéralisme: les débats contemporains au sein des systèmes politiques modernes opposent presque exclusivement des libéraux conservateurs, des libéraux centristes et des libéraux de gauche. Cela ne laisse que peu de place pour la critique du système lui-même, c'est-à-dire pour la remise en question du libéralisme." (Quelle justice? Quelle rationalité, Puf,  1993, p. 423)." 

Commentaires

Présidentielles : quelques pistes d'évaluation morale du vote au second tour

1° Pourquoi on n'est pas absolument tenu de voter Sarko pour barrer Ségo:
C’est vrai que le précepte de ne pas commettre le mal soi-même est un précepte négatif ; il s’agit donc d’un précepte qui n'admet pas d'exception (on a jamais d’excuse pour le commettre).
Mais le précepte qui veut qu'on empêche autant que possible le mal (du moins celui qu'on peut empêcher et qui concerne un domaine dont on est chargé) est un précepte affirmatif, qui admet exception ou excuse: Pie XII (6 déc. 1953) dit qu'un tel devoir n'est pas absolu et doit céder devant un bien plus haut ou plus vaste, ou pour empêcher un mal plus grave.
Or dans le cas qui nous occupe, quelqu’un peut à bon droit penser que voter Sarko pour empêcher Ségo, c'est lourd payer pour empêcher un mal.

2° Pourquoi on peut voter Sarko pour barrer Ségo:
La question se pose aussi dans l’autre sens: a-t-on le droit de voter Sarko pour barrer Ségo? Il semble bien que oui. Voici pourquoi :
a) voter pour un homme n'est pas aussi direct que voter pour son programme; d’une part un homme n'applique pas toujours son programme (et même rarement …!), et d’autre part il n'y a pas que le programme dans l'homme, il y a plus. En outre il est probable que dans son entourage et aux postes clés puissent se trouver des personnes de qualité ; ce qui n’est guère envisageable avec l’autre candidat ;

b) voter pour un homme dont le programme comprend du bien et du mal, n'est pas aussi problématique que voter pour un homme dont le programme ne comprend que du mal; on peut donc éventuellement vouloir le bien qu'il y a dans ce programme, sans vouloir le mal; et un des biens à considérer dans ce programme, c’est qu’il empêche un mal pire de se produire;

c) en effet, quand on est dans l'isoloir au 2e tour, le mal est déjà inéluctable; voter pour celui qui va entraîner moins de mal, c’est voter pour la diminution du mal déjà inéluctable (dans le cas présent il s’agit de la diminution (par rapport au candidat pire) de l'augmentation (par rapport au mal déjà existant jusqu'ici) du mal, quand le mal est de toutes façons inéluctable). Il ne faut donc pas croire que c'est alors voter pour le mal (moindre) lui-même: c’est bien voter pour la diminution du mal, en causant certes indirectement le mal moindre prévu mais sans toutefois le vouloir.
Ici s’appliquent les règles déjà bien connues concernant le “consulere minus malum”, et, plus précisément encore, le principe, expliqué par la Note doctrinale du 24 novembre 2002 elle-même, et dans le même paragraphe 4 que le principe parfois invoqué pour obliger à voter blanc. Voici ce principe: voter pour une loi moins mauvaise qu’une autre MÊME SI CETTE LOI VA EMPIRER UN ÉTAT DE FAIT DÉJÀ EXISTANT (bien relire ce que dit la Note, qui parle non seulement d’une loi moins mauvaise qu’une loi déjà existante, mais aussi de “conjurer” par une loi moins mauvaise la réalisation d'une loi plus mauvaise). Et diminuer ainsi le mal de la loi pire dont on nous menace, ce n'est pas intrinsèquement mauvais, dit la Note doctrinale de 2002, émanant de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signée par le Cal Ratzinger, et approuvée par le pape Jean-Paul II : on PEUT le faire, dit-elle (l’exemple fourni est celui d’un député dont les convictions catho sont claires et notoires, et qui se trouve devant 2 lois sur l’avortement au choix, mais dont une établirait une diminution des cas autorisés) ;

