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25/01/2007

Dissidence ?

Ici ou là, on s’est fait l’écho du dernier numéro de la revue Permanences, édité par Ichtus, également connu sous le nom familier de « Rue des Renaudes ». Thème de ce dernier numéro : « Cathos, vers la dissidence ? »
Le numéro en question est intéressant par les questions qu’il soulève, les sujets qu’il aborde, par les contributions qu’il réunit. Citons, entre autres, les articles de Michel Benoit et de Philippe Darantière ou le témoignage de Joël Hautebert.
Mais, peut-être, plus intéressant encore, est l’entretien que Nicole Buron, rédactrice en chef de Permanences, a accordé au blogue e-deo, entretien en son et en image. (ici)
Son intérêt est double. Dans cet entretien, Nicole Buron, en bonne rédactrice en chef, explique l’intention générale de ce numéro et, ce faisant, elle montre le hiatus, pour ne pas dire le fossé d’incompréhension, qui existe dans une partie du monde catholique. S’ajoute à cela – je le dis non comme une attaque personnelle, mais comme une remarque qui touche l’organisme qu’elle représente – une impression de suffisance qui semble venir du fait, qu’en matière de doctrine et d’action sociale et politique des catholiques, la « rue des Renaudes » tiendrait une sorte de magistère non-dit.
Ce thème de la dissidence a été abordé sur ce blogue dès le départ. Dans l’un de mes premiers textes, si ce n’est le premier, j’écrivais :
« La société technique, mercantile, consumériste, de plus en plus globalisante, reposant sur l’appel à un progrès constant et aux dépassements de toutes les limites, ne met-elle pas en danger, non seulement l’environnement, mais au cœur de cet environnement, l’homme lui-même : sa vie concrète et sa vie future dans l’éternité ?
N’est-il donc pas temps d’essayer, chacun où il est, et autant que possible, de mettre en place des modes de vie, plus respectueux de la nature humaine ?
Je souhaite rencontrer des personnes et des familles qui refusent concrètement les travers de la société actuelle, en privilégiant ceux qui donnent à cette « dissidence intérieure » un fondement spirituel chrétien. »
.
Devant l’incompréhension qui s’était fait jour, je précisais dans un autre texte :
« Parce que nous savons le danger de l'utopie, nous estimons nécessaire de poser des actes concrets, de réformer nos comportements. Remettre en valeur la vie de famille et la simplicité. Éduquer nos enfants, les voir grandir plutôt que de les confier à l'État. Redonner toute sa place à une économie à taille humaine qui associe la propriété et le travail, la responsabilité et l'autorité. Retrouver notre place au sein de la Création qui est l'un des plus beaux dons de Dieu et l'un des plus grands mystères. Contempler, prier, rire, chanter et boire les vins de nos terroirs. Préférer faire nous-mêmes que faire faire pour retrouver la leçon de l'effort, des limites et la liberté. Refuser le consumérisme qui est la course effrénée à l'accumulation de biens. Préférer le monde rurale que l'artificialité de la ville. Discuter et chanter ensemble plutôt que de regarder la télévision. Etc. Nous ne préconisons pas que tous les " alter cathos " fassent tout cela. Nous pensons pourtant que nous pouvons nous retrouver sur un certain nombre de points fondamentaux qui exigent d'entrer effectivement en dissidence avec les valeurs et les modes de vie de la société d'hyperconsommation.
Il y a une certaine radicalité dans ce que nous voulons, mais cette radicalité n'est pas violente. Elle est vraiment un retour à la source, un retour à la racine des choses, comme l'indique l'étymologie du mot. En même temps, nous pensons que ce que nous voulons vivre est la chose la plus normale du monde. Et que, si nous regardons bien la réalité, c'est le monde moderne qui est entré en dissidence avec ce que Dieu a voulu. Et cette dissidence est bien une fuite alors que celle que nous voulons est un retour. Et ce retour est un amour. De Dieu et de la création. »
Ici.

