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25/04/2007

En situation de sécularisation et de société moralement pluraliste

Une attitude semble prendre corps chez certains catholiques que je rencontre actuellement. Sous prétexte que leurs candidats au premier tour ont été éliminés et que le second tour n’offre le choix qu’entre deux candidats favorables à l’avortement, l’euthanasie et la dissolution de la famille traditionnelle, le désespoir semble s’installer. Comme si un trop grande espérance était née avant les élections et que, face à l’adversité, elle retombait tout d’un coup. Comme un mauvais soufflé !

L’absence de choix auquel nous sommes confrontés pour le second tour n’implique pas que tout soit terminé. Les élections sont certes importantes et déterminantes pour une part en ce qui concerne l’avenir de notre pays. Mais pour une part seulement ! La politique ne se réduit pas aux élections. Notre avenir n’est pas mort.
Le choc des résultats cache aussi une bonne nouvelle qui apparaît à travers trois éléments.


Premier élément : entre la publication de la Note de 2002 sur l’engagement des chrétiens en politique et 2007, il y a eu l’élection de Benoît XVI.
Cette élection a eu pour résultat que le pape actuel n’a cessé de remettre en avant, à diverses occasions, les critères non négociables qui doivent fonder l’agir catholique en situation de sécularisation et de société moralement pluraliste.
Cette constance dans le discours est un point important et déterminant. Il nous offre une boussole évidente.

Le deuxième élément tient au fait que des évêques français ont parlé dans le cadre des élections. Ils sont trop peu nombreux. Ils ne sont pas majoritaires. Ils ne sont pas (assez) entendus. Nous sommes d’accord. Mais ils ont parlé en répercutant, au regard de la situation française, le message incessant du pape. C’est un point historique.

Le troisième élément vient du fait que des catholiques ont débattu de cette question, de l’interprétation des modalités d’application de ces critères non négociables préconisés par le pape. Certes, ces catholiques n’en tiraient pas les mêmes conclusions. Certes, le front n’est pas uni et nous sommes allés aux élections en ordre dispersé et nous nous apprêtons à le faire également pour le second tour. Mais cette discussion montre que cette question taraude la conscience catholique.


C’est peu ? Oui, mais cela peut être un point de départ. À condition que nous le voulions. À condition que nous travaillions à faire émerger une véritable conscience catholique en matière politique à partir de l’enseignement de l’Église.
Il est temps ; il est urgent et il est possible que les catholiques ne se déterminent plus dans leurs choix politiques par rapport à des critères mondains (= les critères du monde, par exemple droite contre gauche ou gauche contre droite), mais par rapport à des critères catholiques.

Je sais bien. On me dira que les valeurs non négociables avancées par le pape ne sont pas strictement catholiques. Et qu’à ce titre, elles concernent tout le monde. Et que donc, à ce titre, elles sont séculières (dans ce sens, cf ce post de Patrice de Plunkett).
Tout n’est pas faux dans cette analyse. La loi naturelle est vraie pour tout homme. Elle est accessible en principe à tout homme. Mais il n’empêche que la condition historique dans laquelle nous vivons fait que seule l’Église catholique défend aujourd’hui l’intégralité de la loi naturelle. Et que seule l’Église catholique maintient, dans une même unité, les trois principes non négociables avancés par le cardinal Ratzinger dans sa Note de 2002.

Fort de ces trois éléments, une situation nouvelle se dessine, à condition que nous nous en emparions.
Elle se dessine d’autant plus clairement que les élections de 2007 nous ont fait entrer dans une situation historique nouvelle, même sur le plan politique.
Seuls de vieux réflexes peuvent nous laisser croire qu’il existe une différence substantielle et morale entre la droite et la gauche. Les « fondamentaux » sont les mêmes. Il y a eu une interpénétration des valeurs du libéralisme et de la culture de gauche. L’individualisme mercantile a épousé le libertinage soixante-huitard. Les deux sélectionnés du second tour en sont un produit direct.
Nous sommes entrés dans une nouvelle phase historique qui fait qu’une nouvelle génération occupe le devant de la scène politique, mais représente parfaitement les fondamentaux moraux du système. Celui-ci maintient la fiction de l’opposition de la droite et de la gauche, absolument nécessaire à sa survie, sous prétexte de démocratie.


Aussi l’opposition ne se situe plus, ou moins que jamais, entre une droite et une gauche, acquises désormais aux mêmes valeurs, mais entre d’une part ceux qui défendent les fondamentaux issus des épousailles du libéralisme mercantile et du libertinage soixant-huitard et les défenseurs d’une ligne minima qui se résument par les principes non négociables :
– refus de l’avortement ;
– refus de l’euthanasie ;
– défense de la famille traditionnelle et de la liberté d’éducation.