d) voter blanc, c'est favoriser (quoique plus indirectement) aussi le pire (on lui donne une chance supplémentaire de l'emporter), ou du moins, de toutes façons, en fin de compte, le vainqueur ; donc ensuite ça dépend de qui sera passé ! Et on se retrouve au point de départ: on avait le devoir d’empêcher le mal, et on ne l’a pas fait.
Le seul argument qui pourrait valoir ici, ce serait de prouver qu’en votant Sarko, on a voté directement pour le mal; mais c'est faux;
Certes, en votant blanc, ce n'est qu'indirectement qu'on a favorisé le candidat pire, s'il gagne, ou le mal du candidat moins mauvais, s'il gagne. Mais en votant Sarko, ce n’est qu’indirectement aussi (dans la visée de la volonté) qu’on donne des chances au mal qu’il veut promouvoir. En effet, revoir a) et b): le candidat n'est pas son programme.


3° Evidemment on ne peut pas voter pour Ségo :
le programme est clairement mauvais, la personne qui l’incarne est notoirement pire que son programme, et son entourage correspond de manière certaine au programme.


CONCLUSION :
Il est licite de voter Sarkozy pour éviter Ségo; on peut même dire qu'il y a des arguments pour prouver que peut-être cela s'impose; mais c'est vrai que la morale chrétienne ne semble pas a priori l'imposer, vu la difficulté de conscience qu'on pourrait avoir à voter Sarko. C'est pourquoi on peut respecter cette difficulté, mais personnellement je pense que ceux qui font une obligation de conscience de s'abstenir ou de voter blanc, se trompent. Quand le mal est déjà fait, il est licite de chercher à le diminuer. Or, quand vous êtes dans l'isoloir et au 2e tour, le mal (plus exactement l'augmentation du mal par rapport à ce qui existe) est déjà en route et ne peut plus être empêchée; on peut (physiquement) seulement réduire cette accélération du mal. Et on le peut aussi au point de vue de la licéité morale. Bref on peut éviter le pire sans poser un acte intrinsèquement mauvais. D’autant plus que nous savons que l’on revient difficilement en arrière ; il est plus facile de détruire que de construire ; alors gagner du temps peut être utile, mais accélérer les choses dans le mauvais sens est suicidaire. Tout cela étant dit il est bon d'ajouter qu'ensuite on ne peut s'en tenir là ; il faut alors autant que possible promouvoir les valeurs chrétiennes dans l'avenir.

Écrit par : rc | 01/05/2007

C'est normal qu'il y ait un bandeau de pub pour Club-internet sur votre blog, maintenant ?

Écrit par : Robert | 02/05/2007

Sur ce sujet j’ai “posté” le commentaire suivant au Salon Beige :

« Il est impossible que le bien commun d'une cité se réalise bien si les citoyens ne sont pas vertueux, tout au moins ceux à qui revient le commandement » (Saint Thomas D’Aquin, Somme Théologique, I, II, q 92, 10012).

Les nouveaux SS ?

Ségolène ou Sarkozy ?

Sarkozy ou Ségolène ?

« L’Etranger » de Camus ou « la Royal » pas royaliste?

Et ainsi. Les gens discutent et s’échauffent. Et ils bataillent pour l’un ou pour l’autre, en appelant un « le Bien » et l’autre « le Mal ». Et d’autres les appellent « le plus proche du Bien » et « la plus proche du Mal ». Mais il n’existe pas de moyen terme entre Bien ou Mal. Et ce qui ne peut être contenu dans le premier, tombe tristement dans le second.

Car les gens ne discutent pas de dogmes, ni de l’avenir de leur pays et même pas d’idées. Et la vraie question du problème français actuel est laissée pour compte dans cette élection présidentielle : « Jésus-Christ est la pierre angulaire de tout l’édifice social », disait le Cardinal Pie. Et quand cette pierre angulaire manque, alors tout l’édifice social s’écroule, immanquablement.

On ne peut pas vraisemblablement limiter l’avenir de la France aux résultats de l’élection de dimanche prochain. Car la France saura se relever, elle a la force pour cela. Et c’est le premier mensonge de nos systèmes « totalitaires-démon-cratiques » que de nous faire croire que nous devons obligatoirement choisir et voter.

