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21/12/2006

Campagne et consommation

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Ouest France vient de publier un article très intéressant sur la situation des campagnes françaises. La ligne de fond du constat dressé est celle-ci :
« C'est l'équivalent d'un département qui est avalé tous les dix ans. L'urbanisation menace les meilleures terres. »

Quel est le mode opératoire d’un tel « génocide » ? Le journal répond : « Usines, centres commerciaux, lotissements : les villes dévorent les meilleures terres agricoles ». Ouest-France, cite les propos de Dominique Arrouays, directeur de l'unité infosols à l'Institut national de la recherche agronomique d'Orléans (Inra).
Faut-il être un spécialiste pour s’en rendre compte ? Pas vraiment ! Ceux qui habitent en région parisienne, dans des coins encore préservés, savent que la menace pèse sur eux. La circulation augmente, le besoin de route se fait sentir, les populations se déplacent et avec elles entraînent le besoin de lotissements qui eux-mêmes appellent le besoin de centres commerciaux. C’est une course en avant, presque sans fin.
Sans fin ? Justement, toujours selon Ouest-France, « La dégradation des sols se traduit par une perte de potentiel agronomique estimée à 38 milliards d'euros par an ».
Dans une société de consommation, la réaction première est de dire : ce n’est pas grave. C’est remplaçable. Il y a une solution, un moyen de s’en sortir.
Oui, bien sûr. Sauf que là où s’installent usines, lotissements, centres commerciaux, la terre disparaît. Elle ne disparaît pas seulement à nos yeux. Elle disparaît avec sa richesse. Dominique Arrouays a cette remarque de bon sens : « Ce qui m'inquiète, c'est l'irréversibilité du phénomène. Les sols ne sont pas une ressource renouvelable. Ils sont le fruit d'un travail de plusieurs millions d'années ». La logique consumériste ne tient pas avec la terre. Celle-ci a besoin du temps pour se faire.
Or, justement, le temps est la notion que nous autres hommes modernes avons perdu de vue. Nous voulons aller vite. Nous voulons tout, tout de suite. Immédiatement.
Reprenons un exemple qui a beaucoup agité les lecteurs de ce blog et entraîné plusieurs sourires sarcastiques : la fabrication familiale des yaourts. Entre le moment de la fabrication et le moment de la dégustation, il faut au moins trois jours pour qu’un yaourt ait une consistance assez ferme. Trois jours d’attente, alors qu’il suffit de se rendre au supermarché du coin pour se procurer les yaourts immédiatement. Et je n’évoque pas le temps d’apprentissage qu’il faudra pour arriver à doser suffisamment et à proposer à sa famille les yaourts comme on les aime exactement. Pourtant, il y a dans ces faits simples des leçons de vie dont les politiques pourraient s’inspirer.
Les politiques, mais nous aussi. Aux politiques de prendre les décisions nécessaires pour sauver nos campagnes, notamment en leur redonnant vie. À nous d’adopter des modes de vie plus respectueux du facteur temps, qui est un facteur essentiel de la vie de la nature, en refusant autant que possible la logique consumériste.
Pourquoi cette insistance sur ce sujet et ce lien entre mort de la campagne et consommation ? Tout simplement, parce que j’ai trouvé très révélateur le vocabulaire employé par Dominique Arrouays, quand il déclare : « Au rythme actuel, nous consommons l'équivalent d'un département français tous les dix ans ». Avez-vous remarqué ? Il dit : « nous consommons ». Un aveu terrible. Le système consumériste est tellement entré dans nos mentalités et dans nos mœurs que nous considérons la terre comme un produit comme un autre.
Intégral de l’article de Ouest-France : ici

Commentaires

La campagne est martyrisée, et bien peu sont les intellectuels qui prennent encore sa défense, qui font, comme Pierre Bordage, l'éloge d'une nature fertile et préservée, d'un mode de vie harmonieux.

L'exploitation des sols a pour but de nourrir les villes, et surtout Paris. La pollution n'a rien d'un dommage collatéral, elle est le véritable produit de notre mode de vie boulimique.

Le modèle urbain est le produit du consummérisme, il n'a pas d'autre finalité que d'enfermer l'individus dans un monde où tout est consommable, mesurable, contrôlable. Il est temps pour les français de se débarrasser de ce modèle malsain, de redonner vie aux campagnes et aux traditions.

