Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/11/2006

Sectes : la politique du grain de sable

 

medium_Famille.jpg
Pourquoi parler de l’affaire de la Commission parlementaire sur les sectes ici ?
Tout simplement parce que, au-delà de la gravité intrinsèque du sujet, les propositions que compte faire le président de cette Commission risquent de toucher directement nos pratiques de vie. Il ne s’agit plus seulement de débat d’idées, ni de combat idéologique. Par la force de la loi, on risque de mettre en cause nos façons de vivre. Lesquelles sont directement liées à notre foi. On risque de remettre en cause nos vies, sous le prétexte de lutte contre les sectes, qui est un objectif louable, mais qui se transforme ici en piège grossier.
Ce piège grossier, plus que d’autres, les catholiques sont susceptibles de tomber dedans.
Ils sont susceptibles de se faire piéger car ils ont reçu la Révélation et connaissent la Vérité sur Dieu et sur l’homme. Ce faisant, ils sont naturellement, et à raison, enclins à ne pas accepter les contrefaçons. Et les sectes représentent des contrefaçons, souvent grossières.
Ils sont susceptibles de se faire piéger, car il y a, dans le discours anti-secte, un appel à l’équilibre de la raison qui ne peut qu’être entendu par des croyants qui sont loin d’exclure le rôle de la raison, comme l’a rappelé Benoît XVI. Et les sectes remettent en cause cet équilibre de la raison et de la foi.
Ils sont susceptibles de se faire piéger, car ils entendent travailler au bien commun et à l’acquisition de la paix, cette « tranquillité de l’ordre » selon saint Augustin. Or, les sectes mettent en péril l’ordre social.
Ils sont susceptibles de se faire piéger enfin, car ils ont malheureusement pris l’habitude de séparer le temporel et le spirituel au lieu de distinguer l’un de l’autre et de soumettre le temporel lui-même à la loi divine et à la loi morale. Ce faisant, ils entrent sans méfiance ni préparation dans le piége de l’État séculier et libéral.
Or, aujourd’hui, les propositions qu’entend faire le Président de la Commission d’enquête parlementaire sur les sectes en ce qui concerne l’école à la maison, met directement en cause la notion catholique de la place de la famille et de la place et du rôle de la société.
On peut citer à ce sujet l’article 5 de la Charte des droits de la famille, présentée par le Saint-Siège en 1983 (texte complet) :

« Parce qu'ils ont donné la vie à leurs enfants, les parents ont le droit originel, premier et inaliénable de les éduquer; c'est pourquoi ils doivent être reconnus comme les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants.
a) Les parents ont le droit d'éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions morales et religieuses, en tenant compte des traditions culturelles de la famille qui favorisent le bien et la dignité de l'enfant, et ils doivent recevoir aussi de la société l'aide et l'assistance nécessaires pour remplir leur rôle d'éducateurs de façon appropriée.
b) Les parents ont le droit de choisir librement les écoles ou autres moyens nécessaires pour éduquer leurs enfants suivant leurs convictions. Les pouvoirs publics doivent faire en sorte que les subsides publics soient répartis de façon telle que les parents soient véritablement libres d'exercer ce droit sans devoir supporter des charges injustes. Les parents ne doivent pas, directement ou indirectement, subir de charges supplémentaires qui empêchent ou limitent indûment l'exercice de cette liberté.
c) Les parents ont le droit d'obtenir que leurs enfants ne soient pas contraints de suivre des enseignements qui ne sont pas en accord avec leurs propres convictions morales et religieuses. En particulier l'éducation sexuelle — qui est un droit fondamental des parents doit — toujours être menée sous leur conduite attentive, que ce soit au foyer ou dans des centres éducatifs choisis et contrôlés par eux.
d) Les droits des parents se trouvent violés quand est imposé par l'Etat un système obligatoire d'éducation d'où est exclue toute formation religieuse.
e) Le droit premier des parents d'éduquer leurs enfants doit être garanti dans toutes les formes de collaboration entre parents, enseignants et responsables des écoles, et particulièrement dans des formes de participation destinées à accorder aux citoyens un rôle dans le fonctionnement des écoles et dans la formulation et la mise en œuvre des politiques d'éducation.
f) La famille a le droit d'attendre des moyens de communication sociale qu'ils soient des instruments positifs pour la construction de la société, et qu'ils soutiennent les valeurs fondamentales de la famille. En même temps, la famille a le droit d'être protégée de façon adéquate, en particulier en ce qui concerne ses membres les plus jeunes, des effets négatifs ou des atteintes venant des mass media. »

Qu’est-ce que cela implique ?

