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27/04/2007

Aux origines du néolibéralisme

 
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Le magazine Marianne de Jean-François Khan fait partie de mes lectures professionnelles hebdomadaires. Je trouve dans Marianne des informations et des réflexions qui m’intéressent parfois, mais sa posture faussement anticonformiste, antisystème et non politiquement correcte, m’agace le plus souvent.
Je pourrais croire à cet anticonformisme, à cet esprit antisystème et à ce "non politiquement correct", si Marianne ne véhiculait pas un anti-christianisme primaire, un soutien à une gauche faussement révolutionnaire ainsi qu’une défense systématique de la morale du jour, un ensemble très tendance.
J’ajoute que je ne mettais pas en cause le professionnalisme des journalistes de Marianne jusqu’au jour où j’ai lu sous la plume de l’un d’eux que mon ami Daniel Hamiche, célibataire endurci, était un grand-père de cinq enfants… Question vérification des informations, on fait mieux.
Malgré tout, on trouve parfois quelques vrais articles intéressants, comme celui consacré aux origines du néolibéralisme, dans la livraison de cette semaine.
Fabrice Zimmer y présente plusieurs ouvrages consacrés au néolibéralisme et distingue notamment celui de Christian Laval, L’Homme économique, essai sur les racines du néolibéralisme (Gallimard). N’ayant pas encore ce livre, je ne puis en faire une présentation détaillée.
Ce qui m’a intéressé, en revanche, c’est ce que note le journaliste de Marianne à propos de l’apparition du libéralisme, que Christian Laval étudie notamment à travers la doctrine utilitariste de Jeremy Bentham (1748-1832). « L’Occident, écrit Fabrice Zimmer, n’a pas toujours pensé que l’homme était animé par la seule recherche de son intérêt privé, ou, comme l’on dit, de son ‘utilité’, entendue comme un calcul quantitatif rationnel. Cette conception, qui fonde le libéralisme économique et son rejeton néolibéral, ne s’est imposée que lentement, tant elle s’opposait à la vision chrétienne (c’est moi qui souligne) d’une société où l’enrichissement passait pour diabolique et l’usure, pour un péché ».
Sans nier l’apport calviniste (cf. la thèse de Weber), Laval met en avant d’autres éléments constitutifs du libéralisme, notamment ceux des moralistes jansénistes qui mirent l’accent « sur l’importance dans nos conduites de ‘l’amour-propre’ ».
Après avoir évoqué la célèbre Fable des abeilles de Bernard de Mandeville, le journaliste de Marianne en souligne une nouvelle fois l’aspect anti-chrétien : « Rappelons-en l’argument, car il témoigne en effet d’un complet renversement des valeurs chrétiennes (je souligne à nouveau) : dans sa fable, Mandeville évoque une ruche prospère, composée de travailleurs misérables, de brigands, mais aussi de ‘gens graves et industrieux », quoique tous aussi coquins et malhonnêtes les uns que les autres. ‘C’est ainsi, écrit Mandeville, que chaque partie étant pleine de vice, le tout était cependant un paradis’ ».
Plus loin, le journaliste de Marianne enfonce à nouveau le coin : « Dans cette nouvelle vision du monde, les vertus humaines ne descendent en effet plus du ciel ; elles émanent du fonctionnement de la société, de son ‘mouvement’ ».
Cette vision du monde – la vision de notre monde – repose sur une anthropologie qui fondamentalement n’est plus chrétienne. L’homme n’est plus une créature de Dieu qui vit selon la vertu, mais un individu qui recherche d’abord son intérêt, lequel sera d'abord matériel, ce qui conduit à en faire d’abord un être économique.

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