Écrit par : Quentin | 21/12/2006

La question est celle du désert rural français, c’est à dire la politique de l’aménagement du territoire elle-même liée à la décentralisation. La politique de l’aménagement du territoire a probablement sauvé une grande partie du territoire national d’une désertification totale comme on en voit tant dans d’autres pays européens sans parler du continent africain et asiatique. Cette politique est d’une telle réussite que voilà ce qu’il se passe dans une certaine partie du territoire que je ne nommerais pas, par sécurité. Dans la région en question, il s’y trouve des personnes qui ont décidé d’appliquer par les armes et la violence ce qu’ils nomment « la loi sur la terre ». Cette loi vise à chasser du territoire tous ceux qui n’en sont pas originaires. Pourquoi ? Il se trouve que grâce à cette fameuse politique d’aménagement du territoire, cette région est presque mieux équipée que la moyenne nationale. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je m’y trouve car tout en vivant au milieu de la nature, je profite de tous les avantages modernes. Mais je ne suis pas le seul à avoir trouvé la filière si bien que cela crée un conflit insoluble avec les autochtones. En effet, l’installation quasi massive de nouveaux habitants plutôt fortunés – fortunés par rapport au milieu local – produit une augmentation vertigineuse du prix du foncier. Cela a pour effet d’empêcher les autochtones d’acquérir du terrain pour se construire leur maison. Nous assistons donc à une « déportation » de fait des populations locales vers les grandes villes de la région, puis vers les très grandes villes de l’hexagone.
Le développement harmonieux et adapté des activités agricoles et d’élevages ne pouvant se faire qu’avec des gens qui connaissent le milieu, qui y sont nés et y ont grandi, nous pouvons en conclure que le succès de la politique du développement du territoire entraîne des effets non-prévus catastrophiques. Il faut mettre cela sur le compte de l’échec de la décentralisation qui n’a pas su accompagner correctement le développement des infrastructures. La décentralisation se résume au clientélisme. Les régions françaises n’ont aucune vision politique globale à long terme. Les plus riches s’enrichissent, les plus pauvres s’appauvrissent et la décentralisation se limite à distribuer des subventions de survie. Au bout du chemin, se trouve la violence. Bien malin celui qui trouvera la parade à l’heure de la mondialisation qui ne fait que reproduire à l’échelle des Etats, voire des continents, ce que je viens de décrire à l’échelle régionale. Le problème soulevé par Philippe Maxence n’est pas celui de la campagne française par rapport aux villes françaises, mais celui de la France et de l’Europe par rapport au reste du monde. Nous sommes en concurrence, en fait en guerre, avec des continents d’une autre planète et nous ne sommes absolument pas préparés à cela. Nous sommes plutôt préparés à la défaite et à la disparition. Ce sont nos têtes qui sont en friches.

Écrit par : Eric Gaillot | 21/12/2006

Bien d'accord avec Quentin. Mais avec toutefois des nuances qu'il me faudrait développer un jour... Ce qui est sûr c'est que la campagne subit, elle ne contrôle plus rien. Complètement trahie par ses élus, qui pilotent le nez dans le guidon (c'est un peu partout pareil en France).

Je crois Éric, mais je peux me tromper, que le problème est à la fois la ville actuelle contre le rural, et en même temps également un soucis d'ordre européen et planétaire.
Mais il est certain que nos gouvernants et une gde partie de nos compatriotes sont à côté de la plaque en ce qui concerne les dangers de notre disparition (physique ou historique), et les conséquences d'icelle.

Bien amicalement.

Écrit par : Emmanuel Mauger | 27/06/2007

Totalement d'accord avec cette analyse ! Il faut tirer la sonnette d'alarme face à ce phénomène exponentiel qui va obliger la France à importer plus vite qu'on le croit ses denrées alimentaires de première nécessité ... le drame est que tout le monde s'en f ... !
"On brûle des diamants pour cuire une pomme" ... c'est même à se demander si ce n'est pas un bis de la politique stalinienne de la "terre brûlée" en Ukraine (à la différence que que nos kolkhozes contemporains sont fleuris) pour rendre la France dépendante alimentairement !! Il est tout à fait exact de dire que ce sont les terres au plus fort potentiel agronomique qui sont urbanisées ... pour des choses bien souvent superflues !

Écrit par : Estienne80 | 01/08/2013

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