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26/01/2007

Lettre à Jacques de Guillebon

Notre ami Jacques de Guillebon a réagi avec intelligence à mon dernier propos (ici). À cause de la longueur de ma propre réponse, je la publie ici, continuant un peu de jouer sur la provocation en espérant déboucher un jour sur un dialogue dont les prémisses ne soient pas faussées, par les uns et les autres (dont moi), en attribuant à celui d'en face une pensée qu'il n'a pas. 

 

Lettre à Jacques de Guillebon

Cher Jacques,
 Vous m’êtes témoin que je vous attendais bien sur ce sujet, et que je savais que nous aurions des désaccords, malgré, je crois ou j’espère, une réelle proximité par ailleurs. Il est bon que le débat arrive, me dîtes-vous en substance. J’en suis bien d’accord avec vous et c’est pourquoi il n’y a nullement de « l’énervement » dans ce que j’écris, contrairement à ce que vous croyez ou feignez de croire. Il y a juste une réelle… provocation.
Celle-ci commence par ce que j’écris concernant la rue des Renaudes. Il me faut moi aussi parler un peu de ma vie. Il se trouve que je dois beaucoup à cette maison, mais comme un véritable électron libre, qui s’est mué, parfois dans le passé en un opposant. Il se trouve surtout que, sans rien avoir publié sur le sujet, je peux quand même me définir comme un historien de cette maison, ayant non seulement rencontré Jean Ousset, Michel de Penfentenyo ou Jacques Trémolet, mais aussi un grand nombre d’animateurs, d’opposants, de prêtres et religieux qui ont été mêlés de près ou de loin depuis l’avant-guerre (époque Choulot) jusqu’à ces dernières années. Sans parler de la documentation lue.
Alors, cher Jacques, ne me faîtes pas rire sur le magistère mis en cause. Un magistère, s’il doit y en avoir un, est lié à une somme de services – et la rue des Renaudes en assure aujourd’hui, je ne le nie pas –, mais aussi à une sorte de « primauté » qui légitime celui-ci. Or, aujourd’hui, la rue des Renaudes n’a plus cette exclusive des services rendus et de ce fait sa prétention au magistère et à la leçon me semble reposer davantage sur l’acquis historique, indéniable, que sur la primauté réelle d’aujourd’hui.
Contrairement à ce que vous écrivez, je n’ai pas parlé directement de « ringardise ». J’ai laissé entendre que les références et la réflexion ne prenaient pas assez en compte l’évolution de la société ainsi que des pensées et des thèmes qui semblent totalement étrangers à ceux dont nous parlons.
« Génération Jean-Paul II ». Je vais choquer, et beaucoup de nos bons amis. Je récuse totalement ce slogan qui participe jusqu’au sein du catholicisme à la mainmise de la publicité et à l’évacuation de la réflexion et du sens historique. Il est trop tôt pour faire le bilan d’un pontificat si long et donc de ses effets. Nous en avons trop d’aperçus contraires et selon que notre tempérament nous porte à l’optimisme ou au pessimisme nous avons tendance à voir des effets différents de l’action de Jean-Paul II. Et si nous nous rassurons à bon compte sur l’existence des effets positifs, incontestables, essayons au moins de ne plus polluer l’Église avec des slogans de grandes surfaces. Benoît XVI s’y emploie d’ailleurs.
Communautarisme ? Je retourne le compliment. Car, personnellement, je ne me suis jamais défini comme un communautariste ni comme un communautarien, ni même comme un souverainiste, terme qui nous vient lui aussi d’outre-Atlantique, même si c’est de terres francophones. Mais, cher Jacques, qui utilise ce vocable comme un slogan que l’on colle… aux autres ? Réécoutez l’entretien de Nicole Buron. À ceux qui utilisent ce terme, je demande une explication. Pourquoi me le reprochez-vous ?
Vous ne voulez pas faire d’unanimisme, dîtes-vous ? Nous nous retrouverons sur ce point. Mais je suis plus à l’aise pour demander où et quand la rue des Renaudes à aborder les enjeux sociaux et politiques d’une société consumériste, du système technicien, etc. Le sachant, je pourrais puiser à cette source de réflexion et en avertir les lecteurs de ce blogue, en même temps que faire mon mea culpa.
