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08/12/2006

Le sens de l'existence selon Benoît XVI

Extrait du discours du pape à l'Université Grégorienne (3 novembre 2006) :

"Privé de sa référence à Dieu, l'homme ne peut pas répondre aux questions fondamentales qui agitent et agiteront toujours son coeur à propos du but et donc du sens de son existence. En conséquence, il n'est pas non plus possible d'introduire dans la société ces valeurs éthiques qui seules peuvent garantir une coexistence digne de l'homme. Le destin de l'homme sans sa référence à Dieu ne peut être que la désolation de l'angoisse qui conduit au désespoir. Ce n'est qu'en référence au Dieu-Amour, qui s'est révélé en Jésus Christ, que l'homme peut trouver le sens de son existence et vivre dans l'espérance, même dans l'expérience des maux qui blessent son existence personnelle et la société dans laquelle il vit. L'espérance a pour effet que l'homme ne se referme pas dans un nihilisme paralysant et stérile, mais qu'il s'ouvre à un engagement généreux dans la société dans laquelle il vit afin de pouvoir l'améliorer. C'est la tâche que Dieu a confiée à l'homme en le créant à son image et à sa ressemblance".

17:43 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Au fond, Benoît XVI, par ce discours et par plusieurs autres, semble tenter de remettre au goût du jour la problématique soulevée par Lubac en son temps, et qui n'a pas été réellement tranchée par l'encyclique Humani Generis, du "désir naturel du surnaturel" présent en l'homme.
Ce débat, qui peut paraître vain et purement théologique dans le sens le plus fermé du terme, n'est-il pas l'un des noeuds de notre rapport au monde moderne ?
il serait peut-être intéressant que l'on discute de cela sur ce blog.
Simple suggestion.

Écrit par : Jacques de Guillebon | 09/12/2006

La question évoquée par Jacques de Guillebon conditionne toutes les autres. La modernité est née de l'autonomisation d'un ordre "naturel", à partir de 1300, et dont l"émancipation a pris des siècles. Lubac a eu raison de soulever le problème contre un certain néo-thomisme (au nom d'un thomisme plus authentique) mais il n'a pas évité certaines incohérences internes. John Milbank, dans "Le milieu suspendu" évoque cette tension (mais en des termes il est vrai assez abscons!). La nouvelle théologie politique qui émerge dans les facultés de théologie anglo-saxonnes tente de penser à nouveaux frais cette idée qui heurte à la fois un certain conservatisme et plus encore un libéralisme certain. Les conséquences d'une telle approche sont considérables. Par exemple, cela implique de penser le "politique" non comme une essence indépendante du "religieux" mais à l'intérieur même d'une vision spirituelle du monde. Les médiévaux avaient bien compris cela lorsqu'ils considéraient le Prince comme le "ministre de l'intérieur de l'Eglise" et non une autorité concurrente de l'autorité ecclésiale. C'est pourquoi la notion d'Etat souverain n'a pu apparaître que lorsque les princes ont contesté, à la faveur des "guerres de religion" qu'ils attisaient, la réalité concrète de l'Eglise comme germe (certes imparfait) du Royaume de Dieu, comme communauté universelle à laquelle rien de ce qui est humain n'est étranger.

Écrit par : Sureau | 09/12/2006

J'ignorais que la théologie du Père de Lubac aborde une question aussi sensible et essentielle que celle du "désir naturel de surnaturel". Cette question m'intérresse au plus haut point, elle me semble être au coeur du débat actuel sur la laïcité et la légitimité du religieux.
Le discours général vise à relativiser la notion de "désir naturel", comme pour affirmer que chaque individus n'aspire pas à autre chose que sa satisfaction, son confort, son plaisir. Or, cette aspiration à plus d'autonomie comporte en elle les germes du nihilisme quand elle n'est pas accompagnée d'une reconnaissance du droit naturel d'une part et d'une somme irréductible de désirs naturels communs d'autre part.
En d'autres termes, privé du désir de Dieu, l'homme vit dans l'égocentrisme et est amputé d'une de ses dimensions fondamentales : la dimension spirituelle. Ainsi coupé de son âme, l'homme est livré au nihilisme sans possibilité d'en sortir.
Les sociétés médiévales, théocentriques, avaient comme finalité d'immiter la cité céleste, et par là même accordaient à chacun, en théorie, une place essentielle dans ce dessin.

La confusion sur la laïcité vient de ce que certains ne comprennent plus ce que la religion a d'utile pour l'homme. Cette notion de "désir naturel" est une sérieuse piste pour l'expliquer.

Écrit par : Quentin | 11/12/2006

A Quentin: non seulement Lubac a évoqué ce point, mais encore il n'a fait presque que cela. C'est le centre, parfois dissimulé, souvent apparent, de sa théologie, à mon avis.

Ce qui serait intéressant ici, ce n'est pas à mon sens, d'avoir une discussion directement théologique, à partir des textes des pères, de saint Augustin et de saint Thomas, à propos du sens exact de "désir naturel du surnaturel" (un blog ne s'y prête pas, et d'autres, plus théologiens, le font mieux que nous), mais d'en tirer les leçons sociales et politiques.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Denis Sureau quant au terme "ministre de l'intérieur" pour désigner les gouvernants. Outre que je ne connais pas de texte où ils sont ainsi nommés (s'il y en a, je serais heureux de les lire), il me esemble que toute la querelle médiévale entre le pape et l'empereur tendait à dénier à l'empereur tout pouvoir spirituel, mais non pas à attribuer au pape le pouvoir temporel.

Écrit par : Jacques de Guillebon | 11/12/2006

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