29.11.2006

Réponse à Maguelone

À la suite du texte Perspective sacramentelle II, Maguelone a voulu apporter la précision suivante dans le but de lever ce qu'elle appelle une « équivoque  :

« Je voudrais lever une équivoque : nous n'avons pas un mode de vie "idéologique" comme les crunchy cons. par exemple ou les baba cool s'il en reste. Nous ne suivons pas un mode de vie particulier.
Nous essayons de vivre au jour le jour en conformité avec notre foi et surtout notre bon sens.
Cette conformité est une fidélité avec soi-même et avec le Christ.
Par l'école de nos enfants, nous connaissons quelques familles qui essaient de vivre selon cet esprit et nous ne les trouvons, bien sûr, ni parmi les familles les plus aisées financièrement ni les plus mondaines.
Peut-être avez-vous une idée dernière la tête en me posant cette question ...
Et bien oui, mon rêve serait une vie communautaire mais pas sous la forme plus ou moins sectaire de certaines communautés nouvelles avec un "gourou" omnipotent et omniscient.
Non plutôt comme un village catholique avec ses rouages politiques normaux mais un esprit commun qui soutient l'ensemble, le fortifie dans l'entraide et la communion à un même Seigneur
Utopie ? cela serait intéressant de le savoir....  ».

 Je me permets de répondre à ce commentaire ici car il entre dans le cadre général de ce que je tente de réaliser ici : une discussion et une rencontre sur nos modes de vie.

D'abord une précision. Les crunchy cons n'ont pas un mode de vie « idéologique ». Premièrement, parce qu'il n'y a pas de doctrine crunchy cons, ni de mouvement crunchy cons, ni de « leader » crunchy cons. Les crunchy cons sont des Républicains qui ont fini par se rendre compte qu'ils n'étaient pas isolés et seuls à vivre selon un mode qui découlait de leur foi. Ils ont constaté que, malgré des différences, ces modes de vie avaient quelques éléments permanents, que l'on retrouvait à chaque fois ou presque. Ils en ont pris conscience à la suite d'une enquête d'un journaliste américain, Rod Dreher, qui est allé à leur rencontre. Au terme de son enquête, il a écrit un livre et à ce livre, comme il a le sens de la formule, il a donné le nom de Crunchy cons. Mais, c'est comme Aristote. Celui-ci n'a pas inventé la logique, elle existait avant. Il la décrite et il l'a nommé ainsi. Rien d'idéologique. Mais une volonté de vivre selon sa foi. Comme vous, ils essayent donc de vivre au jour le jour en conformité avec leur foi et surtout leur bon sens. Avec la seule différence que c'est à la sauce américaine…

Ensuite : ai-je une idée derrière la tête en posant la question ? D'une certaine manière, oui. Mon idée n'est pas seulement derrière la tête, elle est aussi clairement exprimée sur ce blogue : permettre un échange entre ceux qui vivent autrement dans cette société. Une certaine gauche y parvient très bien, pourquoi pas les catholiques ?

Enfin, l'idée est bien de faire émerger cet esprit commun et plus encore l'échange entre ceux qui sont animés de cet esprit commun.

A cela s'ajoute, qu'il me semble important – d'où ma question – de ne pas vivre isolé, mais d'entretenir ce tissu de relations qui forme la trame de la vie humaine. L'homme est un animal social et politique. Il vit au sein de communautés, de la famille, cellule de base fondamentale à la vie sociale, jusqu'aux communautés communales, professionnelles, etc., que la société moderne a fait explosées, rendant l'individu seul face au gigantisme étatique. L'idée de communautés n'implique pas forcément le style de vie des charismatiques, ni le village catholique. Mais le catholicisme implique bien au plan social la prise en compte de l'importance de la vie communautaire inscrite dans le code génétique de l'homme. Il me semble que la modernité tend à briser cette aspiration, que les tentatives du style hippies, écolo, alter-mondialistes, tentent d'y répondre en vain et que seul le catholicisme peut apporter la réponse unifiée, équilibrée, pleine et entière car il prend en compte toutes les dimensions de l'homme. Il me semble intéressant de montrer comment nous essayons de répondre pratiquement comme catholiques à la cassure due à la modernité. C’est la vision « pile » complètementaire de la vôtre qui en est la vision « face ». Elles ne s’excluent pas et elles veulent dire la même chose. Vous mettez, à raison, l’accent sur le fait que nous voulons vivre en conformité avec notre foi. Je mets ici l’accent ici sur le fait que nous tentons de répondre aux désastres actuels en essayant de vivre en conformité avec notre foi.