Revenons maintenant à l’entretien accordé par Nicole Buron. D’abord un constat général sur lequel nous sommes d’accords :
nous, catholiques, avons tendance à nous retirer de la vie sociale et politique. Constat facile à émettre et qui, au fond, ne mange pas de pain.
Par ailleurs, j’ai relevé trois points de désaccord qui se traduisent par l’emploi de plusieurs formules typiques et qui ne sont pas innocentes :
– les catholiques se retirent pour « cultiver leur jardin ».
– nous sommes face à un communautarisme qui ne dit pas son nom, même si dans certains journaux cette étiquette est de plus en plus revendiquée.
– Nous ne sommes pas persécutés comme les premiers chrétiens et de toute façon les premiers chrétiens ont joué leur rôle dans la société païenne.

Conclusion de ces affirmations : il s’agit d’excuse à notre (sous-entendu à « votre ») inaction sociale et politique.
Je laisse de côté la part de mépris, pour ne pas dire plus, que contient cette façon de présenter les choses. Elle sous-entend : Vous n’êtes pas d’accord avec nous ; vous ne faites pas ce que nous préconisons, donc vous ne faites rien.
Sans vouloir entrer dans le détail, ni même présenter une argumentation, je voudrais discuter ces points très rapidement :
 
1°) Nicole Buron et l’équipe de la rue des Renaudes estiment que la dissidence revient à se retirer pour cultiver son jardin. Il y a une erreur fondamentale de perspective.
La dissidence, si l’on comprend bien ce terme et que l’on fait effort pour saisir de quoi il s’agit, vise non pas à fuir la politique, mais à choisir d’autres formes d’action que celles envisagées jusqu’ici.
On peut très bien récuser ces formules d’action ; pas les caricaturer, en disant : vous ne faites rien. On peut d’autant moins le faire que la différence entre les deux approches repose sur une différence fondamentale d’analyse sur ce qu’est devenue notre société actuelle.
À ce titre, la rue des Renaudes me semble avoir une analyse qui repose sur des présupposés qui datent au mieux des années 1970, au pire des années 1950. Or, si dans ces années, il restait un peu d’éléments d’une morale naturelle et chrétienne, ce n’est plus le cas dans la France des années 200O. D’ailleurs, Marcel De Corte, visionnaire, l’avait pressenti dès les années soixante-dix. On lisait Marcel De Corte à cette époque rue des Renaudes. Est-ce le cas aujourd’hui ? Quand De Corte parle de « dissociété » – ce qui pouvait sembler exagéré pour les années 70 – il utilise un terme repris en 2006, probablement en ignorant la source, par Jacques Généreux dans un livre de gauche publié au Seuil.
De ce fait, une réflexion sur l’État qui prend pour référence des textes de Pie XII, Jean Daujat, Marcel de la Bigne de Villeneuve, Gaston Fessard ou Louis Dauménie, textes dont le plus récent remonte à 1962, si l’on met de côté le Catéchisme de l’Église catholique, laisse à penser que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’évolution profonde du pouvoir et de l’État séculariste.
Un seul exemple : peut-on parler de bien commun dans une « société » qui a les caractéristiques d’une « dissociété » ? C’est-à-dire dans une société qui n’en est plus une ?
On a l’impression qu’on laisse de côté toute une analyse de ce qu’est fondamentalement l’État moderne en évitant les réflexions qu’une partie de la gauche, notamment, a déjà entamées. Il suffit de lire Ellul (qui rejoint en beaucoup de points De Corte) ou Del Noce (sur l’État séculariste) pour s’en rendre compte.
L’État moderne n’est pas seulement un État « déconfessionnalisé » qui pourrait continuer à rechercher, par ailleurs, à la manière des Hussards de la République, un bien naturel sans Dieu. Nous sommes passés à un autre stade qui fait de cet État un État totalitaire ou pré-totalitaire.
Dans le film Sophie Scholl (ARTE vidéo), qui raconte l’histoire de cette jeune résistante allemande au nazisme, il y a un dialogue fondamental entre la jeune protestante et le gestapiste qui l’interroge. Celui-ci essaye de la convaincre du bien fondé du nazisme. Elle réplique en expliquant les raisons de son refus. La persécution des Juifs mis à part, il s’agit bien d’une description de notre société et de ce qui est enjeu aujourd’hui. Il y a une ressemblance frappante entre les deux sociétés malgré leurs différences criantes et qui invite à réfléchir sur l’évolution de la notre. Avec en toile de fond, la question : si nous sommes dans une société totalitaire ou pré-totalitaire, nos moyens d’action ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant.
 