Quand ont est sur le pont d’un bateau, pris dans une effroyable tempête et que le bateau est en train de couler, il s’agit en premier lieu de vider l’eau des cales et non de discuter si il vaut mieux virer à bâbord, à tribord ou continuer de tourner en rond. Surtout quand à gauche comme à droite il n’existe qu’un océan de vagues infinies en délire, qui ne cherchent qu’à faire couler la coquille de noix dans laquelle nous sommes.

Et dans ce moment d’affolement et de peur il faut tourner les yeux, comme les apôtres en d’autres temps, vers le Seigneur qui dort paisiblement au fond de la barque.

« Il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s'étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons! Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme» (Matthieu 8:24,26).

J’aimerais, pour finir ce long commentaire vous laisser un extrait du sermon prêché le 8 novembre 1859 par le Cardinal Pie, dans la cathédrale de Nantes :

"(…) À l'époque qui nous occupe, (à la fin du VIIe siècle) il avait paru sur la terre, depuis bientôt deux siècles, un fils de Bélial, à qui il était réservé de tenir en haleine la chrétienté tout entière durant une période de plus de mille ans. L'islamisme, «religion monstrueuse» dit Bossuet dans son beau panégyrique de saint Pierre Nolasque, «religion qui se dément elle-même, qui a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes», et j'ajouterai, pour tout attrait ses excitations voluptueuses et ses promesses immorales, l'islamisme avait déjà envahi d'immenses contrées. Que le schisme, que l'hérésie tombassent sous ses coups, c'était un grand malheur sans doute : toutefois c'est la loi de l'histoire et c'est un ordre accoutumé de la Providence que, pour punir les peuples pervers, Dieu se sert d'autres peuples plus pervers encore ; et cette mission, l'islamisme en était investi pour longtemps.

Mais voici que la chrétienté n'est plus seulement atteinte dans ces races dégénérées qui ont décomposé en elles le principe de la vie par l'altération du principe de l'unité et de la vérité : c'est l'Europe dans ses parties les plus vitales, c'est le cœur même des races catholiques qui est menacé ; c'est le boulevard de l'orthodoxie, c'est le royaume très chrétien, c'est la France, et, derrière le rempart de la France, c'est la métropole du christianisme, c'est le monde entier qui aura tout à redouter de ces nouveaux et implacables barbares. Ils ont franchi les Pyrénées, ils se sont rués sur nos belles provinces du midi, ils ont étanché la soif de leur glaive dans le sang de nos frères orthodoxes, ils s'avancent jusque dans la Bourgogne; leurs traces sont marquées par le feu et par le sang, mais surtout par la profanation et l'impiété. Nul bras n'ose entreprendre de les arrêter (...)"

Écrit par : Santiago | 04/05/2007

J'espère que ceux qui invoquent ce qui n'est pas négociable pour chrétiens, pour ne pas aller voter demain, ont voté au premier tour pour le seul candidat qui était sans aucune ambiguïté sur ces questions de morales : Philippe de VILLIERS. Il est quand même surprenant de voir tant de tiédeur chez nous autres les Chrétiens. Mais c'est parce que j'ai énormément pesté contre ceux là même qui ont voté utile au premier tour, que je vais quand même aller voter demain. Je l'avoue, c'est plus à cause de l'élan que j'ai pris, l'intérêt que j'ai porté aux élections. On ne s'arrête pas facilement ! Moi qui croyais que la France était morte, je vote encore ! Cependant, je reste persuadé qu'il réside dans le refus de participer la seule vraie réaction. En effet en continuant de débattre avec les modernes, nous incarnons ce pêché de société qui les alimente pour continuer plus bas. Nous sommes mêmes contraints d'avoir la posture des modernes d'avant hier. La plu part des réactionnaires se disent aujourd'hui républicains, ce qui fait quand même rire. Sommes nous voués à suivre les modernes à distance sous prétexte de ralentir leur marche, ou pouvons nous refuser leur combat, avec leurs armes, et refuser désormais de participer, rentrer dans la dissidence... Allez, encore une fois demain, parce quand même, Royal, c'est mieux en pizza ! Et puis, je vais refaire un chèque à Villiers pour compenser la tiédeur des chrétiens qui ont voté utile ou pire.

Écrit par : Maximilien FRICHE | 05/05/2007

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