1°) D’abord de défendre cette conception de la famille et de la société.
2°) Ensuite, et plus globalement, qu’il est urgent pour les catholiques de se dégager d’une conception uniquement séculière de l’État. Un État qui ne reconnaît au-dessus de lui ni une loi morale, ni la Seigneurie du Christ, est un État qui, à terme, développera une politique totalitaire, même s’il peut, dans un premier temps, paraître défendre les libertés individuelles. L’État séculier en France a atteint depuis longtemps ce stade, d’abord en libéralisant l’avortement, puis en le remboursant et enfin en criminalisant la défense de la vie. Il l’a montré par son inversion du mariage. Il entend blessé davantage encore la famille, fondement naturel de la société, en enlevant aux parents le droit de décider de la scolarisation des enfants.
2°) Il est également urgent d’entrer en dissidence pratique, concrète et réelle avec le système et la société qu’il induit. Nous sommes face à une logique interne qui développe ses effets dans plusieurs directions. Abrutis de biens de consommation, gavés de télévision, de jeux vidéos, de slogans publicitaires et politiques, nous finissons par  inverser les priorités. Ainsi nous ne nous apercevons plus que l’on remet en cause notre droit (qui est lié à un devoir beaucoup plus impératif) d’élever nos enfants selon la loi de Dieu et la loi morale, qui a été au fondement de toutes les sociétés durables. Nous finissons par « marchandiser » jusqu’à l’humain lui-même. Avant d’être électeurs, consommateurs, vacanciers, nous sommes fils de Dieu, parents et éducateurs. Avant l’entreprise, la multinationale, l’État, il existe la famille.
3°) Il est souhaitable que nous arrêtions d’attendre des hommes politiques et des partis politiques le salut, même temporel. De tous, même de ceux qui nous semblent les proches de nos aspirations. Au mieux, les hommes politiques et les partis politiques pourraient apporter des « solutions » à des problèmes spécifiques. Mais le messianisme séculier nous guette comme une proie et risque d’inverser l’ordre des choses. Le salut vient de Jésus-Christ et le reste vient par surcroît si nous mettons la main à la pâte.
4°) Face à l’État totalitaire et au système totalitaire dans lequel nous vivons, notre marge de manœuvre est limitée. Étroite. Mince. Mais elle n’est pas inexistante. Il suffit de poser le premier pied d’un premier pas, celui qui par rapport à notre situation concrète, hic et nunc, nous détachera en partie du système. Ce détachement impliquera pour nous la logique libératrice de retourner à l’essentiel : Dieu, sa famille, ses moyens de subsistance, les communautés dans lesquelles nous vivons, etc. Ce détachement impliquera plus généralement que nous rentrerons vis-à-vis du système dans la logique du grain de sable. Face à la machine bien huilée, admirablement pensée, conçue pour atteindre les meilleures performances, un seul petit élément peut gripper le mécanisme de destruction de l’homme. Au moins pendant un temps. Le temps de respirer et de reprendre des forces.

 

20:25 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Excellente contribution, tant sur le fond que sur la forme. Félicitations.

Écrit par : Eric Gaillot | 28/11/2006

@ Philippe :

"Ce détachement impliquera pour nous la logique libératrice de retourner à l’essentiel : Dieu, sa famille, ses moyens de subsistance, les communautés dans lesquelles nous vivons"

C'est là l'aspect essentiel de cette resistance afin qu'elle soit pratico-pratique et ne devienne pas un "mouvement", une idéologie, une façon d'être intellectualisée.