2°) Le communautarisme est devenu le chiffon rouge que l’on agite aujourd’hui pour se convaincre que son adversaire a tort. Seulement, sous ce vocable, de quoi parle-t-on ? Le terme n’est jamais défini. Parle-t-on d’un communautarisme éthique qui reconnaît et institutionnalise toutes les déviances ? Parle-t-on d’un communautarisme qui vise à diviser la France en communautés ethniques ? Évoque-t-on, au contraire, les communautés intermédiaires nécessaires à une véritable vie sociale, entre la famille, qui n’est pas une communauté intermédiaire, mais la cellule de base, et l’État ? Rien n’est dit. On se pose la question de la légitimité de l’État sans même se demander si cet État légitime ou non « couronne » encore une société ou un agrégat.
Une sorte de réflexe « nationaliste » au mauvais sens du terme conduit des catholiques aujourd’hui à jeter le discrédit sur d’autres catholiques par l’emploi de cette terminologie aussi floue que dangereuse ? Connaissent-ils la différence entre communautaristes et communautariens aux Etats-Unis par exemple ? Ont-ils lu, par exemple, Alasdair MacIntyre ou Rémi Fontaine ?
 
3°) La comparaison avec la société romaine est révélatrice. Nicole Buron nous laisse entendre que les chrétiens ont participé à la vie sociale et politique romaine sous l’empire. La remarque est en partie vraie. Seulement, les chrétiens ont fondamentalement refusé d’adorer des faux Dieu et des idoles, ce qui dans la société païenne de l’époque est un acte de dissidence d’une portée sociale et politique. Autre remarque : l’État païen, aussi sanguinaire qu’il fut, n’a rien à voir avec l’État moderne. Comparaison n’est donc pas raison.Hitler ou Lénine ou Staline ne sont pas des équivalents contemporains de Néron. Ils sont pires. Non pas seulement comme personne, mais surtout par l’État totalitaire mis en place par leurs soins. Il y a un appareil d’État, une prise en main des consciences, une utilisation de l’opinion publique, etc., dans l’État moderne que l’on ne retrouve pas dans l’État païen antique.
 
 
Il ne s’agit pas de vouloir imposer un point de vue. Dissidence contre utilisation du système. J’estime, au contraire, que nous avons besoin des deux démarches, parce qu’elles se complètent plutôt qu’elles ne s’excluent. On peut encourager des jeunes professeurs à tenter d’enseigner dans le Public ou l’école sous-contrat tout en faisant tout pour que se développent les écoles hors-contrat. Mais cela n’empêche pas d’analyser ce qu’est profondément l’État moderne et la société. La dissidence, comme nous l’ont appris ceux de l’Est, ne consiste pas à revenir chez soi pour y cultiver son jardin, sauf si cet acte même revient à poser un acte de refus d’un monde qui induit par ses effets un comportement non chrétien.
La dissidence consiste donc, individuellement et socialement, a adopté des comportements qui récusent la modernité dans ses traductions les plus évidentes : refus de la vie, de la famille, consumérisme, système technicien, économisme, découplage du pouvoir et de la responsabilité. Etc. Nous ne sommes plus simplement ou seulement dans la confrontation entre des formes différentes de régime, d’institution ou de doctrine politique. L’enjeu est plus profond. De ce fait, chaque acte que nous posons aujourd’hui nous engage et devient ou non un acte de dissidence. Nous avons perdu notre innocence ; nous ne sommes plus dans une société normale.
Soljenitsyne nous a également appris que le premier acte de dissidence est le refus du mensonge. Toujours et partout.
Le premier acte de la dissidence consiste peut-être même à se défaire des idées préconçues et des schémas préfabriqués pour retrouver sa capacité de voir le monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. Que nous voulions ou non être dissident !

