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12/01/2007

Pourquoi nous allons encore perdre ce combat (II)



Initialement, j’avais rédigé cette rapide réflexion en lisant un article qui posait la question du « droit » à l’école à la maison. La période de Noël ne m’a pas semblé favorable à une publication. Aujourd’hui, un autre article repose un peu la question en ces termes. D’où ma décision de publier ce texte. Pour l'heure, je ne peux pas faire plus et mieux.
Par ailleurs, l'un des évêques contactés par mes soins s'est entretenu voici plusieurs jours avec moi sur le sujet. Conscient du danger, il travaille la question.
Sur l’évolution de la situation de l’instruction à domicile, je renvoie au texte du Salon Beige (ici).


En s’en prenant à l’instruction à domicile, ses adversaires s’attaquent, en fait, à quelque chose de plus fondamentale, de plus essentielle, qu’un simple choix de mode de scolarisation. Ils touchent directement à la famille (et c’est une attaque supplémentaire) et par ce biais à la société dans son ensemble. Ils imposent une logique totalitaire qui veut que l’État ou de super-structures de type étatique contrôlent la vie sociale. Mais, le plus grave ne me semble pas se trouver là. Après tout, ils sont dans leur rôle et dans leur logique. Plus étonnant pour moi est le regard des bons catholiques qui voient bien le danger, mais en même temps ne peuvent se départir d’une timidité à défendre ce qui leur apparaît malgré tout comme un risque ou une faute de goût. Parmi ces bons catholiques, se trouvent nombre de mes amis ou connaissances, personnes estimables, intelligentes et courageuses. Mais elles n’arrivent pas à se mouvoir dans un schéma conceptuel autre que celui qui veut que les parents donnent naissance aux enfants, les nourrissent, les habillent, les distraient et confient leur instruction à d’autres estimées plus compétents, voire à l’État, jugé susceptible de se porter garant d’une bonne instruction.
Ces bons amis estiment ainsi que les parents ont le droit d’instruire leurs enfants, mais que ce droit est limité par le devoir d’enseigner vraiment quelque chose. C’est cette limitation du droit par une impossibilité pratique qui conduirait les parents à confier leur progéniture à l’école. Il y aurait là un devoir de moralité.
L’argumentation est séduisante et semble aller dans un sens similaire à celle que j’ai essayée moi-même de développer de manière plus longue et plus confuse (ici) en partant de l’articulation de deux principes essentiels de la doctrine catholique en la matière :
– la famille, cellule de base de la société ;
– le principe de subsidiarité, moteur de l’organisation sociale.

Il y a pourtant, me semble-t-il, une différence majeure entre les deux approches. Entre une approche que je serais tenté de qualifier, si je me laissais aller à la polémique, de « timide et d’incertaine (au sens d’incertaine de son bon droit) » et une approche qui n’accepte pas un seul instant la remise en cause du principe de l’école à la maison au risque sinon de voir tomber tout l’édifice.

À mon avis, là où le bât blesse dans l’approche « timide et incertaine » tient au fait que le raisonnement s’appuie sur l’idée que « les parents ont le droit d’instruire leurs enfants ». De ce fait, il est très facile de dérouler un ensemble d’arguments qui concluent à la limitation de ce droit. On énonce un principe qui n’est pas universel. Un principe qui ne l’est pas. En faisant ainsi, nous entrons dans une logique pernicieuse qui conduit, au final, à admettre comme tout à fait normal que l’État prenne en charge nos enfants.
S’il faut se placer dans cette dialectique droit/devoir, il me semble plus juste de postuler que les parents ont le « devoir » d’instruire leurs enfants. Dans cette logique, l’école à la maison ou le recours à l’école à l’extérieur, répondent au même principe. Cette logique garantit à la fois l’instruction à domicile et le recours subsidiaire à des précepteurs ou à des écoles que l’on veut tant sauvegarder. C’est bien parce que nous avons ce devoir que certains d’entre nous choisissent, tout à fait légitimement, de recourir à des écoles. Ils accomplissent, là, leur « devoir » de parents avant d’exercer un droit.
Il ne s’agit pas d’une simple querelle de mots, mais bien de deux façons de concevoir la place de la famille, et partant de l’organisation sociale et de la vie en société elle-même.
Le monde catholique me semble habité d’une véritable crainte, une crainte de perdants, dès qu’il s’agit d’école à la maison. En soi, cette crainte pourrait n’être pas si grave, si elle ne concernait que l’instruction à domicile. Mais, de la même manière, que les adversaires de l’école à la maison s’attaquent en fait à la famille comme cellule de base de la société en mettant en cause la liberté d’instruction à domicile, de la même façon, en acceptant un simple doute sur la légitimité de l’école à la maison, les catholiques scient la branche sur laquelle la liberté scolaire repose. Ils tuent, dans l’œuf, leurs arguments de défense de l’école à l’extérieur de la famille.