Commentaires

Cher Philippe
Je suis entièrement en accord avec ce que vous venez d'écrire et vous demande de me pardonneer si mes mots ont mal exprimé ma pensée qui n'était pas une critique contre vous...

Cependant, je pense qu'il faut peut-être exprimer plus clairement ce que vous attendez des liseurs de caelum et terram.

Peut-être faut-il créer des outils de rencontres, d'échange, de trocs, etc.

Il me paraît essentiel de recréer ces liens communautaires mais sommes-nous si nombreux à le désirer vraiment et à vouloir le vivre...
Un tout petit exemple : les prix pratiqués en tous genre par certains lecteurs de certain magasine catho dans les rubriques petites annonces vente ou location

Comment pratiquer cette entraide ?
Comment créer ce réseau relationnel authentiquement chrétien ?

Peut-être faut-il être plus direct :

Quels sont les liseurs qui seraient enthousiastes sur un tel projet ?
Quels sont les liseurs du blog qui sont prêts à donner leurs idées (échange d'adresse email peut-être, trocs, bonnes idées, etc...)

Écrit par : Maguelone | 29.11.2006

Non, non je ne me suis pas senti offensé. C'est parce que je pense que votre commentaire me permettait de préciser des choses que j'en ai profité pour publier la réponse en texte.
Préciser ce que j'attends ? Oui, bien sûr. Je le referais de manière plus précise dès que j'aurai une minute. C&T vise à susciter la réflexion et l'échange. À sortir de l'isolement. À montrer que si nous ne sommes pas nombreux, nous ne sommes pas seuls. Nous le savons déjà. Plusieurs intervenants sur ce blogue l'ont montré. C'est déjà une réussite. Il faut continuer, en revenant sans cesse sur l'aspect pratique que nous Français avons tendance à oublier. Sans oublier pourtant de faire reposer cet aspect pratique sur la réflexion, voire la remise en cause de certains éléments de nos vie, hors la foi et les bonnes mœurs évidemment. Vous dîtes, par exemple, dans un commentaire précédent : nous essayons d'éviter le plastique. La question fuse : pourquoi ? Et surtout comment ? Je vous demande par ailleurs si vous connaissez des familles qui vivent de manière proche. Il ne s'agit évidemment pas d'une enquête policière, ni d'un déballage sur nos vies intimes (ce n'est pas mon genre). Mais de savoir concrétement si des échanges se font entre ces familles. Un exemple : nous allons chercher notre farine à un moulin assez éloigné de la maison. Nous nous organisons souvent pour ramener des sacs pour plusieurs familles. C'est de l'entraide, non formalisée, naturelle. Nous échangeons des vêtements entre familles quand les enfants ont grandi et que les vêtements sont encore potables. C'est naturel là aussi, non formalisée. Maintenant, par le biais de ce blogue, j'aurais été intéressé de savoir si, dans d'autres domaines que j'ignore forcément, des familles pratiquaient des formes d'entraides. J'aurais aimé savoir comment nous faisons concrètement pour respecter la Création. Comment nous faisons pour arriver à cet équilibre de vivre notre foi sans repli. Comment nous entrons en dissidence avec le monde au quotidien. C'est quelques pistes de réflexions. Je pourrais continuer. Mais mon devoir d'état m'appelle. Au fait, comment marier respect du devoir d'état et intervention fréquente sur Internet ?

