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24/01/2007

Allaitement et mode de vie

Dans son dernier numéro, L’Écologiste publie un article sur l’allaitement maternel.
On sait aujourd’hui que, contrairement aux affirmations des années soixante, largement exploitées par certaines industries, le lait maternel est le meilleur.
Ma question n’est pas directement sur ce fait cependant. Elle est plus large et pourrait se formuler ainsi :

Pensez-vous qu’au-delà des prescriptions médicales le recours à l’allaitement maternel peut dépasser la simple nécessité de nourrir l’enfant pour entrer dans une façon différente d’envisager la vie et d'adopter un autre mode d'existence ?

 


Voici un extrait de l’article de L’Écologiste :

Selon le ministère de la Santé français, 56% des enfants nés en France sont allaités au sortir de la maternité contre plus de 95% en Finlande, 75% en Italie et 70% au Royaume-Uni. De plus, ‘la durée d’allaitement maternel est le plus souvent très courte dans notre pays : sa durée médiane a été estimée à dix semaines. L’allaitement à quatre mois est maintenu dans plus de 65% des cas en Suède et en Suisse, 27% au Royaume-Uni et à peine 5% en France. » Cependant, il n’est pas exagéré de dire qu’il existe un consensus scientifique mondial sur ses effets bénéfiques. (…) Si l’allaitement est si bénéfique, pourquoi n’est-il pas plus pratiqué ? très rarement en raison d’une impossibilité physiologique. Il existe certes des contre-indications à l’allaitement, mais elles sont rares : galactosémie, maladie rare chez l’enfant, maladie cardiaque grave chez la mère ou mère séropositive… L’insuffisance de la lactation chez la mère due à des causes purement physiologiques est très rare également. Quant au risque de morsure souvent invoqué, il relève plus d’une peur que d’une réalité. (…) En plus de ces fausses raisons dues au manque d’information sur le sujet, il y a également les conditions de vie modernes qui font que les femmes ne peuvent pas allaiter autant qu’elles le souhaiteraient. (…) Autre explication : malgré la volonté politique affichée du ministère de la santé, les maternités s’engageant explicitement à sensibiliser les mères et ses équipes médicales sont rares. En 1989, une déclaration conjointe de l’OMS/Unicef donnait des recommandations en faveur d’une meilleure information du personnel hospitalier et des futurs sur les bienfaits de l’allaitement. Cette déclaration s’est ensuite traduite en une charte promue par la Coordination française pour l’allaitement maternel, attributrice du label ‘Hôpital ami des bébés’. Seules cinq maternités ont à ce jour obtenu ce label en France.

 

Commentaires

En dehors du fait qu'allaiter son enfant est bon pour lui médicalement, il me paraît nécessaire de signaler que l'allaitement porte en lui deux bienfaits :

Tout d'abord c'est le prolongement d'un lien fort, organique, qui jouera d'une manière incalculable sur toute la vie de l'enfant. C'est un geste d'amour infini, un geste de vie. Comment expliquer l'importance d'un tel don pour un nouveau-né ? Cela va bien au-delà de l'expertise de quelques psychanalystes.

Ensuite, c'est un rite social remontant à la nuit des temps. C'est le premier signe que l'enfant est accepté dans la famille, y est le bienvenu. Acheter la nourriture de l'enfant, n'est-ce pas, quand la mère a le choix, une manière d'intégrer le bébé au monde de la consommation plutôt qu'à la famille ? Déléguer à d'autres le soin de fournir au nouveau né sa première subsistance, c'est clairement désacraliser sa naissance, c'est, dès sa venue au monde, priver la personne d'amour, de sens, la traiter en invitée plutôt qu'en membre. Certains trouveront le raisonnement un peu poussif, mais il me semble indispensable de se poser la question : l'allaitement n'est-il pas le rite universel de l'accueil de l'enfant dans une communauté, dans un sens ? N'est-ce pas la première étape dans l'éducation ?

La question est passionnante et mérite en effet qu'on s'y intérresse.

Écrit par : Quentin | 24/01/2007

Il est curieux en effet que les Français, qui se vantent ces temps-ci de leur surproduction procréatrice, comptent parmi les peuples qui maltraitent le plus leur progéniture une fois qu'elle est venue au jour. Mais la médicalisation pseudo-rassurante qu'on impose au nourrisson dès l'origine s'inscrit en fait dans une médicalisation totale de la vie du Français. Nos corps à la science, nos âmes au néant. C'est notre slogan.