17:10 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (13)

Commentaires

Cher Philippe,

ne vous énervez pas ainsi ! Il est si bon que le débat sur cette question qui taraude en fait tous les catholiques français d'aujourd'hui prenne enfin l'ampleur qu'elle mérite, qu'il ne faudrait qu'il soit encore pollué par des querelles de personnes et des jugements radicaux.
Je suis, pour ma part, vous le savez, très partagé, en amitié et en réflexion, entre les deux conceptions qui s'affrontent. Je précise ceci non pour raconter ma petite vie qui n'intéresse personne, mais pour situer ma remarque.

Pour la rue des Renaudes, il est certain, quoique vous en ayez, qu'elle exerce un magistère non-dit, au moins historique : il en est peu parmi les catholiques de France qui s'essaient à réfléchir politiquement aujourd'hui qui ne soient venus de son sein, ce n'est pas vous qui me démentirez. C'est là, à la Cité catholique et dans ses avatars, qu'ont été posées les bases sur quoi nous nous appuyons. Ce qui lui donne un petit droit, quelles qu'aient été ses évolutions récentes qui ne trahissent en rien l'impulsion oussetienne c'est certain, à parler fort et à tenter de recadrer le débat.

Quant à l'argument de ringardise, il est comique de voir que vous vous le jetez simultanément au visage : Nicole Buron ne me disait-elle pas hier que certains ne voient pas ce qui se passe dans le catholicisme français, renaissant sous le mode de ce que l'on appelle la "génération Jean-Paul II" ? Je ne confie ceci nullement pour jeter de l'huile sur le feu, mais au contraire pour tenter de déminer des incompréhensions. il ne faut en aucun cas, en la matière, jouer de rivalité mimétique et de concurrence, mais oeuvrer sous le regard total et totalement bienveillant de notre Roi du Ciel.

Pour le mot de "communautarisme", vous donnez vous-même la réponse finalement : ce terme a un emploi anglo-saxon, qui peut être bon mais qui ne sera jamais français. On ne parle pas ici de libertarien, de populiste comme on en parle outre-atlantique. Et alors ? Faut-il aller contre le sens commun, contre sa propre langue, au risque du scandale ?
Dissidence est un mot meilleur, déjà, vous en convenez.

Vous dites : "La dissidence consiste donc, individuellement et socialement, à adopter des comportements qui récusent la modernité dans ses traductions les plus évidentes : refus de la vie, de la famille, consumérisme, système technicien, économisme, découplage du pouvoir et de la responsabilité. Etc. Nous ne sommes plus simplement ou seulement dans la confrontation entre des formes différentes de régime, d’institution ou de doctrine politique. L’enjeu est plus profond. De ce fait, chaque acte que nous posons aujourd’hui nous engage et devient ou non un acte de dissidence. Nous avons perdu notre innocence ; nous ne sommes plus dans une société normale." Franchement, croyez-vous que la rue des Renaudes pense autre chose que cela ? Je ne veux pas faire de l'unanimisme, mais sur ce plan il est évident que l'accord est complet.

Le problème de l'Etat, que Joël Hautebert a bien mieux mis en évidence sur ce blog que je ne pourrais jamais le faire, est en revanche une pomme de discorde plus véritable. Mais ne faites-vous pas un amalgame bien rapide quand, après avoir relevé, avec justesse, que l'Empire romain n'avait rien à voir pour la surveillance et la puissance de coercition avec les régimes totalitaires du siècle dernier, vous confondez notre temps et celui de l'hitlérisme ? Les Scholl ont souffert pour leur dénonciation d'un régime, et souffert jusqu'à la mort : votre journal a-t-il jamais été interdit, votre blog supprimé, votre vie menacée par la République quand vous la critiquiez ? Cette remarque est ennuyeuse, mais c'est un fait, c'est une réalité. Si notre monde est bâti en grande partie sur des "structures de péché", c'est bien autrement que par la violence martiale qu'il nous entraîne à y céder. En conséquence, c'est par une dissidence non violente qu'il faut s'en protéger. Et vous la définissez bien dans ce texte, cette dissidence. Mais c'est chose à rappeler constamment, afin que ne provoquions pas, nous catholiques, une libanisation de la France. Malheur à celui qui allumera le feu destructeur !