Je vous accorde, cher Jacques, que ma provocation est patente quand je compare notre société contemporaine à la société nazie. Avant de souligner mes raisons, un mot cependant sur l’Empire romain. N’oubliez jamais en apportant votre contradiction que je réagis moi-même aux propos de Nicole Buron dans cet entretien accordé à e-deo. Or, dans cet entretien, elle établit elle-même une comparaison entre l’Empire romain et notre société.
Mais revenons au nazisme et à notre monde. Loin de moi l’idée de me comparer aux Scholl et autres victimes du nazisme. Pour tout vous dire, j’attendais le raisonnement que vous développez et qui consiste à dire que je suis encore libre, vivant, ni menacé, ni moi, ni ma famille, ni mon journal, etc. Puis-je être franc ? Je ne l’attendais pas de vous. Je pense qu’il y a un nœud commun entre toutes les formes de totalitarisme et que ce nœud justement ne repose pas sur ce que vous appelez « la violence martiale ». Le nazisme lui-même, en dehors de ses adversaires désignés et premiers en quelque sorte, a exercé sur le peuple allemand une pression totalitaire d’un autre ordre. C’est acculé, très concrètement, à cause de la défaite devant Stalingrad – le film sur Sophie Scholl le montre bien – que l’État totalitaire nazi s’est senti désemparé à un point tel qu’il a recouru, à une pression plus martiale.
Le nœud du totalitarisme, qu’il soit larvé ou non, me semble plus se situer dans une sorte de nihilisme relayé à tous les échelons de la société depuis l’État jusqu’à la plus petite école de campagne. Aujourd’hui, le totalitarisme n’a plus besoin du bruit des bottes. Il n’est même plus étatique. Il n’a presque plus besoin de l’enfermement et de l’interdiction. Il agit en détruisant les défenses immunitaires à la manière du sida. Sur le totalitarisme de notre société, je renvoie à l’analyse des Bienveillantes de Patrice de Plunkett dans le dernier Kephas et à l’article de Fabrice Hadjadj (qui n’a pas mon côté provocateur) dans le Figaro littéraire du 18 janvier. Parlant des fondements du nazisme, il termine son article sur Heidegger par cette remarque : « Or ces fondements du nazisme sont toujours enseignés dans nos écoles. Pour quelles nouvelles barbaries ? »
Finissons sur le sujet en vous donnant raison : la situation n'est certes pas aussi noire que je le dis. Aussi, si vous avez bien lu, vous aurez noté que je parle aussi de société "pré-totalitaire" car un raisonnement n’épuise pas la réalité. Dieu, merci.
Vous ne portez pas l’étoile jaune, dîtes vous, après une envolée qui est belle, mais qui n’est qu’une envolée. Tant mieux. Soyons honnêtes, moi non plus. Comme nombre d’Allemands n’ont pas porté d’étoiles jaunes, jusqu’à la fin de la guerre. Et alors ? Cela n’a pas empêché des milliers de personnes de porter une étoile jaune. Cela n’a pas empêché le peuple allemand d’être asservi par un régime totalitaire.
Aujourd’hui, cher Jacques, en soi, il n’y a plus besoin d’obliger à porter une étoile jaune. Le totalitarisme de grand papa est dépassé. Mais n’agit-il plus ? Prenons un cas précis. Telle famille qui fait l’école à la maison. Intégralement. Sans cours par correspondance. En vivant de sa foi. On ne lui met pas l’étoile jaune. Non. Et vous continuez vous de vivre tranquillement en écrivant vos livres et vos articles. Moi aussi, d’ailleurs. Mais la menace qui pèse sur elle, c’est qu’on lui enlève ses enfants pour les confier aux structures publiques. Cette menace est permanente pour des familles. Elle s’est concrétisée pour certaines. Dénonciations et passage devant les tribunaux. Pendant ce temps, nous dormons, vous et moi, bien tranquilles.
Ayez des enfants ; posez des actes pour vos enfants ; souffrez pour vos enfants ; battez vous pour vos enfants. Vous sentirez alors le poids qui pèse sur votre tête.
Il ne me suffit plus de réfléchir à coup de slogan ou d’envolée sur l’Église et le monde. Que croyez-vous ? Que nous échappons au monde, à notre commune nature, à notre mission de baptisé ? Puisque l’on prétend au débat, il faut arrêter de nous prêter des pensées et des raisonnements ou des slogans qui ne sont pas les nôtres. J’accepte d’être corrigé et remis en place, pour telle ou telle outrance, exagération, défaut de raisonnement. Je ne prétends pas exercer un magistère, ayant besoin moi-même d’yvoir clair. Mais ne faussons pas les prémices du dialogue. C’est le premier devoir de charité que nous devons avoir. Sans cette charité, notre évangélisation sera vaine.
À bientôt.

