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08/03/2007

Faut-il sauver le Mammouth ?

Le blogue Chrétiens dans la cité est entré dans le débat sur la question soulevée par les deux entretiens publiés ici avec Jacques de Guillebon. Je vous incite à le lire : ici.


Je voudrais juste relever un point de cette réflexion, même si faute de temps, je ne peux développer et argumenter davantage.
Le signataire écrit ceci :
« On parle aussi des écoles. Loin de condamner les écoles hors contrat, je pense et j'espère que ce ne sera que temporaire. Oui, parce que nous avons le devoir de militer à temps et à contre-temps pour que l'éducation nationale remplisse son rôle correctement. Or le jour où nos enfants trouveront ce que l'on peut espérer de mieux pour eux au sein de l'école "normale", nous n'aurons plus aucune raison de nous retrancher. Car attention, nous ne demandons pas à l'école d'éduquer nos enfants, mais simplement de leur apporter la formation nécessaire sans aller à l'encontre de ce que l'on a pu leur inculquer nous même. Ne pensons pas que c'est aux abbés d'élever nos enfants, ne démissionnons pas de notre rôle de parents. »

A l’inverse de notre ami, je ne pense pas et je n’espère pas que les écoles hors contrat seront temporaires. J’espère seulement qu’elles se multiplieront et seront de plus en plus diverses. Et j’espère aussi – c’est l’un de mes plus grands souhaits également – que ces écoles ne se contenteront pas de reproduire le modèle scolaire de la IIIème République, en y ajoutant seulement un aumônier et l’enseignement du catéchisme, mais tenteront de repenser l’enseignement dans sa globalité. Il y a sur ce sujet des rencontres (intellectuelles) surprenantes entre Alain Finkielkraut, par exemple, et John Senior.
Pourquoi devrions-nous militer, à temps et à contre-temps pour que l’Éducation nationale remplisse son rôle correctement ? À temps, oui, c’est-à-dire aujourd’hui, parce qu’il y a de fait un quasi monopole de l’Éducation nationale sur les structures d’enseignement. Par réalisme, nous devons prendre en compte cet aspect et tenter autant que possible d’améliorer ce qui peut l’être. Il y va de l’avenir des enfants.
Mais, à contre-temps ? Nous n’avons pas vocation à sauver l’Éducation nationale.
« Ne pensons pas que c’est aux abbés d’élever nos enfants, ne démissionnons pas de notre rôle de parents ».
Bien d’accord. Mais alors pourquoi penser et vivre surtout comme si c’était à l’État d’élever ou d’enseigner nos enfants ?
On peut concevoir un État qui garde le contrôle sur la définition de diplômes nationaux et qui contrôle les examens. Mais un État qui exerce lui-même l’enseignement par une dite Éducation nationale me semble être un État qui sort de ses compétences et de ses missions. L’État ne doit intervenir sur le terrain que de manière subsidiaire, en cas de carence et le temps de cette carence, qu’il doit travailler à faire disparaître.
L’école « normale » pour reprendre la terminologie employée est une école libérée du lien étatique. Elle s’appelle aujourd’hui « hors contrat » parce que l’État pour mieux contrôler l’enseignement libre a créé les contrats d’associations. D’où la création d’écoles hors contrat, pour sortir de l’asphyxie morale, éducative, voire religieuse.
Elles n’ont pas été créées pour être des camps retranchés, mais parce que les conditions ont été mises en place pour que l’enseignement libre abdique de lui-même sa propre liberté. Certaines écoles hors contrat sont certainement devenues des « camps retranchés ». C’est un excès, un défaut, une faute peut-être. Qui a d’ailleurs son pendant dans l’école publique dont certains établissements sont devenus des camps retranchés d’une idéologie, voire un champ d’expérimentation pédagogique sur les enfants. Reste que le côté « camp retranché » de certaines écoles cesserait certainement plus facilement, si l’État n’avait plus cette prétention à exercer l’enseignement. Pas demain la veille, dira-t-on ? Pas réaliste ? Effectivement. C’est pourquoi, il n’est pas interdit de développer le réseau d’écoles indépendantes et que chaque parent prenne ses responsabilités pour ce qui lui semble le mieux adapter pour chacun de ses enfants. Mais, de grâce, que l’on ne nous demande pas de sauver le Mammouth.