Lire ici aussi mon dernier commentaire : http://caelumetterra.hautetfort.com/archive/2006/11/25/perspective-sacramentelle-ii.html



Le chrétien, qui vit pour Dieu, ne cherche pas en premier lieu à faire nombre et à se poser en modèle social, ce n'est pas son but...
Le but n'est pas la résistance comme telle mais de vivre en conformité avec l'Evangile

Les premiers chrétiens vivaient cachés

Écrit par : Maguelone | 29/11/2006

La christianisation s'est faite à l'origine par capilarité et par l'exemple des martyrs et non à coup de grands discours ou de grande marche révolutionnaire.

Je pense que Gandhi a instrumentalisé la religion pour servir sa révolution.

Les catholiques qui ont fait ou feraient de même sont à mon sens dans l'erreur...

Écrit par : Maguelone | 29/11/2006

Cher Philippe,

Bravo pour ce texte fouillé et bien renseigné. Il faudrait sonder la température au niveau européen, pour voir dans quelle direction s'oriente les décisions et voir si on peut en jouer. Je n'en attends pas grand chose de bon, depuis que l'U.E. a forcé le gouvernement slovaque à la démission à cause de la clause d'objection de conscience (sur l'avortement) du Concordat avec le Saint-Siège, cependant la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne (2000) indique à l'article 14 : « La liberté de créer des établissements d’enseignement dans le respect des principes démocratiques, ainsi que le droit des parents d’assurer l’éducation [… ] de leurs enfants conformément à leurs convictions religieuses, philosophies et pédagogiques, sont respectés. » Cf. aussi la Résolution sur la liberté d'enseignement (16.IV. 1984. I. 9).

La réalité est bien plus sombre, mais cela n'empêche que de bons juristes pourraient invoquer le droit européen pour condamner l'abus de pouvoir des états. En Grande-Bretagne toutes les nouvelles écoles confessionnelles seront maintenant obligées d'accueillir 25 % d'enfants de religion différente ou athée (! ils doivent le déclarer sous serment !?); en Allemagne et en Belgique, des parents sont inquiétés, et pas au sens faible du terme, parce qu'ils scolarisent leurs enfants... Le 20 octobre dernier, des policiers se sont présentés dans une famille allemande et ont obligé les enfants, en larmes, à embarquer dans un véhicule de police pour être emmenés de force dans une école publique. Voir le thème éducation sur le Salon beige : http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/valeurs_chrtiennes_education/index.html
La loi dont s'inspiraient les autorités allemandes est une loi de 1938, qui déclare vouloir empêcher "l'émergence de sociétés parallèles basées sur des convictions philosophiques différentes".
Le totalitarisme, tout simplement.
Jérôme.

P.S. : En France, depuis que l'Etat a interdit la diffusion de la recette du purin d'orties (et en général la publicité pour les désherbants biologiques non homologués...), je ne m'étonne plus de rien.
P.P.S. : Pour approfondir l'opposition idéologique, un peu de Lamennais (1841, de Sainte-Pélagie) : "Les partisans de l'égalité absolue sont d'abord contraints d'attaquer les inégalités naturelles, afin des les atténuer, de les détruire si possible. Ne pouvant rien sur les conditions premières d'organisation et de développement, leur œuvre commence à l'instant où l'homme naît, où l'enfant sort du sein de sa mère. L'État alors s'en empare : le voilà maître absolu de l'être spirituel comme de l'être organique. L'intelligence et la conscience, tout dépend de lui, tout lui est soumis. Plus de famille, plus de paternité, plus de mariage dès lors. Un mâle, une femelle, des petits que l'État manipule, dont il fait ce qu'il veut, moralement, physiquement ; une servitude universelle et si profonde que rien n'y échappe, qu'elle pénètre jusqu'à l'âme même."
De fait, aux Pays-Bas, ce n'est que grâce à un amendement à une loi sur l'égalité de traitement (anti-discrimination...) qu'a été sauvegardée la liberté d'éducation (loi du 1er septembre 1994).

Écrit par : Jérôme | 30/11/2006

Les commentaires sont fermés.