Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/11/2006

École à la maison et dérive sectaire : le danger des dominos.

 

medium_fenech-2.jpg

Le 21 novembre dernier, la Commission parlementaire sur les sectes s’est rendue, sans prévenir, dans les locaux de la communauté Thabita's Place, dans la région de Pau. Les parlementaires étaient accompagnés de l’Inspecteur d’Académie. À la suite de cette visite, une conférence de presse a été tenue. Jeudi 23 novembre, l’émission « À l’air libre » sur Europe 1 a retenu cet événement pour faire réagir les auditeurs sur le danger que représente l’école à la maison.

De son côté, le Président de la Commission parlementaire, le député UMP, Georges Fenech, a annoncé qu’il rendrait public un certain nombre de propositions le 19 décembre prochain.

Selon le Salon Beige (ici), Georges Fenech aurait déclaré :

« Est-ce que ces enfant qui sont nés, qui ne connaîtront rien d'autre que des préceptes bibliques, qui sont soumis à des prières, à des chants, est-ce que ces enfants vont grandir normalement, est-ce qu'ils auront la même chance dans la vie que les autres enfants ? Est-ce qu'ils pourront devenir des citoyens libres, éclairés, capables de jugement ? [...] Est-ce qu'il est normal que ces enfants n'ont jamais vu la télévision ? [...] Est-ce qu'au nom de la liberté d'enseignement dans les familles, on peut isoler les enfants et les maltraiter psychologiquement, finalement ? [...] [Ces enfants] n'ont pas demandé à vivre de cette façon-là, on leur impose. »

Il pourrait donc proposer l’interdiction de l’école à la maison sauf cas d’handicap ou de voyage.

En attendant d’enquêter plus avant, cette succession de faits amène un certain nombre de questions.

Il ne s’agit pas ici – cela va de soi, mais autant le dire clairement – de défendre la communauté Thabita's Place dont j’ignorais l’existence jusqu’à cet événement.  Globalement, j’ai une répugnance instinctive envers les sectes et les méthodes qu’elles pratiquent. Je sais aussi qu’elles n’ont jamais eu autant de succès que depuis que l’Église en France a manqué de souffle missionnaire et a préféré le social au surnaturel. J'estime aussi qu’un État laïc, prétendument neutre, est incapable de répondre à la prolifération des sectes. À un mal spirituel, on ne répond pas par une augmentation de sécularisme, de relativisme et de pseudo-neutralité. Je vois, enfin, que les catholiques ont tendance à vouloir lutter (à raison) contre le phénomène sectaire auprès des pouvoirs publics. Mais on peut être contre les sectes et être en mauvaise compagnie. À plus d’un titre, la question sectaire est un piège pour les catholiques et il peut se retourner à tout moment contre eux. L’obéissance à un supérieur dans une communauté religieuse peut être considérée, aux yeux du monde, comme sectaire. Les vœux de religion et le détachement de la famille, aussi ! La confession à un prêtre et la direction spritiuelle pareillement. L’école hors-contrat en est un autre exemple et juste avant, celui de l’école à la maison. Nous risquons de nous trouver face à la théorie des dominos. Si on fait tomber la possibilité – la simple possibilité – de scolariser nos enfants chez nous, tout le reste risque de tomber. L’école hors-contrat, puis l’école sous-contrat. Puis encore le reste. On peut être pour ou contre la scolarisation à la maison. Nous en avons déjà parlé sur ce blogue. Mais, au-delà des sectes, qui sont une minorité certainement parmi ceux qui utilisent le droit de scolariser les enfants à la maison, ceux qui seront majoritairement touchés sont des catholiques. Est-ce un hasard ? C’est la première question que je souhaite poser avant celles qui suivent. Et qui ne sont pas exhautives.