Écrit par : Jacques de Guillebon | 24/01/2007

Tout d'abord je voulais vous souhaiter, Philippe, un bon rétablissement, il faut être à l'écoute de la fatigue et de la maladie qui sont le langage d'un corps qui a du mal à suivre le rythme qu'on lui impose! L'allaitement c'est aussi un temps où on se pose pour être à la disposition de son enfant, temps d'intériorité où la maman devra redécouvrir une science cachée au fond de son coeur, pour cela elle doit faire silence être à l'écoute du petite être qui va la guidée, avoir confiance en cette connaissance que l'on porte en soi et que l'on découvre en s'abandonnant.
Il faut apprendre à désapprendre ,fermer les oreilles aux "conseils" aux remarques qui fusent, et c'est tout un monde de douceur qui s'offre à nous, un monde d'amour.
C'est une oasis dans le désert, c'est l'occasion de s'arréter et de se poser des questions sur la justesse de ce que l'on vit, sur nos priorités, sur la mort aussi (mes grossesses et mes accouchements m'ont toujours permis de mieux apprivoiser l'idée de ma propre mort)
C'est l'occasion de comprendre combien le monde dans lequel nous sommes entrainés tel un tourbillon s'éloigne de plus en plus de ce qui est éssentiel à l'homme

Écrit par : odile | 24/01/2007

"Il faut apprendre à désapprendre ,fermer les oreilles aux "conseils" aux remarques qui fusent, et c'est tout un monde de douceur qui s'offre à nous, un monde d'amour."

Le meilleur conseil à donner à une jeune maman qui désire allaiter, c'est celui là. Merci Odile !
Mère de trois enfants, j'ai allaité entièrement chacun d'eux pendant un an, faisant fi des modes et des remarques fusant de partout : "il faut diversifier sinon il ne mangeront rien", sans parler des opérations de culpabilisation imprégnées des lectures de psycho magazine de supermarché, du style : "tu entretiens un lien fusionnel", "tu ne sais pas te détacher"... Et encore, ces réflexions sont les plus charitables. les moins charitables étant les remarques des femmes d'une cinquantaine d'années, qui comparent les mères allaitantes aux femmes africaines, suggérant qu'on se trompe de culture. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui font pourtant l'apologie des "échanges culturels". le problème est que souvent, ce sont ces femmes qui n'ont pas voulu d'enfants. Alors quand elles nous voient nous "embarrasser de trois enfants dits "rapprochés"...
Allaiter est naturel à chaque femme. Pourtant, on nous a fait croire qu'il fallait des normes, des règles, des principes : il faut "régler" le bébé à tout prix. C'est terrible pour moi d'entendre mes amies ou des femmes rencontrées au hasard de la vie, qui me disent "j'aurais aimé allaiter, mais je n'avais pas de lait." Vous n'imaginez pas le nombre de femmes qui n'ont pas de lait. Oui, cela arrive parfois, mais aujourd'hui, c'est l'excuse systématique : on ne veut pas culpabiliser la femme, ou alors, c'est plus pratique de filer un complément au bébé, en tant qu'aide maternelle... mais depuis quand une mère ne sait-elle plus s'occuper de son enfant ?
Le fait est que la méconnaissance de l'allaitement du corps médical, pour ne pas dire son mépris, fait que beaucoup de femmes sont privées de ce qui leur serait pourtant naturel.
C'est parce qu'une amie m'a parlé comme Odile : "c'est toi la Maman, c'est toi qui sais !", que j'ai pu allaiter mes trois enfants, sans conseils, malgré les découragements.
Et c'est un bonheur sans nom. Il faut aider les Mamans à trouver le courage de s'affirmer en tant que telles.

Écrit par : Calixte | 25/01/2007

Pardonnez-moi de réagir encore une fois, c'est tellement rare que ce sujet soit évoqué, qu'il est impossible de résister !
Voici une petite liste des difficultés rencontrées par les femmes désirant allaiter :

- Les conseils de la part de personnes n'ayant jamais allaité, ou très peu...
- La disparité ou les conseils contradictoires sur le temps, le rythme, la manière d'allaitement (le "holding", dirait Winnicott )
- Le manque de temps de se consacrer à son enfant : le fait de savoir qu'on va reprendre le travail dans deux petits mois a de quoi décourager. Cela ne devrait pas décider du sevrage d'un enfant...! Les femmes qui travaillent ignorent souvent leurs droits en tant que mères allaitantes (celui de s'arrêter pour tirer son lait etc..).
- La paix nécessaire à une maman soumise aux contrariétés du quotidien, physiologiquement rendue plus sensible. L'entourage, le mari en l'occurence, doit se montrer vigilant et soulager son épouse de son mieux.
- Enfin, allaiter et défendre l'allaitement fait souvent de nous des "sectaires" : mais il n'y a pas que la Leche League pour défendre l'allaitement ! Et on peut faire un tour sur cet excellent site, sans tomber dans ses ornières politiquement correctes... Hormis les excès démagogiques, on y trouve de bons conseils, mais cela serait inutile, si la société rendait aux mères la confiance qu'elles devraient avoir en leurs capacités maternelles.
- Donc, dernière difficulté : la médicalisation de l'éducation. A qui téléphone sans arrêt une jeune mère ? Pas forcément à sa mère, mais à "son" pédiatre...