Écrit par : Philippe Maxence | 29.11.2006

"Comment marier respect du devoir d'état et intervention fréquente sur Internet ?"

En généralisant le jeûne d'internet que vous pratiquez le dimanche à d'autres jours de la semaine ?
En se fixant des plages horaires, comme dans une règle... monastique ?
En faisant de l'intervention sur internet son devoir d'état ?

Pour ma part, je n'ai pas encore trouvé la formule, mais j'y travaille. Et je retourne donc à mon devoir d'état.

Écrit par : Thibaut Dary | 29.11.2006

L’Internet est une technologie captivante qui présente des qualités mais aussi des risques de dépendance. Je conseillerai tout d’abord aux passionnés de s’équiper d’un écran plat, infiniment moins nocif pour le cerveau et les yeux que les écrans à canon. La qualité de l’image est légèrement moindre, mais on peut rester devant l’écran pendant des heures sans avoir mal à la tête. Se pose donc d’autant plus la question de la dépendance psychologique, voire nerveuse.
Je distinguerai deux types d’utilisation d’Internet. Une façon nerveuse –façon télé - et une façon instruite – façon écriture/lecture-. La différence ne provient pas de l’action en elle-même, mais de la manière de s’y impliquer. C’est ainsi qu’un blog, même honnête, peut se révéler nocif pour la santé. Le phénomène est le suivant : l’Internet est une technologie de l’infini. Lorsqu’on écrit sur papier, à la main ou avec une machine à écrire, il y a une limite matérielle, même si elle est symbolique : la quantité de papier disponible, la ramette, le carnet, parfois le rouleau et pourquoi pas, la surface du marbre à graver. Avec l’ordinateur, cette limite n’existe pas. Un disque dur de 100 GO peut contenir des millions de livres. Un livre, du moins ce qu’on pourrait appeler un livre, sur Internet, n’est jamais terminé. 100 pages, 200 pages, cela ne signifie rien.
C’est pourquoi, je préconise la règle suivante pour les blogueurs acharnés qui veulent maîtriser leur temps passé sur l’Internet. Sur un blog, un article courant, une fois imprimé, fait une page. Un commentaire, une demi-page. Un article de fond, surtout s’il contient des citations, peut faire deux ou trois pages maximum. La règle consiste donc à se limiter à un article de chaque catégorie par jour. Cette contrainte oblige à travailler davantage chaque article et surtout les commentaires qui sont souvent du type nerveux. Ne pouvant nous exprimer qu’une fois par jour, cela pousse à dire l’essentiel. Le reste du temps peut être passé à lire ce qu’écrivent les autres. C’est le principal avantage de l’Internet. En se limitant à un article, on prend le temps d’y réfléchir et cela peut se faire ailleurs que derrière l’écran.
Je préconise également ceci : pour ceux qui vivent en famille, pourquoi ne pas consacrer l’apéritif, par exemple, à lire en famille l’article rédigé la nuit ou la veille plutôt que de regarder le JT ? En imprimant l’article et les commentaires, cela permet de lancer un débat autour de la table et je constate que l’apéritif (pas forcément alcoolisé !) traîne alors très souvent en longueur. Je constate aussi que tel ou tel membre de la famille veut relire l’article à tête reposée et relance le débat un peu plus tard.
Il me semble que de cette manière, l’Internet est un instrument qui favorise le dialogue en famille ou entre amis. C’est seulement une question collective d’adaptation culturelle. Cette adaptation commence, naturellement, par l’abandon de la télévision qui est, en soi, un outil néfaste car elle interdit l’écriture et la lecture. Comment débattre d’une émission de télévision alors qu’il ne reste aucune trace écrite et qu’il n’y a aucun moyen d’y répondre ?

Écrit par : Eric Gaillot | 29.11.2006

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