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24/11/2006

Perspective sacramentelle

 

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À plusieurs reprises, j’ai exprimé ici l’idée qu’il fallait changer d’attitude de vie, acquérir des modes et des pratiques d’existence qui tentent de refléter, autant que possible et en toute chose, notre adhésion au Christ et à l’enseignement de l’Église. Des amis, parce qu’on parle ici d’environnement ou parce qu’on remet en cause la primauté de la technique, on qualifiait ce blogue « d’écologiste ». Comme les mots sont un peu piégés, il faudrait préciser que si Caelum et Terra est écologiste, c’est au sens de Jean-Paul II, parlant,dans Centesimus annus, d’écologie humaine dont la première structure fondamentale est la famille.

Plus encore qu’une vision écologiste, c’est à une vision, une perception, sacramentelle qu’invite Caelum et Terra : Grace et nature, Christ et culture, tradition et renouveau.

Dans un livre qui explore les possibilités offertes par la Règle de saint Benoît pour vivre en chrétien dans le monde, une anglicane, Esther de Waal développe l’idée suivante :

« Saint Benoît dit que les biens matériels sont des sacramenta [pour le sens pleinement catholique de ce mot, voir le commentaire d'Yves Daoudal ci-dessous. Note ajoutée après la publication de ce commentaire], des symboles qui révèlent la beauté et la bonté de leur créateur, et nous sommes ainsi ramenés à cette simple phrase ‘qu’il considère tous les objets du monastère et tout son matériel comme s’ils étaient vases sacrés de l’autel’. Il ne nous laisse jamais oublier que l’ordre temporel ne doit être ni méprisé ni négligé. Sa spiritualité est très réaliste. Il n’y a pas de fuite dans une vie spirituelle intérieure déconnectée du monde. Dieu n’est ni une idée ni un idéal, il est une réalité (nous dirions pour notre part plus exactement une personne, ndlr) extrêmement concrète et ce n’est que dans la réalité concrète de ma vie quotidienne que je vais le rencontrer. […] Cette perspective profondément sacramentelle qui insiste sur l’unité de la création, (…) minimise la division entre le sacré et le profane, (…) fait prendre conscience que tout vient de Dieu ».

La perspective sacramentelle consiste à tout considérer comme venant de Dieu, à voir en ce qui nous est donné par la nature ou le travail des hommes, un moyen d’adorer Dieu et de le rencontrer ou, à nous en éloigner si cela ne nous conduit pas à Dieu. Dans ce sens, l’humble façonnage du pain à la maison, qui apparaît complètement stupide dans l’acceptation du mode de vie moderne et l’organisation économique moderne, ou la défense de la nature perçue comme un don de Dieu, deviennent des sacramenta, des reflets de la présence de Dieu.

Guy de Larigaudie l'a exprimé d'une autre manière : « Il est aussi beau de peler des pommes de terre pour l'amour du Bon Dieu que de construire des cathédrales. » 

Deux idées principales ressortent de ces textes sur la vision sacramentelle. Celle-ci implique

1°) de vouloir rejoindre Dieu dans les plus petites choses de la vie quotidienne;

2°) qu'il faut tendre à éviter la division entre le sacré et le profane, car la Création nous est donnée pour nous conduire à Dieu.

C'est pouquoi il faut sans cesse se poser la question de nos styles de vie comme nous le demandent d'ailleurs les derniers papes. Car nos façons de vivre sont le reflet, dans chacun des actes que nous posons, des choix que nous faisons, de notre adhésion ou non au plan divin. celui-ci associe le Ciel et la Terre. Il les distingue, mais ne les sépare pas radicalement. Il faut avoir les pieds bien en terre pour regarder comme il faut vers le ciel.

 

Commentaires

Je m'étonne qu'il n'y ait pas de commentaire. Notamment que personne ne demande où saint Benoît aurait bien pu dire que les biens matériels sont des sacramenta (pas dans la Règle, en tout cas). Dans le latin de l'Eglise, sacramenta désigne depuis toujours les sept sacrements. C'est pourquoi on parle de sacramentaux (sacramentalia) pour désigner des aides à la foi qui sont consacrées par l'Eglise mais ne sont pas des sacrements. Les biens matériels en eux-mêmes ne peuvent pas être des "sacramenta", car le mot sacramentum veut dire étymologiquement serment. Il ne désigne pas une chose, mais l'échange de serment entre Dieu et l'homme.
Le problème qu'il y a à faire référence à des auteurs non catholiques, c'est, comme dirait M. de La Palice qui a souvent raison, qu'ils ne sont pas catholiques. Les protestants, pour justifier leur doctrine, doivent dévaluer les sacrements. Et si tout est "sacramenta", il n'y a plus de sacrements. Il s'agit en effet de "minimiser la division entre le sacré et le profane". Et l'on fait la messe sur une table de cuisine.
Peut-être que je me trompe. Mais cela mérite un éclaircissement.

Écrit par : Yves Daoudal | 25/11/2006

Merci à Yves Daoudal. J'ai répondu en publiant un nouveau texte. À corriger en cas d'erreur…

Écrit par : Philippe Maxence | 25/11/2006

Puis-je intervenir dans ce débat et vous mettre d'accord ....
Voici ce que Saint Benoît dit au chap.XXXI 9-11

Omnia vasa monasterii cunctamque substantiam ac si altaris vasa sacra conspiciat.

La traduction habituellement retenue est celle-ci

"...Tous les objets et tous les biens du monastère seront à ses yeux comme les vases sacrés de l'autel"

Lire à ce sujet le commentaire de Dom Delatte par exemple

Pour avoir passé 2 ans dans une abbaye bénédictine et être oblate, je dois dire que ce passage de la règle de NBP st Benoît m'est très cher.

Je suis aidé en cela par mon époux qui déteste ce qui est médiocre et laid y compris dans les ustensiles de tous les jours...

Nous refusons ce qui est du domaine du "jetable après usage" lorsque nous le pouvons.
Le plastique est banî de la maison chaque fois que nous le pouvons.
Nous essayoons de privilégier la qualité sur la quantité.
C'est toujours possible même lorsque les revenus du foyer sont plus que médiocres (un smic et quelques allorcations et trois enfants)

Surtout, nous essayons d'apprendre à nos filles à prendre soin de ce qu'elles ont (livres, jeux, vêtements, etc)

Nous mettons en avant d'une part, l'esprit de pauvreté mais aussi le respect de ceux qui, par leur travail, fabriquent ce ce que nous possédons.

Oui nous essayons de prendre soin de ce que nous avons, par la grâce à Dieu.

Je reconnais que cela n'est pas facile à une époque où tout va trop vite et où prendre le temps de faire bien les choses est devenu une gageure

Plus généralement je voudrais remercier ici Philippe Maxence qui avec la Règle de saint Benoît tente de nous donner des instruments pour nous aider à nous poser les bonnes questions et apprendre à réorienter nos vies vers Bieu.

Il est bien vrai que la Règle de saint Benoît est l'un des meilleurs instruments pour cela tant par son équilibre que sa possible transposition dans la vie quotidienne des laîcs

Sa manière fera bien plus pour le Royaume que les blogs politiques trops souvent grincheux de notre famille de pensée (au sens large)

Écrit par : Maguelone | 28/11/2006

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