Oui, encore une fois, des non catholiques peuvent se retrouver dans ces principes, en tout et en partie. Mais, les catholiques ont le devoir de constituer le noyau dur de la défense de ces trois points qui doivent, par ailleurs, s’épanouir, sans la même injonction morale, dans une continuité logique (même refus du matérialisme, même refus de l’individualisme, même refus de l’assistanat, même défense de la vie, même défense de la responsabilité, etc.) dans la mise en avant d’autres styles de vie conformes à une culture de vie et opposés à l’ « anti-culture de mort ».

La proposition n’est pas nouvelle. Elle a été proclamée à la face du monde entier, mais nous ne l’avions pas entendue. Ou plutôt, l’ayant entendue, nous ne l’avons pas comprise, attachés encore que nous étions à de vieux schémas déjà dépassés. Cette proposition date, au moins de Centesimus annus (1991) de Jean-Paul II, encyclique dans laquelle il écrivait :
« Il n'est pas mauvais de vouloir vivre mieux, mais ce qui est mauvais, c'est le style de vie qui prétend être meilleur quand il est orienté vers l'avoir et non vers l'être, et quand on veut avoir plus, non pour être plus mais pour consommer l'existence avec une jouissance qui est à elle-même sa fin. Il est donc nécessaire de s'employer à modeler un style de vie dans lequel les éléments qui déterminent les choix de consommation, d'épargne et d'investissement soient la recherche du vrai, du beau et du bon, ainsi que la communion avec les autres hommes pour une croissance commune. A ce propos, je ne puis m'en tenir à un rappel du devoir de la charité, c'est-à-dire du devoir de donner de son « superflu » et aussi parfois de son « nécessaire » pour subvenir à la vie du pauvre. Je pense au fait que même le choix d'investir en un lieu plutôt que dans un autre, dans un secteur de production plutôt qu'en un autre, est toujours un choix moral et culturel. Une fois réunies certaines conditions nécessaires dans les domaines de l'économie et de la stabilité politique, la décision d'investir, c'est-à-dire d'offrir à un peuple l'occasion de mettre en valeur son travail, est conditionnée également par une attitude de sympathie et par la confiance en la Providence qui révèlent la qualité humaine de celui qui prend la décision. »

Il ne s'agit pas de se mobiliser seulement à chaque élection, en espérant peser d'une manière ou d'une autre, sur les candidats. Il s'agit, pour peser éventuellement aux élections, et bien que le but ne soit pas d'abord celui-ci, d'adopter des styles de vie en cohérence avec notre foi catholique afin de faire naître réellement la culture de vie préconisée par les papes. La culture de vie ne consiste pas seulement à s'opposer à l'avortement, à l'euthanasie et à la destruction de la famille traditionnelle. Ce type d'action, absolument nécessaire, consiste à s'opposer à l'"anti-culture de mort". Faire émerger une culture de vie, c'est créer le terreau qui, à travers l'adoption de styles de vie, pour reprendre l'expression de Jean-Paul II, permet de vivre au quotidien selon la même logique qui nous pousse à défendre la vie à naître, à ne pas supprimer la personne malade en phase terminale et à ne pas subvertir la famille traditionnelle. Il s'agit de retrouver une cohérence entre notre être catholique et notre agir. Car si l'agir suit l'être, selon l'adage thomiste, il révèle aussi de ce fait ce qu'est l'être profond d'une personne. Dis moi comment tu vis, je te dirai qui tu es, ce que tu crois et ce que tu défends. 

Plutôt que de gémir sur les temps contraires, il est temps de retrousser nos manches. Un vaste chantier nous attend.

Commentaires

Il me semble qu'il y a une petite faute de style dans votre argumentaire : "La culture de vie ne consiste pas seulement à s'opposer à l'avortement, à l'euthanasie et à la destruction de la famille traditionnelle. Ce type d'action, absolument nécessaire, consiste à s'opposer à l'"anti-culture de mort".

S'opposer à "l'anti-culture de mort" ???

Tout le monde doit comprendre, je suppose, qu'il s'agit en fait de s'opposer à "la culture de mort" ou d'être anti "culture de mort". Au choix.

En ce qui concerne le vote de ce second tour, les catholiques pratiquants peuvent s'abstenir de voter ou voter blanc. Cela n'empêchera pas Nicolas Sarkozy (le moins pire dans la gamme de la culture de mort) de gagner et ces catholiques auront la conscience tranquille.

Écrit par : Eric Gaillot | 25/04/2007

à Eric Gaillot,
on ne peut parler de "culture de mort", il n'y a qu'une "culture de vie", les "autres" font dans l'anti-culture. Cette anti-culture de mort appelle une contre-société chrétienne développant résolument une culture de vie dans tous ses aspects comprenant les trois points non négociables de Benoît XVI et tous les autres aspects de la Doctrine Sociale de l'Eglise éclairant les moyens qui, s'ils étaient mis en oeuvre, libèreraient les chrétiens du ghetto oppresseur des lois laïcistes de l'Etat Providence.

Écrit par : Henri | 26/04/2007

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