Alors, soit, dissidons en créant un peu partout des structures où seront préservées les valeurs dont nous croyons qu'elles bâtissent l'homme nouveau, mais n'empêchons pas l'homme fort qui saura résister aux sirènes du monde de s'y introduire et de s'en emparer, pour le redonner, neuf, un jour, aux âmes chrétiennes.

Quant aux structures de la dissidence que vous appelez de vos voeux et qui, déjà, se lèvent, leur mission n'est-elle pas celle que le Christ nous a imposée pour toujours, l'évangélisation ? Croyez-vous qu'en les nommant effets du communautarisme, vers elles et vers le Seigneur vous conduisiez beaucoup de brebis perdues ? De grâce, répudions ce mot de communatarisme, qu'il soit "ouvert" (Rémi Fontaine) ou pas. Soyons l'Eglise, c'est suffisant. Et l'Eglise dans le monde, pour le salut du monde. Soyons donc Français, Français libres, même et surtout sous l'occupation du Mal.
Je peux témoigner, à ma petite mesure, qu'être catholique en France aujourd'hui, ce n'est jamais porter une étoile jaune. Rien ne nous est fermé. Le monde se meurt de notre absence. Nous sommes les gardiens de nos frères.

Amitiés
JG

Écrit par : Jacques de Guillebon | 25/01/2007

Jacques
"Je peux témoigner, à ma petite mesure, qu'être catholique en France aujourd'hui, ce n'est jamais porter une étoile jaune. Rien ne nous est fermé."
Si vous étiez à l'Education Nationale comme moi, vous sauriez
que les catholiques et les gens de droite y portent des étoiles jaunes plus subtiles et plus efficaces que celles du IIIe Reich, Un prisonnier fait pitié, un homme obligé au silence sur l'essentiel n'inspire qu'un sentiment de triomphe aux tenants du laïcisme.
Nous ne pouvons continuer a servir non pas l'Etat, mais nos élèves qu'à condition de nous taire sur le plus essentiel.
Je défends l'idée de la présence au monde, mais il ne faut pas oublier à quel point celui ci, et en particulier dans celui ci la république relativiste et individualiste à la française sont hostiles au règne social de Notre Seigneur Jésus Christ.

Écrit par : l'homme dans la lune | 26/01/2007

Dissidence chrétienne : du devoir de charité au droit à la sainteté.

« […] Le monde se meurt de notre absence. Nous sommes les gardiens de nos frères. » Jacques de Guillebon.

Si je cite cette phrase qui sert de conclusion au commentaire précédent de Jacques de Guillebon, c’est qu’elle me permet de proposer à la reflexion la mise en œuvre d’un « droit à la sainteté». Pourquoi pas ? Puisque nous sommes entre chrétiens, voire entre catholiques, pourquoi ne pas nous interroger sur un tel droit ? La sainteté peut-elle être un droit ? Qui dit droit, dit devoir. Benoît XVI nous exhorte au devoir de sainteté. En tant que citoyen, je me pose la question : si devoir il y a, à quel droit correspond-il ? Je laisse aux experts l’éventuel soin de développer l’aspect théologique de la question. Avant de proposer un exemple concret, je rappelle ce passage du droit canon 215 : « Les fidèles ont la liberté de fonder et de diriger librement des associations ayant pour but la charité ou la piété, ou encore destinées à promouvoir la vocation chrétienne dans le monde, ainsi que de se réunir afin de poursuivre ensemble ces mêmes fins. »

Nous sommes nombreux à agir dans le cadre associatif. Sur ce blog, la question est souvent posée de savoir comment vivre, dans notre société, en catholique. Il est même question, pour certains, de créer des communautés catholiques. Je ne rajouterais rien à ce qu’a écrit Jacques de Guillebon repris et corrigé par Philippe Maxence : « Sans cette charité, notre évangélisation sera vaine. »

Qu’est-ce que la sainteté ? C’est faire la part à l’autre, répond Alain David, philosophe, dans une récente allocution à la LICRA. Faire la part à l’autre, c’est lui rendre son identité. Je rajouterais que c’est donc en faire un frère, pour établir la liaison avec les propos de Jacques de Guillebon. Faire la part à l’autre, en faire son frère, par la vertu chrétienne de la charité.

