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15/11/2006

Écologie humaine : ce que disait Jean-Paul II

L'entretien avec Falk van Gaver a mis en avant la notion d'écologie humaine. Voici ce qu'en disait le pape Jean-Paul II dans l'encyclique Centesimus annus. À traduire en acte, mais comment ?

« En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d'accorder l'attention voulue. Alors que l'on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d'extinction, parce qu'on se rend compte que chacune d'elles apporte sa contribution particulière à l'équilibre général de la terre, on s'engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d'une « écologie humaine » authentique. Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. Dans ce contexte, il faut mentionner les problèmes graves posés par l'urbanisation moderne, la nécessité d'un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l'attention qu'il convient de porter à une « écologie sociale » du travail. » (n. 38).

«  La première structure fondamentale pour une « écologie humaine » est la famille, au sein de laquelle l'homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l'homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l'enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que l'homme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et d'engendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses « choses » que l'on peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec d'autres possibilités.

Il faut en revenir à considérer la famille comme le sanctuaire de la vie. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique. Contre ce qu'on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie.

Dans ce domaine, le génie de l'homme semble s'employer plus à limiter, à supprimer ou à annuler les sources de la vie, en recourant même à l'avortement, malheureusement très diffusé dans le monde, qu'à défendre et à élargir les possibilités de la vie elle-même. Dans l'encyclique Sollicitudo rei socialis, ont été a dénoncés les campagnes systématiques contre la natalité qui, fondées sur une conception faussée du problème démographique dans un climat de « manque absolu de respect pour la liberté de décision des personnes intéressées », les soumettent fréquemment « à d'intolérables pressions 3 pour les plier à cette forme nouvelle d'oppression » . Il s'agit de politiques qui étendent leur champ d'action avec des techniques nouvelles jusqu'à parvenir, comme dans une « guerre chimique », à empoisonner la vie de millions d'êtres humains sans défense. » (n.39).

Commentaires

Je rebondis sur l'écologie en général. La pensée de feu notre Saint-Père sur l'écologie est très profonde et structurée. Il montre comment la seule façon d'éviter les écueils de l'exploitation-destruction ("l'environnement comme risque menace l'environnement comme demeure", Discours du 24.03.1997) et de la négation de la "lieutenance" humaine est d'ancrer sa réflexion dans le concept de Création. Précisément, le Créateur a donné à l'homme la terre, l'environnement, à la fois comme demeure et comme ressource. "C'est la relation que l'homme a avec Dieu qui détermine sa relation avec ses semblables et avec son environnement. C'est pourquoi la culture chrétienne a toujours reconnu les créatures qui entouraient l'homme aussi comme des dons de Dieu qui doivent être cultivés et sauvegardés avec un sens de la gratitude envers le Créateur. Les spiritualités bénédictine et franciscaine en particulier ont témoigné de cette sorte de parenté de l'homme avec son environnement créé, développant en lui une attitude de respect pour toute réalité dans le monde environnant." (même discours)

Le pape dans ce discours stigmatise à la fois la recherche illimitée du profit, et la réduction de la connaissance à une puissance de maîtrise. Ensuite il stigmatise le biocentrisme, la négation égalitariste de la différence axiologique et ontologique entre l'homme et le reste du créé. Mais "la technologie qui pollue peut aussi nettoyer, la production qui amasse peut aussi distribuer justement" - ici critique du traitement des ressources naturelles et critique de l'organisation économique se rejoignent -, mais "à condition que prévale l'éthique du respect pour la vie et la dignité humaine, pour les droits des générations d'aujourd'hui et de demain. Ceci requiert de fermes points d'ancrage et d'inspiration : une connaissance claire de la Création comme sagesse prévoyante de Dieu et la conscience de la dignité humaine et de sa responsabilité dans le plan de la Création."

La nature est voulue par Dieu, pour être notre demeure, mais Il a aussi voulu que nous en soyons les intendants responsables.
Plus profondément, "c'est en regardant vers (la face) Dieu que l'homme peut illuminer la face de la terre et assurer l'hospitalité environnementale pour l'homme aujourd'hui et demain". Et "la défense de la vie et la promotion de la santé qui s'en déduit, spécialement envers les peuples très pauvres et en développement, sera simultanément la mesure et le critère de base de l'horizon écologique aux niveaux régional et mondial".
Autrement dit, l'écologie humaine est la mesure et le critère de l'écologie en général. Comme le dit M. Maxence, l'écologie humaine commence avec la structure familiale, et se poursuit par des organisations géographiques et économiques saines, qui ne soient pas des structures d'exploitation-destruction de l'homme et de son environnement.

Le discours que j'ai cité se trouve en plusieurs langues (mais pas le français) sur le site du Vatican. Il faut lire (et je vais l'approfondir), sur cette question de l'écologie, du principe de précaution (prôné dans de justes limites), de la licéité de l'intervention de l'homme sur la nature dans l'appel à la responsabilité, tout le dixième chapitre du récemment publié Compendium de la doctrine sociale de l'Église.

Écrit par : Jérôme | 17/11/2006

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