11:55 Publié dans Éducation | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Cher Monsieur,

Je tiens tout d'abord à vous remercier pour cet espace de réflexion et d'échanges et vous encourage à continuer ainsi.
Je suis depuis quelques temps ces débats avec la plus vive attention, étant moi même père de six enfants.
Le problème fondamental est que de plus en plus dans notre société, on inverse le principe de subsidiarité.
L'Etat omniprésent, en l'absence de toute transcendance qui est volontairement niée, devient le dispensateur de tous les droits. Et nous chrétiens, timidement, docilement, acceptons bien souvent de considérer notre foi comme une affaire privée, et nous nions toute autorité de notre Seigneur sur la société.
Si Dieu n'est plus la référence transcendante, l'Etat prend la place, et devient celui qui nous donne nos droits, et notamment celui d'éduquer et instruire nos enfants.

Et c'est pourquoi il convient de réagir, car oui, nous avons le devoir d'éduquer nos enfants car ils nous ont été confiés par Dieu, et ce droit de décider comment les éduquer et les instruire découle directement de notre devoir, et non d'une délégation de l'Etat.
Non, nos enfants ne sont pas les enfants de l'Etat que celui ci nous confie à défaut de mieux, mais sous son contrôle.

Après, à nous de choisir, à domicile, ou à l'école, du moment que ce choix nous permet de remplir notre devoir de parents.

Écrit par : beaumanoir | 12/01/2007

En plus de ce que vous venez de définir, Philippe, concernant le devoir de la famille, et sa place dans la société, ce qui m'a beaucoup dérangée dans cette affaire c'est la facilité avec laquelle on est soupçonné de sectarisme. Je me suis documentée sur Tabitha's ces gens vivent finalement comme certaines communauté juives , j'ai aussi lu un rapport intéréssant d'une universitaire canadienne: Suzanne Palmer de l'université de Dawson, sur l'attitude du gouvernement français par rapport aux nouveaux mouvements spirituels elle y dénonce un manque d'honnêteté intelectuelle, et surtout une tolérance "zéro"!!
J'ai lu qu'on avait beaucoup de difficultés à définir la notion de secte, on devrait pourtant s'y employer activement, car pour l'instant il ressort que plusieurs personnes qui décident de se regrouper pour vivre ensemble, un peu en dehors du monde peuvent être suspectes. C'est une menace pour nous chrétiens nos convictions s'éloignant de ce qui est politiquement correct, allons nous petit à petit être obligés de nous taire et de nous cacher? Heureusement nous n'en sommes pas encore là, mais il me semble que nous devons être vigilants. Notre Foi imprègne notre quotidien, nos choix, notre façon de vivre, difficile voire impossible, de nous cacher derrière des volets clos. A l'occasion de l'affaire Fenech nous avons vu que par l'intermédiaire des blogs on pouvait communiquer avec les hommes politiques, et se défendre il faut en profiter, tant que cette liberté ne nous est pas enlevée...

Écrit par : odile | 12/01/2007

Nous touchons ici du doigt un point essentiel que nous ne pouvons plus éviter, et qui est une pierre d'achoppement pour beaucoup, et nous le touchons concrètement, dans ce domaine entre autres, non plus seulement "théoriquement" ou "réflexivement" : la "République" s'oppose au Seigneur, donc à l'homme.
Certes, il ne s'agit pas de "réveiller" de vieilles "querelles", mais de constater en face le résultat : d'où la question, jusqu'où doit aller la dissidence que vous évoquiez par ailleurs ? Un petit compendium catholique sur cette question ne serait pas malvenu.

