Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/03/2007

Entretien avec Jacques de Guillebon (II et fin)

Suite et fin de l'entretien avec Jacques de Guillebon. Le Salon Beige a répercuté la première partie de notre dialogue et a posé quelques questions à Jacques de Guillebon. Un mini-débat s'est donc ouvert aussi sur le Salon Beige (ici). Celui-ci est en lien avec un article de La Nef, article signé par son directeur-fondateur, Christophe Geffroy, et par Jacques de Guillebon. Cet article porte sur le communautarisme catholique et semble viser, entre autre, ce blogue. Ce numéro est disponible auprès de La Nef (2, cour Coulon, 78810 Feucherolles. Tél. : 01 30 54 14; courriel : lanef@lanef.net)

 


medium_personne.2.jpeg
Pourquoi les catholiques ont-ils peur selon vous de découvrir que l’Esprit souffle où il veut ?
Il y a à cela des raisons sociologiques venues de l’histoire particulière de notre pays, je crois. De fait, le christianisme comme « foi consciente », si je puis dire, est devenu en France l’apanage d’une certaine caste bourgeoise, pour ces raisons, honorables sans doute, qu’elle seule avait les moyens intellectuels de résister à la puissante vague de discrédit qui a été jeté sur notre Eglise, à ce crachat ignoble qui depuis plus de deux siècles recouvre le doux visage de notre Seigneur. Comment le charbonnier pourrait-il avoir la foi encore aujourd’hui, quand entièrement les moyens gigantesques dont dispose le monde sont mobilisés contre elle, et tentent de la laminer perpétuellement ? S’il l’a, c’est par grâce divine. La foi du charbonnier a maintenant pour credo la seule jouissance et pour liturgie la lumière bleue d’écrans qui ne s’éteignent jamais. Pour cela, une tendance naturelle à l’esprit humain a fait considérer que la catholicité se reconnaissait à certains signes identitaires, parfaitement extérieurs et que de qui ne les portait pas il fallait se méfier. Mais, Dieu merci, l’Esprit souffle ailleurs que sous les chemises vichy et les pantalons en velours à côtes. Il souffle aussi dans les strass des demi-mondaines, sur les nuques rasées des voyous de banlieue et dans les bars du Marais. Avec mesure, sans présumer des ses forces et avec détermination, ces lieux sont à rechercher et ces personnes humaines à fréquenter, aussi, pour leur salut et pour le nôtre.