 

16:55 Publié dans Éducation | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Lorsque j'ai entendu Monseigneur Cattenoz monter au créneau pour que les écoles privées enseignent "correctement" le catéchisme, cela m'a donné le courage de nos exigences en tant que parents :

Les écoles privées, de nombreux diocèses, trop de paroisses se sont éloignées de l'Enseignement de l'Eglise, ou bien l'ont carrément rejeté.
Pour mes enfants, les écoles hors contrat me tentent. Mais forte de voir des évêques monter au créneau, je me sens plus capable d'exprimer nos exigences à ceux qui sont censés y correspondre !

Je m'explique : si nous sommes formés, si nous sommes nourris, n'est-ce pas notre tour au moins d'essayer de reconstruire l'Eglise, à la manière de saint François , qui a oeuvré sur des ruines qui existaient déjà ?

Écrit par : Néel de Néhou | 08/03/2007

D'accord avec vous, j'ai sans doute mal envisagé la chose dans mon article de ce matin, il reste que l'instruction nationale (je préfère encore ce terme), peut si elle est bien tenue, permettre de palier le manque de certains parents, tout en sachant qu'encore une fois, c'est un équilibre très difficile à tenir.
Merci pour votre remarque qui alimente le débat, en espérant qu'il sera profitable à tous pour que plus que jamais nous travaillons tous dans le sens de la sainteté

Écrit par : Jacques | 08/03/2007

Je suis entièrement d'accord avec Philippe Maxence. Professeur du public, je peux vous affirmer, après 15 ans de pratique, que l'instruction (éducation nationale est une expression datant de 1932 et inspirée par le même ministère en Italie fasciste qui apparaissait à l'époque comme un modèle de réussite sociale à certains minsitres!) n'a pas à être un monopôle surtout d'état. Redresser la barre actuellement est vital mais pour l'avenir, le but du combat est la liberté. Le rôle de l'état, si l'on s'en réfère au principe de subsidiarité, est de permettre l'égal accès à l'instruction tous (par le biais du chèque éducation par exemple), pas d'éduquer! L'éducation est le rôle des familles et on ne peut éduquer sans avoir le choix de l'instruction (méthodes, programmes etc.). Si on ne comprend pas cela, on se voile la face et rien ne changera.

Écrit par : VF | 17/03/2007

@VF
Parfait VF, mais pourquoi ne démissionnez vous pas de ce système totalitaire, vous risquez de devenir complice sans le vouloir?

Écrit par : Resite | 17/03/2007

A resite: je ne démissione pas parce que j'aime mon métier et que j'ai une femme et quatre enfants à nourrir. J'ai songé au privé mais se faire détacher est quasi impossible et, depuis les funestes accord lang-Cloupet, il me faudrait repasser le concours sans certitude d'avoir un poste. De plus, il n'y a plus beaucoup de différence entre public et privé si ce n'est la catéchèse et le type d'élève accueillit. Quant aux boites à bac... J'ai aussi songé à créer mon école mais je ne vois pas comment la financer et nourrir ma famille. Et puis, finalement, cela fait au moins un prof. chrétien dans ce bastion de l'athéïsme. J'exagère car il y a sans doute d'autres collègues dans mon cas. C'est pas évident de se reconvertir quand on est professeur d'Histoire!

Écrit par : VF | 22/03/2007

Triste de voir combien le fait d'évoquer " l'éducation nationale " comme école "normale" est devenu un réflexe pavlovien.
En quoi cette école est-elle normale ?
Nous sommes l'un des rares pays du monde à avoir un ministère de l'éducation nationale et la volonté de ce ministère, dès les origines, a été de changer la façon commune de penser. Cheval de bataille idéologique donc...
Que l'état vérifie la validité des diplômes passés, entendu, mais à cela devrait se limiter son rôle.
Principe de subsidiarité, toujours...
Il n'y a aucune raison de sauver le mammouth, de quelque manière que ce soit.

Écrit par : B.Le Brethon | 30/05/2007

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