1°) La « descente » dans la communauté Thabita's Place s’insère-t-elle dans un vaste processus de médiatisation, et non d’enquête parlementaire, visant à préparer les esprits à bien recevoir les propositions prochaines du député Georges Fenech, président de la dite commission ? S’il s’avérait que c’est le cas, la commission Fenech n’utiliserait rien moins qu’un procédé de manipulation des esprits, habituellement utilisé par les sectes.
2°) Quelles sont les critères qui ont été retenus pour choisir cette communauté plutôt qu’une autre ?
3°) Quelles sont les critères qui permettent de définir clairement une secte ?
4°) Quelle est la compétence d’un État laïc qui se veut neutre dans le domaine spirituel pour déterminer dans les différents courants religieux existant sur le territoire national ceux qui ont un caractère sectaire et ceux qui ne l’ont pas ?
5°) Si la compétence de l’État laïc, officiellement neutre, s’avère impossible à établir, il reste à cet État à intervenir auprès des groupements, associations ou autres, qui troubleraient l’ordre public et transgresseraient les lois qui protégent la personne humaine. De ce fait, y a-t-il ou n’y a-t-il pas, dans le cas présent, un risque de trouble à l’ordre public ou nécessité de défense de la personne humaine ?
6°) Plus largement, est-ce à l’État laïc, officiellement neutre, de décider si les enfants doivent connaître ou ne pas connaître les préceptes bibliques ?
7°) En France, l’instruction est obligatoire, mais pas la scolarisation. L’État a le devoir de sanctionner le parcours scolaire en établissant le contenu des examens officiels et en organisant les épreuves. Dès lors, ne sort-il pas de ses prérogatives en voulant régir le mode d’organisation des études scolaires ?
8°) La normalité concernant un enfant – alors que nombre d’enquêtes montrent la nocivité de la télévision pour l’équilibre psychique – peut-elle reposer sur le fait qu’il regarde ou non la télévision ? Est-ce à une enquête parlementaire de le déterminer ?
9°) Le fait de regarder la télévision est-il devenu un nouveau devoir civique, qui qualifie le bon citoyen dans un pays où le vote n’est même pas obligatoire ?
10°) Quels sont les enfants qui ont demandé à vivre comme ils vivent ? Faut-il que la demande ait été faite avant la naissance, au moment de la naissance, à 5 ans, à 10 ans ou à un âge intermédiaire ?
11°) Si l’État est bien le garant du respect des lois et de la protection des personnes, les parents ne sont-ils pas considérés comme les responsables civilement, pécuniairement et judiciairement de leurs enfants jusqu’à leur majorité ? Dès lors, pourquoi opposer le choix de vie des parents aux désirs des enfants ?
12°) Tous les États totalitaires, communistes ou fascistes, se sont distingués par un embrigadement de la jeunesse, notamment par le biais de l’école. La commission parlementaire entend-t-elle imposer une vision totalitaire de l’enseignement en retirant aux parents la responsabilité du choix de la scolarisation des enfants ?
13°) Lors de la conférence de presse après l’opération médiatique contre la communauté "Tabitha's place", il a été déclaré comme un fait aggravant que les enfants ne connaissaient même pas Zidane ? Le fait de connaître ou de ne pas connaître le nom d’un footballeur est-il un critère de normalité ?

21:06 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Complètement hors sujet une fois de plus puisqu'il ne s'agit pas ici d'instruire le procès de l'Eglise catholique à laquelle, une fois de plus, visiblement vous ne connaissez rien sauf quelques poncifs dépassés.

Il s'agit de débattre sur l'atteinte à la liberté des parents de choixir l'école à la maison et le risque, à terme, de voir disparaître entièrement cette liberté.

Écrit par : Maguelone | 28/11/2006

J'ai lu que cette éole était surveillée depuis longtemps, ils ont choisi pour la visiter, "curieusement" le période où la loi concernant l'instruction en famille doit être rediscutée devant le parlement...

Écrit par : odile | 28/11/2006

Bravo pour cette mise en garde réaliste! Oui, je pense aussi que notre liberté de scolariser nos enfants dans le système de notre choix risque de disparaitre.... Moi aussi je ne comprends pas les critères évoqués de "normalité" ou de sectarisme, ils sont si futiles et si inapropriés qu'on en rirait presque tellement ils sont ridicules!
Le parlementaire disait lors de la conférence de presse qui suivi la descente (qui me rappelle l'état d'esprit de l'état français durant l'occupation): "ces enfants n'ont pas la télé, pas internet...ils vivent dans un monde totalement virtuel" ...là je crois qu'il devrait retourner à l'école apprendre la signification des mots "télé", "internet" et "virtuel". Mais peut-être ces mots n'existaient-ils pas à son époque?
Comment peut-on s'érriger en juge de choses qu'on n'a pas comprises soi-même?

Écrit par : Isabelle | 28/11/2006

La scolarité à la maison dans certains groupes sectaires est un réel danger pour ces enfants qui ne connaissent rien en dehors du monde où ils vivent , c'est le plus sur moyen d'en faire des diciples parfaits

Écrit par : jean-pierre | 12/10/2007

Les commentaires sont fermés.