Nous sommes aujourd’hui plongés dans une « société libérale et multi-culturelle » comme vous le releviez vous-même. Qu’est-ce qui caractérise selon vous cette société et comment pouvons-nous finalement éviter d’adopter la mentalité et les comportements que nous dénonçons ?
La spécificité de ce monde, c’est que, comme l’écrivait Debord il y a déjà cinquante ans, l’obéissance est morte. Des forces inouïes y ont été déchaînées, contre lesquelles on ne peut humainement rien, lesquelles sont ces voix qui me susurrent chaque instant à l’oreille que, moi aussi, je peux être tout et tous. En ce sens, Second life, la fameuse plateforme d’internet où chacun est libre de créer son « avatar», retarde. Il y a longtemps que nous avons acquis le droit à une seconde, à une troisième, à une quatrième, à une infinité de lifes. Je suis toujours-déjà multi-culturel, j’appartiens, si je veux, par un libre choix, à toute culture, quand je veux. Je peux en réalité revêtir les apparences identitaires de chaque monde que l’Unesco a classé. « Le vrai lui-même est devenu un moment du faux », continuait Debord, et dire que je suis français et catholique, par exemple, ressortit déjà d’un choix de ma part de continuer à assumer mon appartenance. C’est-à-dire que même les attributs que j’ai reçus en héritage, je dois faire l’effort de les accepter. Mais je ne les accepterai vraiment qu’autant que des instruments culturels suffisant pour décider m’auront été donnés. En quoi, sommé de rechercher mon identité, je tourne en rond en quête de la pierre de touche par où je pourrai décider de l’inné et de l’acquis dans ma personne, et rejeter et accepter en conséquence. C’est du moins ce que l’on réclame de moi, de nous. C’est ici que la vie sacramentelle, telle qu’elle est définie par l’Eglise catholique, constitue la dernière planche de salut : il n’y a qu’en recevant le baptême, la confirmation, l’eucharistie et le pardon de mes fautes que j’obtiens réellement quelque chose que, seul, je n’aurais su désirer. Il n’y a que là, dans cette adoration naïve, dans cette nuit silencieuse que, étant extrait de moi-même par quelqu’un de plus haut, je me retrouve. C’est pourquoi une pensée protestante, démunie du recours sacramentel, comme celle de l’américain Stanley Hauerwas dont le livre Le Royaume de paix, récemment traduit en français, rencontre un fort écho chez les « catholiques communautaristes », pour ce qu’elle réduit la vie divine en nous à une éthique chrétienne va dans le mur et raisonne suivant les canons de la postmodernité. Hauerwas ose ainsi dire que « l’éthique chrétienne n’est pas écrite pour tout le monde, mais pour ceux qui ont été formés par le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus. Cela veut dire qu’elle ne peut jamais être une éthique minimaliste pour le tout-venant, mais qu’elle présuppose un peuple sanctifié qui veut vivre dans une plus grande fidélité envers l’histoire de Dieu » (p. 179), réservant par là l’annonce du salut à un petit groupe prédestiné. Et il y a des catholiques fervents pour n’être pas troublés par cette hérésie, qui double d’un discours pseudo-chrétien les sirènes du monde contemporain appelant à nous retrouver, par nos seules forces, dans notre véritable identité. Je refuse catégoriquement cette interprétation. C’est, encore une fois, un mimétisme qu’il faut éviter. Les contemplatifs sortent volontairement du monde pour que rien ne trouble leur louange. Mais les contemplatifs n’ont pas d’enfants. Mais les contemplatifs n’ont ni épouse ni époux. Ils n’ont plus père ou mère qui vaille, sinon le supérieur de leur communauté. Recréer notre petit monde culturellement cohérent en apparence, ce ne serait pas sortir du monde, ce serait le faire proliférer au contraire. Il n’y a pas à balancer : c’est le monde en son entier, oikuménè, « toute la terre habitée » qui doit être travaillée pour accueillir le Seigneur quand il reviendra.


Écrivain et journaliste, vous avez l’occasion de réfléchir à la notion de culture ? Quelle définition en donneriez-vous ?
Je renvoie à ce sujet le lecteur à la petite tribune que j’ai donnée à L’Homme nouveau.

Au plan de la culture, quel est le rôle des catholiques ? Et, au fond, ont-ils un rôle spécifique à avoir ?
Idem.

Quelle est votre conception de l’État et votre regard sur la tension entre État et société ?
C’est être bien sûr de soi que de s’autoriser à contester le pouvoir établi à son profit. Les rois de France étaient sacrés, en théorie soumis à l’autorité évangélique, cela ne les a guère empêchés de fauter, de pécher mille fois dans l’exercice de leur pouvoir. On répète à l’envi aujourd’hui qu’un pouvoir qui ne respecte plus la vie est devenu illégitime. Quid alors des pouvoirs médiévaux qui ne condamnaient pas l’esclavage ? Est-ce vraiment plus glorieux ? Ces pouvoirs-là étaient-ils aussi intrinsèquement illégitimes ? La vérité, on le sait mais il faut le redire, est qu’il n’y a pas de pouvoir sans péché ni injustice – fors l’Eglise qui n’est pas, Benoît XVI vient de le rappeler pour les incrédules, une communauté d’abord politique et dont les gouvernants, quand ils avaient charge de règne temporel, ont souvent aussi faibli. Sans obéissance, il n’y aura pas de restauration de l’Etat - et je n’ai cure de la théorie partielle qui depuis deux siècles nous invite à condamner l’Etat dans  toutes ses acceptions au motif que l’Etat moderne aurait des tendances totalitaires. Encore une fois, c’est parce que nous avons libéré des forces centrifuges en nous que l’Etat a dû se constituer comme Léviathan. Si nous revenons à une juste modestie, quels fruits notre exemple ne portera-t-il pas ! Je n’ai guère entendu les saints, ces derniers siècles, appeler à la désobéissance et à la dissidence politique. Il n’y a que par une inféodation à l’ordre politique en tant que son existence est de nature juste que l’on peut espérer une diminution du poids de l’Etat. La vraie révolution, la vraie subversion, les chrétiens le savent, c’est créer, de manière inattendue, le bien là où est le mal.
A force de rejouer depuis deux cents ans la rôle de la vierge outragée, nous avons fini par élaborer une tradition uniquement critique, doloriste et larmoyante. Or, nous n’avons pas reçu la défaite en héritage, mais Pâques, mais la rédemption et la résurrection.