Qu'en pensez-vous ?

Écrit par : Calixte | 25/01/2007

Je suis maintenant grand-mère d'un petit garçon de trois mois et j'essaye de ne pas "empoisonner" ma fille avec des conseils, je trouve dailleurs qu'elle s'en sort merveilleusement bien: elle a besoin de partager et d'échanger des expériences elle prend mon avis, mais je reste discrète. Je souris de l'évolution de ses idées par rapport à l'allaitement, elle s'adoucit au contact de son bébé, et le papa aussi dailleurs...

Écrit par : odile | 25/01/2007

Je suis maintenant grand-mère d'un petit garçon de trois mois et j'essaye de ne pas "empoisonner" ma fille avec des conseils, je trouve dailleurs qu'elle s'en sort merveilleusement bien: elle a besoin de partager et d'échanger des expériences elle prend mon avis, mais je reste discrète. Je souris de l'évolution de ses idées par rapport à l'allaitement, elle s'adoucit au contact de son bébé, et le papa aussi dailleurs...

Écrit par : odile | 25/01/2007

Je suis maintenant grand-mère d'un petit garçon de trois mois et j'essaye de ne pas "empoisonner" ma fille avec des conseils, je trouve dailleurs qu'elle s'en sort merveilleusement bien: elle a besoin de partager et d'échanger des expériences elle prend mon avis, mais je reste discrète. Je souris de l'évolution de ses idées par rapport à l'allaitement, elle s'adoucit au contact de son bébé, et le papa aussi dailleurs...

Écrit par : odile | 25/01/2007

Je suis maintenant grand-mère d'un petit garçon de trois mois et j'essaye de ne pas "empoisonner" ma fille avec des conseils, je trouve dailleurs qu'elle s'en sort merveilleusement bien: elle a besoin de partager et d'échanger des expériences elle prend mon avis, mais je reste discrète. Je souris de l'évolution de ses idées par rapport à l'allaitement, elle s'adoucit au contact de son bébé, et le papa aussi dailleurs...

Écrit par : odile | 25/01/2007

Dix-neuf bébés sur vingt qui ne sont plus allaités en France à quatre mois... quel gâchis! Quand on sait les innombrables avantages de l'allaitement - physiques et émotionnels - tant pour la mère que pour l'enfant, cela donne vraiment envie d'encourager les mamans! Oui, c'est un art, et celui-ci s'apprend dans la confiance, en prenant tout son temps et en suivant son instinct. Dieu a bien fait les choses!

J'allaite moi-même mon sixième enfant qui a 19 mois et tète encore assez souvent jour et nuit (ce qui n'est pas rare aux États-Unis, où La Leche League fut fondée il y a 50 ans). C'est une relation irremplaçable qui se crée ainsi, un lien très intime qui permet d'accepter beaucoup de frustrations maternelles sans trop s'énerver, et donne à toute la famille l'habitude de faire passer les besoins du plus petit en premier.

Mes cinq aînés ont tous tété jusqu'à ce qu'ils soient prêts à s'arrêter, ce qui est arrivé entre deux ans et demi et quatre ans (en plus, ils ont commencé à manger vers 7-8 mois). Cela nous a beaucoup facilité la vie, car mon mari et moi ne sommes plus tout jeunes... D'ailleurs, l'allaitement est la méthode idéale pour espacer les naissances, car l'aménorrhée dure en moyenne quinze mois après l'accouchement, permettant de souffler. Là encore, Dieu a tout prévu!

J'ajoute que l'allaitement est aussi une introduction parfaitement limpide à l'amour de Dieu. Comme Lui, maman est toujours là; comme Lui, elle me nourrit; et cette nourriture est intarissable. N'oublions pas que Jésus fut nourri du lait de Marie, et pendant beaucoup plus de quatre mois! Puisons dans l'Eucharistie la grâce de donner le meilleur de nous-mêmes à nos petits enfants qui, bien vite, deviendront grands. L'allaitement est un cadeau en or.

Pour en savoir plus, je recommande à ceux qui lisent l'anglais deux excellents livres de Sheila Kippley: "Breastfeeding and Natural Child Spacing" (1974) et "Breastfeeding and Catholic Motherhood" (2005).

Écrit par : A.S. | 26/01/2007

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