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25/11/2006

Perspective sacramentelle (II)

Avec la pertinence qu'on lui connaît, Yves Daoudal nous a fait l'honneur d'intervenir directement sur ce blogue pour corriger très justement une erreur qui se trouve dans la reproduction faite d'un texte d'un auteur anglican dans le post Perspective sacramentelle (ici). C'est une occasion pour moi d'apporter quelques précisions, en espérant ne pas augmenter la confusion.

Comme Yves Daoudal (), je m'étonnais aussi que les commentaires ne viennent pas. Mais heureusement, M. de La Palice est là. Je n'ai pas vérifié la Règle de saint Benoît et je fais donc confiance aux remarques d'Yves Daoudal. Ce qu'il écrit est juste en ce qui concerne la notion catholique de sacrements et de sacramentaux. Si j’ai bien compris ce que Yves Daoudal sous-entend, j'ai commis le crime de citer un auteur protestant et de ce fait je participe à la disparition des sacrements. Si c'est bien le cas, je tiens tout de suite à dire que j'ai tort et qu'il ne faut pas lire ce que j'écris en la matière. Les lecteurs ne s’étonneront pas que je corrige le texte en fonction des remarques d’Yves Daoudal.

Ce qui m'intéressait en l'occurrence – mais est-ce accessible à la logique implacable de M. de La Palice ? – c'était de dire que les réalités avec lesquelles nous vivons habituellement sont aussi, d’une certaine manière, le signe de Dieu, au sens où saint Thomas peut dire : « le sacrement se classe donc dans le genre signe » et au sens où Aristote estime que « tout effet est signe de sa cause ».

Saint Thomas d’Aquin, qui conclut bien dans le sens d’Yves Daoudal, remarque cependant que l’on peut utiliser le mot sacrement au sens d’une réalité sacrée. Il donne l’exemple du serment : « Le serment, lui aussi, a quelque rapport aux réalités sacrées : il est une attestation faite au nom d’une réalité sacrée ; on peut donc l’appeler sacrement, en un sens différent de celui où nous parlons maintenant des sacrements ; il n’y a pas là équivoque mais analogie ».
Plus loin, saint Thomas s’interroge : « tout signe d’une réalité sacrée est-il un sacrement ? » Il ne conclut pas que tout signe d’une réalité sacrée est un sacrement au sens où ils servent à notre sanctification. Cependant, il écrit auparavant :
« Toutes les créatures sensibles sont des signes de réalités sacrées, comme le dit saint Paul : ‘les perfections invisibles de Dieu se font connaître par ses créatures’ ; et pourtant on ne peut dire que toutes les choses sensibles sont des sacrements »
D’où sa conclusion :

« Les créatures sensibles signifient quelque chose de sacré, c’est vrai ; car elles manifestent la sagesse et la bonté divines ; mais elles les signifient en tant qu’elles sont sacrées en elles-mêmes et non en tant qu’elles servent à notre sanctification ».

Il écrit également que :

« si on regarde les choses sensibles dans leur nature propre, elles ne se rapportent pas au culte ou au règne de Dieu. Elles n'y ont rapport que dans la mesure où elles sont signes de ces réalités spirituelles en quoi consiste le règne de Dieu ».

C’est donc dans un sens analogique que je me réfère – la doctrine sacramentelle catholique étant sauve – à une perspective sacramentelle. C’est en tant que manifestant, sous un certain mode, la sagesse et la bonté de Dieu que les choses peuvent être considérées comme sacrées. En tant que telles, il est vrai, elles ne servent pas à notre sanctification à la manière d’un sacrement. En revanche, elles peuvent nous y aider ou nous y empêcher. C’est aussi, dans ce sens me semble-t-il, que saint Benoît écrit au chapitre XXXI de sa Règle, au sujet du cellerier :

« Qu’il regarde tous les objets et tout ce que possède le monastère comme les vases sacrés de l’autel ».

Je ne pense pas qu’il veuille dire qu’il s’agit de célébrer la messe sur une table de cuisine. Mais je ne sais pas si la logique de saint Benoît est toujours celle de M. de La Palice. Ni que celui-ci soit un père de l'Église, un saint ou même un théologien.

C'est dans ce sens également qu'écrit, me semble-t-il, Guy de Larigaudie en parlant des pommes de terre. Mais il est vrai que Guy de Larigaudie n'est pas un auteur spirituel, accepté comme tel, simplement un simple catholique du rang. Comme moi ! Nous partageons en plus l'appartenance au mouvement scout, cette invention anglicane… 

Commentaires

Puis-je intervenir dans ce débat et vous mettre d'accord ....
Voici ce que Saint Benoît dit au chap.XXXI 9-11

Omnia vasa monasterii cunctamque substantiam ac si altaris vasa sacra conspiciat.