Écrit par : PHR | 12/01/2007

A qui incombe le « devoir de moralité » ?
« […] les parents ont le droit d’instruire leurs enfants, mais […] ce droit est limité par le devoir d’enseigner vraiment quelque chose. C’est cette limitation du droit par une impossibilité pratique qui conduirait les parents à confier leur progéniture à l’école. Il y aurait là un devoir de moralité.[…] » (sic texte de référence)
C’est l’une des raisons pour laquelle je propose « un pacte libéral » dans le même esprit que le pacte laïque de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce pacte libéral consisterait à séparer l’éducation d’avec l’Etat, en tout cas de l’Etat actuel. Ce pacte libéral s’appliquerait à tout ce qui ne relève pas des pouvoirs régaliens de l’Etat que sont l’impôt, la justice, la monnaie et l’armée. En ce sens, le pacte libéral instaurerait un authentique Etat subsidiaire, subsidiaire en dehors de ses pouvoirs régaliens car, comme l’écrit beaumanoir : « […]Le problème fondamental est que de plus en plus dans notre société, on inverse le principe de subsidiarité.[…] ». Le pacte libéral remettrait donc les choses à l’endroit. Mais ne rêvons pas.
Le texte mis en ligne par Philippe Maxence soulève un problème que les défenseurs de l’école à domicile semblent hésiter à aborder. L’auteur le désigne indirectement par la question du « devoir de moralité » : en effet, les parents sont-ils réellement compétents pour éduquer totalement leurs enfants ? Que des parents choisissent de ne plus envoyer leurs enfants à l’école de l’Etat parce qu’ils en critiquent les méthodes et les orientations, c’est une chose. Mais cela suffit-il à les rendre naturellement compétents pour assumer totalement cette tâche, y compris avec l’aide d’organisations spécialisées ?
Ce n’est pas le lieu de développer les nombreux arguments qui expliquent ce sentiment du devoir de moralité. Sans vouloir provoquer, il faudrait aussi, et par soucis de justice, aborder la question de l’école de la rue, une autre façon d’école à domicile, en quelque sorte, pour les SDF. L’école à domicile est réservée, elle, à des privilégiés. Ceci ne la délégitime pas, mais cela devrait peut-être relativiser les accusations portées contre l’Etat qui est obligé, lui, par respect des valeurs républicaines et des universels droits de l’homme et du citoyen inscrits dans le préambule de notre Constitution, de répondre à une obligation strictement universelle d’éducation. Cet universalisme des programmes - programmes qui doivent être adaptés à l’ensemble, sans exclusion, et dans l’égalité citoyenne des populations scolarisées - implique d’aligner le niveau général sur la ligne du plus petit, voire du plus insignifiant puisqu’universel , commun dénominateur, ce qu’on appelle, me semble-t-il, les fondamentaux. Libre aux parents de compléter cette formation de base, souvent minimum, ce que beaucoup font après leur journée de travail ou de chômage.
« Le devoir de moralité » ne devrait-il pas, en conséquence, s’appliquer essentiellement sur l’aspect moral de l’éducation, l’aspect intellectuel dépassant souvent les possibilités réelles et objectives de la plupart des parents ? Le reproche qui est fait à l’Education Nationale par les défenseurs de l’école à domicile n’est pas tant le contenu des programmes – puisqu’ils acceptent eux-mêmes de les respecter sous peine de sectarisme antirépublicain - mais la manière dont ils sont enseignés et les arrières-pensées idéologiques qui sont véhiculées d’une façon de plus en plus obscène dans ces établissements.
« Le devoir de moralité » en devient paradoxal puisque d’un côté les parents sont convaincus de leurs insuffisances – d’où l’exigence morale de placer leurs enfants à l’école - et de l’autre ils sont tout aussi convaincus des dérives et des faiblesses de l’Etat – d’où l’obligation morale de retirer leurs enfants de ces établissements -. Mais à y regarder de plus près, ces deux incompétences sont complémentaires et non pas opposables. (Voir théorie des ensembles…). En inversant la polarité de l’éclairage, on fait apparaître en lieu et place de cette double insuffisance/dérive deux inespérées compétences complémentaires : aux parents la morale, aux établissements de l’Etat les fondamentaux.
Si les parents sont, en droit et naturellement, responsables de l’éducation de leurs enfants, ne leur appartiendraient-ils pas de commencer, eux, par le devoir d’assumer l’éducation morale, au sens le plus large, de leurs enfants afin que ceux-ci rendent le travail de l’Education Nationale plus conforme à sa vocation et sa fonction, c’est à dire l’application du droit à la formation ? Or, que font les bons catholiques à ce niveau-là, tout au moins ceux qui ne croient même plus que Christ est Dieu, qui ne vont plus à la messe qu’à Noël, n’envoient plus leurs enfants au catéchisme et avouent sans état d’âme être non pratiquants, eux donc, qui sont finalement chrétiens comme moi je suis évêque, par respect pour notre Très Saint Père ?
PS : prompt rétablissement à Philippe Maxence et bonne année à tous.

Écrit par : Eric Gaillot | 12/01/2007

La subsidiarité, notion d'ailleurs pas si chrétienne qu'on entend le dire, dans la mesure où l'amour se moque bien des règles figées - on ne citera pour preuve, mais quelle preuve, que la kénose -, est le plus souvent comprise à tort, et, nous pouvons le dire, dans un véritable péché contre l'Esprit, puisqu'elle est comprise comme une délégation du haut au bas, alors qu'il s'agit, au contraire, d'une délégation du bas au haut.

Écrit par : PHR | 13/01/2007

Ce sujet renvoie également au liens existant entre droits et devoirs. On est de plus en plus habitué à dire ou entendre dire que nous avons des droits desquels découlent des devoirs. Mais n'est ce pas déjà ici que ce trouve l'inversion de la pensée? N'a t'on pas plutôt des devoirs qui impliquent des droits? Par exemple un policier a le devoir de faire régner la sécurité c'est pourquoi il a le droit de porter une arme.
Ainsi pour la famille, elle a le droit de faire l'école a la maison parce qu'elle a le devoir d'éduquer ses enfants.

Écrit par : veri | 13/01/2007

Cher Philippe Maxence,

Je crois deviner dans votre texte une réponse à ce que je venais d'écrire dans "Présent" jeudi dernier. Le fond de ma pensée (je ne l'ai sans doute pas dit assez clairement) est résumé par la réponse ci-dessus, de "veri" : les parents sont responsables à part entière de l'éducation de leurs enfants, ils sont ce devoir envers eux, et de ce devoir découlent des droits qui sont antérieurs et supérieurs à ceux de l'Etat. Et l'Etat n'est pas fondé, n'a aucune légitimité pour s'y substituer. Quel que soit le choix quant à l'instruction, c'est ce premier point qu'il faut d'abord affirmer.

Écrit par : Jeanne Smits | 15/01/2007

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