Comment cela peut-il se traduire dans le cadre d’une action associative, alors que nous ne sommes pas des clercs, mais des laïcs, vivant dans la société française ?

Je m’occupe d’une association qui a pour objet de venir en aide à une catégorie de malades, conformément aux statuts légaux de la dite association. Le devoir de sainteté consistant à faire la part à l’autre, je me dis que ces malades qui reçoivent de l’aide grâce au travail des bénévoles de l’association, pourraient, eux-aussi, venir en aide à d’autres malades en faisant cette mystérieuse et très chrétienne part à l’autre.

En tant que co-responsable de cette association, je suis donc en position d’initier chez les membres de l’association - les malades aidés par elle - un projet de sainteté, par exemple la défense, le soutient ou l’aide à une cause autre que la maladie dont ils souffrent. Attention : il ne s’agit pas de détourner l’association de son objet initial, ce qui serait mortel pour l’association, mais d’agir pour susciter chez les membres une ouverture à l’autre, une ouverture choisie librement par l’association en tant que telle et inscrite, naturellement et selon les modalités du règlement intérieur, parmi les actions envisagées pour atteindre le but de l’association. Atteindre son but, certes, mais d’une façon chrétienne : faire la part à l’autre, faire œuvre de charité, répondre au devoir de sainteté auquel tout catholique est invité par notre pape.

Mettre en œuvre le droit à la sainteté consisterait donc à inclure dans une communauté intermédiaire laïque (les membres de l’association) un objectif strictement laïc (venir en aide à ceux qui sont sans le secours) dans un esprit chrétien. Faire la part à l’autre, sortir de son égoïsme, appliquer la loi de réciprocité : je reçois de l’aide = j’offre mon aide. Imaginons que ce droit à la sainteté soit inscrit dans nos lois républicaines, cela signifierait que toute association de bienfaisance serait invitée à appliquer un devoir de sainteté par le respect du principe de réciprocité.

La communauté intermédiaire, les membres de l’association réunis en assemblée générale, choisirait leur cause et déciderait de la part à faire à l’autre, autrement dit d’un prélèvement volontaire sur le montant de l’aide qu’ils touchent grâce au travail de l’association ou la participation bénévole à un projet choisi et initié par l’assocation. En sommes, une façon de reprendre en main le politique. Une façon dissidente, me semble-t-il, de rechristianiser à la base notre société.

Écrit par : Eric Gaillot | 27/01/2007

à l'homme dans la Lune : s'il devait exister un intellectuel catholique qui a les pieds sur terre , ce serait vous!
Il faut vivre dans un cocon ou dans l'air du temps pour dire "que nous ne sommes pas persécutés".
Il y a en France des prêtres persécutés notamment pour leur attachement à la Sainte Eucharistie. Combien de catholiques n'osent plus dire leur foi au travail de peur dans certains cas , comme j'ai pu le constater, de perdre leur emploi.
Il est vrai que l'on ne devient persécuté qu'à partir du moment où l'on dénonce le mensonge , comme le rappelle Philippe Maxence, et je précise là ou ce la dérange. Il est vrai qu'il ne s'agit plus alors de pure théorie et que dès lors nos rangs ont tendance à s'éclaircir...
N'oublions tout de même pas au-delà des beaux discours que nous sommes queqlue peu redevables à nos martyrs.

Écrit par : Sancenay | 28/01/2007

@Sancenay

j'ai même un collègue qui s'est fait fusillé au travail!!!