 
  medium_france.2.jpg

10:00 Publié dans Entretien | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

"Les catholiques ne sont pas complexés, ils manquent simplement à l’espérance".
Je reprends cette citation de votre partie I. Après avoir lu l'ensemble de votre intervention, je me demande ce que vous pensez du point de vue sur l'espérance de Jacques Ellul (qui lui a consacré un livre) ainsi que sur la proposition de l'"incognito" comme seul mode de vie (je simplifie à l'extrême) des chrétiens dans un siècle déchristianisé.

Écrit par : Flore | 07/03/2007

Une petite question : Jacques de Guillebon est-il marié ? A-t-il des enfants ? Sait-il que tous les catho-tradis ne sont pas à Versailles ou dans une ville bourgeoise ?
Ce que je veux dire, c'est que quand il nous explique qu'il est plein d'espérance et qu'il travaille pour l'annonce de l'Evangile en étant écrivain, je trouve ça très bien. Comme il le dit, il utilise le don que Dieu lui a fait et développe son talent. Et bein, moi, ma terre de mission, c'est ma famille. Mes prochain à qui je dois porter le message d'amour de l'Evangile, ce sont mes enfants. Les grâces reçues, les dons de l'Esprit, je les ai reçus pour exercer ma mission de chef de famille, de père attentif, d'époux aimant. Croit-il qu'il soit simple de créer une famille aujourd'hui ? Ne sommes nous pas animés d'une grande Espérance ? Non, nous ne décidons pas d'avoir des enfants par conformisme social. Même si nous préférons les pantalons de velours côtelés et les cranes rasés aux jeans délavés et aux cheveux mi-longs. Nous sommes animés par l'Espérance. mais nous avons une mission : tâcher d'amener les consciences de nos enfants vers l'Amour, pour que, une fois adultes, disposant de leur libre arbitre, ils puissent choisir à leur tour l'Amour. Et pour cela, il n'est pas anormal de chercher à donner à nos enfants de voir et connaître le Beau, le Bon. C'est un repli nécessaire dans un premier temps, avant la mission. Mais sans doute faut-il avoir des enfants, ou n'être pas aussi intelligent que Mr de Guillebon, pour choisir dans un monde hostile, ce qui nous parraît bon pour accomplir notre mission.

Écrit par : mangouste | 07/03/2007

Il est marié. Il a un, et bientôt des, enfant(s).

Il préfère les jeans délavés et le cheveux mi-longs, c'est sûr.

Écrit par : Une réponse | 07/03/2007

J'ai quant à moi mis quelques réflexions sur mon blog pour vous éviter un commentaire trop long ici
http://chretiendanslacite.hautetfort.com

Écrit par : Jacques | 08/03/2007

Le danger n'est pas dans un pseudi-repli mais dans le rlativisme dénoncé par Benoît XVI.

Sur l'éducation, il faut rappeler que, selon la doctrine sociale de l'Eglise, les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. L'école à la maison n'est pas un rempli, c'est naturel. C'est dans l'ordre des choses. Quand plusieurs familles se regroupent, c'est pour des questions pratiques. Mais pour vos enfants, je pense que vous souhaiterez leur trouver une école en accord avec l'éducation que vous souhaitez leur donner. Si non, vous failliriez à votre mission de parents. Et justement, la mission commence là. Ensuite que ces écoles accueillent d'autres enfants, c'est une bonne chose. Et c'est souvent le cas.