 

11:07 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Bonjour Mr Maxence,

Je suis un jeune père de famille catholique, un de vos lecteurs dans l'Homme Nouveau.

Le sujet traité ici par vous-même et Mr Guillebon est crucial, vos développements intéressants - mais mous, et fades.

Le monde dans lequel nous vivons en Europe occidentale EST un totalitarisme athée, donc nihiliste, donc matérialiste, donc destructeur de tout ce qui tire l'homme vers son Créateur: cultures, poésie, musique, art, différences, noblesse, courage, etc... Beaucoup l'ont dit depuis un moment et nous vivons tellement engoncés dans le mythe libéral et relativiste que nous avons peine à voir que ce totalitarisme est en train de se refermer sur nous. D'une manière bien plus définitive que ne l'auraient imaginé communisme et fascisme.

Face à lui se dresse au moins un autre système totalisant et transcendant, cohérent, puissant, fort et dont on revient difficilement. Un système où le libre arbitre de l'homme est nié, où la raison est englobée dans la foi. Une sorte de super-paganisme monothéiste. Ce système c'est l'islam et le choc est inévitable. Il fera encore plus mal que les secousses précédentes du XXe.

Ce faisant il existe un souffle chez certains catholiques français et d'autres Nations, un souffle jeune, un souffle résistant, un souffle prophétique, artistique, courageux, fervent. Le souffle est faible mais réel. Certains ici et là, inattendus, se tournent vers la Croix, réalisent que la Lumière vient des discours de Benoît XVI dans un océan de nullité européenne, continuent à faire confiance en l'Eglise malgré ses dérives progressistes. Fondent des familles et fortifient leur foi. Ce souffle va s'amplifier.

Aidez-nous à nous préparer, à rassembler! aidez-nous! cessez d'ergoter sur le oui ou non d'un communautarisme catholique, de Grâce! la France en tant qu'Etat n'en a plus pour longtemps, les forces du marché mondialiste vont la broyer, la culture du plaisir abrutissant s'étend, la connaissance même du langage se dégrade à vitesse V. Et l'islam monte inexorablement, fort et apparaîtra à beaucoup comme seul rempart au délitement soudain qui s'annonce. En particulier en Europe, et surtout en France - le lieu du combat.

- il nous faut des réseaux, il nous faut des blogs, des sites d'information, des journaux, une télé, des media;
- il nous faut des romans, des poèmes, des légendes
- il nous faut des saints et des martyres
- il nous faut des écoles et des maîtres
- il nous faut des dictionnaires, des livres d'Histoire, des agendas
- il nous faut garder la maîtrise du temps, un temps chrétien
- il nous faut une liturgie impeccable et solenelle
- il nous faut évangéliser
- il nous faut des vêtements, des signes, des icônes
- il nous faut des base-arrières, des villages
- il nous faut des ordres - dont certains armés
- il nous faut des syndicats
- il nous faut des avocats
- il faut nous rassembler

Vite, vite et vite. L'heure n'est pas à la contre-révolution, à la contre-culture, à la politique; l'heure est à la mise en place de structures qui permettront la survie de notre Peuple Catholique dans la répression, puis le chaos qui s'annoncent et vont venir vite, beaucoup plus vite que vous ne le voyez.

Porteuse d'Ordre et de Sens, de la Vérité et du Scandale par excellence, l'Eglise est intolérable et intolérante pour le totalitarisme relativiste, et blasphématrice et gênante pour l'islam. Elle ne survivra pas sans se battre, spirituellement, culturellement ET physiquement.

En Christ,
Olivier

Écrit par : Olivier | 26/01/2007

Le débat d'idées c'est bien mais n' a que peu d'intérêt s'il s'enferme en lui même pour tourner en rond.
Il doit déboucher sur l'action et le concret!
Merci à 0livier de nous le rappeler si bien

Écrit par : Maguelone | 27/01/2007

Magnifiques attaques en règle de Mr Maxence....

Écrit par : Satellite | 27/01/2007

En effet, je crois que ce genre de commentaires sont totalement srériles. Agissons en donnant l'exemple et non divisant.

Écrit par : satellite | 27/01/2007

Je suis surpris par les attaques direct que M Maxence a porté à la personne donnant une interview concernant la revue Permanence. Je ne crois pas que cette femme s'en soit directement pris à vous!
Allez, maintenant cessons ces attaques stériles et agissons en fonction de nos compétences et talents

Écrit par : satellites | 27/01/2007

Si j'ai bien compris,il me semble que le fond de la question est : faire de la politique pour essayer de changer l'environnement ou choisir d'autres formes d'action pour au moins pouvoir élever ses enfants.

Je ne pense pas qu'on doive opposer ces deux positions, la plupart d'entre nous essayant selon ses capacités de trouver un équilibre entre les deux et de faire de son mieux. (on est tous des marginaux et on essaie de ne pas être des associaux) En gros ne pas mettre la lumière sous le boisseau mais aussi attention de garder la lumière allumée....

Mais je crois que votre discussion doit prendre des exemples précis et des cas concrets sous peine de rester des théories intellectuelles ! Pour appuyer mon propos je vous poserai une question Monsieur Maxence : que diriez vous à de jeunes adultes étudiants dégoutés par "la société française" qui désireraient partir à l'étranger dans un environnement plus favorable ?

Écrit par : carmel | 28/01/2007

Carmel, nous ne sommes pas jeunes et souvent nous nous levons le matin avec l'idée de partir, mais où?? !!

Écrit par : odile | 29/01/2007

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