Écrit par : Rodolph | 28/01/2007

@ Sancenay : j'aimerais que vous précisiez votre exemple de "prêtres persécutés pour leur attachement à la Sainte Eucharistie" : en France, aujourd'hui ? Par qui, sinon par d'autres catholiques ? J'ai du mal à voir de quoi vous parlez.
Quant à l'accusation de vivre dans un cocon, récurrente, il me semble qu'elle vienne toujours, justement, de personnes qui vivent dans un monde sociologique bien homogène. Si je donnais ce témoignage de non-persécution, c'est bien parce que je l'ai vécu, dans des mondes totalement différents, au milieu d'intellectuels tout sauf chrétiens, parmi des semi-prolétaires avec qui je travaillais, dans une sphère médiatique sous perfusion de coke (la sphère, pas moi...). Et nulle part je n'ai vu que mes prétentions catholiques fussent motif de persécution, de moquerie ou de quoi que ce soit d'autre. Arrêtons la rivalité mimétique avec les juifs, les musulmans, ou toute autre "minorité" : ce n'est pas en nous prétendant plus persécutés que qui que ce soit que nous résoudrons quelque chose.

Écrit par : Jacques de Guillebon | 28/01/2007

@Sancenay
Il ne faut pas non plus souhaiter la persécution...

Écrit par : Rodolph | 28/01/2007

Si la christianophobie n'a pas encore envahi tous les milieux, elle est quand mème bien présente à des postes clefs tels que l'éducatiion nationale et les médias, et j'ai été surprise de constater une levée de boucliers contre les chrétiens de toutes confessions dans les milieux déscolarisants qui sont des milieux altrnatifs, écolos, que je croyais plus tolérants!

Écrit par : odile | 28/01/2007

@odile Et bien justement mon épouse est professeur de Français, Latin de l'EN.
Même si tout n'est pas simple, elle arrive à dire ce qu'elle souhaite à ses élèves et même à faire passer des messages...
Elle est toujours vivante et même si ses relations peuventêtre tendues avec ses collègues, elle n'est pas au bord de rupture et continue à se battre!

Écrit par : Rodolph | 28/01/2007

@odile Et bien justement mon épouse est professeur de Français, Latin de l'EN.
Même si tout n'est pas simple, elle arrive à dire ce qu'elle souhaite à ses élèves et même à faire passer des messages...

Elle est toujours vivante et même si ses relations peuvent être tendues avec certains collègues, elle n'est pas au bord de rupture et elle continue son travail en conscience!

Écrit par : Rodolph | 28/01/2007

à rodolph,

pouvez -vous préciser votre pensée sur : "il ne faut pas souhaiter la persécution" car pour ma part , je ne la souhaite pas , je souhaite tout au contraire vivement vivement qu'elle prenne fin.

Écrit par : sancenay | 28/01/2007

je crois simplement que certains lse voient persécutions partout...mais Sancenay, je ne vous vise pas directement

Écrit par : Rodolph | 28/01/2007

Rodolph, votre épouse est un cas particulier, et tant mieux si elle arrive à s'exprimer en toute liberté. La famille de mon mari, et c'est une famille nombreuse, compte beaucoup d'éléments à l'EN; je vous assure que lors des réunions il y a des sujets tabous, et nous sommes mis un peu à l'écart, qui plus est en pratiquant l'instruction en famille! Ceci dit, on ne peut évoquer son cas particulier dans ce genre de débat, et il me semble bien avoir entendu que les profs votaient très à gauche (à 75 pour cent)
Nous avons relu Marcel Pagnol avec les enfants l'année dernière, et c'est amusant de constater que les instituteurs de l'époque se sentaient investis d'une mission: rétablir la vérité dans le matérialisme. De nos jours cela ne fait plus sourire...
Quant à moi je travaille avec des musulmans, des médecins venant d'Algérie, ils respectent notre religion, mais ont une toute autre interprétation de nos écrits, et j'ai constaté qu'ils n'aiment pas du tout qu'on "pinaille" sur leurs croyances, ils se vèxent très vite si bien que pour que tout aille bien, il faut aller dans leur sens et éviter les sujets à discussion.

Écrit par : odile | 29/01/2007

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