La traduction habituellement retenue est celle-ci :

"...Tous les objets et tous les biens du monastère seront à ses yeux comme les vases sacrés de l'autel"

Lire à ce sujet le commentaire de Dom Delatte par exemple

Pour avoir passé 2 ans dans une abbaye bénédictine et être oblate, je dois dire que ce passage de la règle de NBP st Benoît m'est cher.

Je suis aidée en cela par mon époux qui déteste ce qui est médiocre et laid y compris dans les ustensiles de tous les jours...heu parfois cela peut être un peu tyranique

Nous refusons ce qui est du domaine du "jetable après usage" lorsque nous le pouvons.
Le plastique, tout petit exemple, est banî de la maison chaque fois que nous le pouvons.
Nous essayons de privilégier la qualité plutôt que la quantité
C'est toujours possible même lorsque les revenus du foyer sont plus que médiocres (un smic et quelques allorcations et trois enfants)

Surtout, nous essayons d'apprendre à nos filles à prendre soin de ce qu'elles ont (livres, jeux, vêtements, etc)

Nous mettons en avant d'une part, l'esprit de pauvreté mais aussi le respect de ceux qui, par leur travail, fabriquent ce ce que nous possédons (oui, oui même si cela vient de Chine !).

Oui nous essayons de prendre soin de ce que nous avons, puisque c'est par la grâce à Dieu que nous pouvons en jouir.

Je reconnais que cela n'est pas facile à une époque où tout va trop vite et où prendre le temps de faire bien les choses est devenu une gageure

Plus généralement je voudrais remercier ici Philippe Maxence qui avec la Règle de saint Benoît tente de nous donner des instruments pour nous aider à nous poser les bonnes questions et apprendre à réorienter nos vies vers Bieu.

Il est bien vrai que la Règle de saint Benoît est l'un des meilleurs instruments pour cela tant par son équilibre que sa possible transposition dans la vie quotidienne des laîcs

Sa manière fera bien plus pour le Royaume que les blogs politiques trops souvent grincheux de notre famille de pensée (au sens large)

Écrit par : Maguelone | 28/11/2006

Merci de ce mot Maguelone. Il y a un point d'accord fondamental entre Yves Daoudal et moi-même, et il concerne ce qu'il a écrit sur la doctrine catholique des sacrements. Je pense qu'il est important de le souligner et c'est pourquoi j'ai tenu à mettre en rouge une note renvoyant à son commentaire dans le texte anglican que j'avais cité. Je ne suis pas entièrement Yves Daoudal, en revanche, dans les conclusions logiques qu'ils tirent de mes propos. Quand il évoque la messe sur la table de cuisine, il sait très bien qu'il tente de me placer face à mes contradictions, sachant (c'est de notoriété publique) que je suis pour un plus grand respect des règles liturgiques et d'une plus grande place du sacré dans la liturgie.
Je vais suivre votre conseil et je vais aller relire Dom Delatte et son merveilleux commentaire. J'y trouverai une sure approche bénédictine. Je crois, en effet, qu'il est temps de nous inspirer de la Règle, même dans nos vies de laïcs, même dans notre vie sociale et politique. Le penseur américain Alasdair MacIntyre a appelé de ses vœux un nouveau saint Benoît et je pense que si le pape porte le prénom de Benoît, ce n'est pas pour rien.
Par ailleurs, j'aimerais bien savoir si vous arrivez à avoir des contacts avec d'autres familles, d'autres amis, qui tentent de vivre comme vous le faîtes.

Écrit par : Philippe Maxence | 28/11/2006

@ Philippe Maxence,

Je voudrais lever une équivoque : nous n'avons pas un mode de vie "idéologique" comme les crunchy cons. par exemple ou les baba cool s'il en reste.
Nous ne suivons pas un mode de vie particulier.

Nous essayons de vivre au jour le jour en conformité avec notre foi et surtout notre bon sens.

Cette conformité est une fidélité avec soi-même et avec le Christ.

Par l'école de nos enfants, nous connaissons quelques familles qui essaient de vivre selon cet esprit et nous ne les trouvons, bien sûr, ni parmi les familles les plus aisées financièrement ni les plus mondaines.

Peut-être avez-vous une idée dernière la tête en me posant cette question ...

Et bien oui, mon rêve serait une vie communautaire mais pas sous la forme plus ou moins sectaire de certaines communautés nouvelles avec un "gourou" omnipotent et omniscient.

Non plutôt comme un village catholique avec ses rouages politiques normaux mais un esprit commun qui soutient l'ensemble, le fortifie dans l'entraide et la communion à un même Seigneur

Utopie ? cela serait interessant de le savoir....

Écrit par : Maguelone | 28/11/2006

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