En ce qui concerne le scoutisme, j'ai toujours fait mon scoutisme dans un groupe ouvert à tous, pauvres et riches, cathos ou non. Regardez, même Riaumont accueille des enfants de la DASS. De fait, je ne connais pas une troupe scoute qui ait refusé un jeune au motif qu'il n'était pas comme les autres. Et même dans ma troupe, nous en avions des jeunes de banlieue... Et en faisant des activités en banlieue parisienne, oui, le scoutisme est missionnaire à sa manière.

Que faut-il faire pour être digne de J de Guillebon ? Faire de l'évangélisation de rue ? Pas de bol, je connais des cathos tradis en chemise vichy qui en font !

Ce que P. Maxence critique, je crois, ce sont ces chrétiens qui vivent dans le monde en étant du monde et en faisant comme tout le monde. Là, oui, il n'y a vraiment plus de mission ! Car il n'y a plus de témoignage. C'est pourquoi il appelle à la dissidence : vivre comme des chrétiens au quotidien ! Pas besoin d'aller à Tombouctou évangéliser, ou aller risquer sa vie dans les "quartiers" au nom de Jésus-Christ. Non, vivre comme un chrétien dans un style de vie en rupture avec le monde : non au porno partout où l'on passe, non à l'éducation sacrilège des enfants, non au blasphème quasi-quotidien de nos médias. Oui, pour témoigner du bien, il faut rejeter le mal et refuser de s'en accomoder. Car en s'en accomodant, en refusant d'être différents, les chrétiens sombrent alors dans le grand naufrage moderne dénoncé par Benoît XVI : le relativisme.

Il est là le danger : le relativisme. Qu'est-ce qui différencie un chrétien d'un honnête athée au quotidien ? Posez-vous cette question à chaque moment de votre journée. Si la seule réponse que vous trouvez c'est "la messe du dimanche", alors oui il y a un problème. Car il n'y a plus qu'un semblant de vie chez le catho. Il est déjà mort en fait. Mort à la grâce. Car il se sera fondu dans le monde. Ne voyez-vous pas que le monde, qui nous hait, distingue les chrétiens "conservateurs" (ou "intégristes", voire "ultra-catholiques"), c'est à dire justement les dissidents qui refusent le moule, des chrétiens qui sont comme tout le monde (ceux qui ont accepté le monde moderne et son complot contre la vie intérieure).

Oui entrons en dissidence. Créons des structures catholiques. Ce qui est beau et bien attire inévitablement les païens, alors pas d'inquiétude pour la mission.

En revanche, le relativisme, voià l'ennemi. Je crois que Benoît XVI nous le rappelle assez souvent.

Écrit par : lmp | 08/03/2007

Je vois que certains ne se remettent pas de certains articles.
Après tout, c'est vrai si certains veulent vivre en petites communautés préservées, qu'ils le fassent, amis arrêtons de critiquer ceux qui pensent ou souhaitent agir ds la cité.
Amicalement

Écrit par : Europ | 08/03/2007

Une des conférences de Carème à Notre-Dame au sujet de l'histoire de la mémoire et de la Vérité aborde le sujet de la Tradition d'une manière que je trouve juste...

Écrit par : odile | 09/03/2007

Pardonnez-moi de revenir sur ce débat, non dans un esprit polémique, mais simplement pour apporter matière à réflexion.

Matière particulièrement intéressante, puisqu'elle vient de Benoît XVI, dans son discours de Vérone, intitulé « Alliance et rupture : les catholiques face au renversement culturel », lors du IVe Congrès ecclésial national de l’Église d’Italie, le 19 octobre 2006.

En voici quelques extraits qui, je crois, ne mutilent pas l'esprit de son propos :

- "Notre attitude ne devra donc jamais être celle d’un repliement sur nous-mêmes, signe de renoncement : il faut, au contraire, conserver vivant et si possible accroître notre dynamisme, il faut s’ouvrir avec confiance aux nouvelles relations, ne négliger aucune des énergies qui peuvent contribuer à la croissance culturelle et morale de l’Italie. C’est en effet à nous qu’il revient - pas avec nos pauvres ressources, mais avec la force qui vient de l’Esprit Saint - de donner des réponses positives et convaincantes aux attentes et aux interrogations de notre peuple : si nous savons le faire, l’Église qui est en Italie rendra un grand service non seulement à cette nation, mais également à l’Europe et au monde, car la menace du sécularisme est partout présente et la nécessité d’une foi vécue en relation avec les défis de notre temps est tout aussi universelle."

- "Les disciples du Christ reconnaissent donc et accueillent volontiers les valeurs authentiques de la culture de notre temps, comme la connaissance scientifique et le développement technologique, les droits de l’homme, la liberté religieuse, la démocratie. Ils n’ignorent pas, et ne sous-évaluent donc pas, cette dangereuse fragilité de la nature humaine qui constitue une menace pour le chemin de l’homme dans chaque contexte historique ; ils ne négligent pas, en particulier, les tensions intérieures et les contradictions de notre époque. C’est pourquoi l’œuvre d’évangélisation n’est jamais une simple adaptation aux cultures, mais elle est aussi toujours une purification, une rupture courageuse qui devient maturation et guérison, une ouverture qui permet de naître à cette « créature nouvelle » (2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15) qui est le fruit de l’Esprit Saint."

- "... il devient également à nouveau possible d’élargir les horizons de notre rationalité, de l’ouvrir à nouveau aux grandes questions du vrai et du bien, de conjuguer entre elles la théologie, la philosophie et les sciences, dans le plein respect de leurs propres méthodes et de leur autonomie réciproque, mais également en ayant conscience de l’unité intrinsèque qui les relie. C’est une tâche qui nous revient, une aventure fascinante dans laquelle il vaut la peine de s’engager, pour donner un nouvel élan à la culture de notre temps et pour restituer, en celle-ci, sa pleine citoyenneté à la foi chrétienne."

- ". L’Église demeure donc un « signe de contradiction », sur les traces de son Maître (cf. Lc 2, 34), même à notre époque. Mais nous ne perdons pas courage pour autant. Au contraire, nous devons être prêts à donner une réponse (apo-logia) à quiconque nous demanderait raison (logos) de notre espérance, comme nous invite à le faire la première Epître de Saint Pierre (3, 15), que vous avez choisie de manière très opportune comme guide biblique pour le chemin de ce Congrès. Nous devons répondre « avec douceur et respect, en possession d’une bonne conscience » (3, 15-16), avec cette douce force qui vient de l’union avec le Christ. Nous devons le faire dans tous les domaines, sur le plan de la pensée et de l’action, des comportements personnels et du témoignage public. La forte unité qui s’est réalisée dans l’Église des premiers siècles entre une foi amie de l’intelligence et une pratique de vie caractérisée par l’amour réciproque et par une attention emplie d’égards portée aux pauvres et aux personnes qui souffrent, a rendu possible la première grande expansion missionnaire du christianisme dans le monde gréco-romain. Ainsi en a-t-il été par la suite, dans divers contextes culturels et situations historiques. Cela reste la voie maîtresse pour l’évangélisation : que le Seigneur nous guide à vivre cette unité entre vérité et amour dans les conditions propres à notre époque, pour l’évangélisation de l’Italie et du monde d’aujourd’hui."

- "Comme je l’ai écrit dans l’Encyclique Deus caritas est (cf. nn. 28-29), sur les relations entre religion et politique, Jésus Christ a apporté une nouveauté substantielle, qui a ouvert la voie à un monde plus humain et plus libre, à travers la distinction et l’autonomie réciproque entre l’Etat et l’Église, entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu (cf. Mt 22, 21). La liberté religieuse elle-même, que nous percevons comme une valeur universelle, particulièrement nécessaire dans le monde d’aujourd’hui, trouve ici sa racine historique. L’Église, par conséquent, n’est pas et n’entend pas être un agent politique. Dans le même temps, elle a un intérêt profond pour le bien de la communauté politique, dont l’âme est la justice, et elle lui offre à un double niveau sa contribution spécifique. La foi chrétienne, en effet, purifie la raison et l’aide à mieux être elle-même : à travers sa doctrine sociale par conséquent, argumentée à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain, l’Église contribue à faire en sorte que ce qui est juste puisse être efficacement reconnu puis également réalisé. "

Écrit par : Jacques de Guillebon | 10/03/2007

Les commentaires sont fermés.