Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le pape et la technique

Sous le titre « Science et technologie ne répondent pas à tout », le service d'information du Vatican (VIS) vient de publier un communiqué concernant le discours prononcé ce lundi 6 novembre par le pape devant les membres de l'Académie pontificale des sciences.

 

Dans son discours, Benoît XVI a notamment déclaré : « L'homme ne saurait mettre dans la science et la technologie une confiance totale et sans condition, ce qui reviendrait à croire que le progrès expliquerait tout et répondrait à tous les besoins existentiels et spirituels. La science ne peut se substituer à la révélation, et répondre de manière exhaustive aux questions fondamentales que l'homme se pose, du sens de la vie et de la mort aux valeurs dernières ou à la nature du progrès »

Une déclaration qu'il nous faut traduire maintenant dans nos actes, en entrant en dissidence avec cette croyance sans limite en la science, la technique ou le progrès.

À nous d'inventer les voies pratiques à mettre en œuvre pour vivre autrement aujourd'hui en chrétien et comme chrétien dans un monde sécularisé, imbu de lui-même et du mirage technique.  

Le communiqué est

Commentaires

  • Le credo de Vatican II dans la science et ses bienfaits, que Benoît XVI ne peut s'empêcher de reprendre curieusement dans chacune de ses allocutions ou presque, est démodé.

    Compte tenu des graves excès que la marche forcée vers le progrès technique (mise sur le marché de médicaments avant la fin des tests, trucage des études épidémiologiques, épidémie de cancers, gouffre financier inquiétant, pour ne prendre que le domaine de la santé) a entraînés, il conviendrait sans doute de tenir un discours plus radical, de parler de méfiance nécessaire et pas seulement de ne pas avoir une "confiance totale". Dans le domaine de la charité organisée, abordé dans la première encyclique de Benoît XVI, où est le progrès lorsqu'on laisse des populations s'entretuer par millions, lorsqu'on mène des politiques malthusiennes désastreuses ?

    On dirait que le pape a peur de choquer quelqu'un en faisant ne serait-ce qu'un bilan. Qui donc ?

  • A Lapinos :

    Dans l'encyclique de Benoît XVI, "Deus Caritas Est", à laquelle vous faites référence, il est effectivement question de ce que vous appelez "la charité organisée". Le pape parle pour sa part des "organisations caritatives de l'Eglise" (§ 29) ou de ses "structures de service caritatif" (§ 30).

    En revanche, il me paraît difficile de critiquer le progrès de cette "charité organisée" au prétexte qu'on "laisse des populations s'entretuer par millions", ou encore qu'on "mène des politiques malthusiennes désastreuses". Ces désastres que vous pointez sont de la responsabilité du politique, et sont de l'ordre d'un défaut de justice. Je vois mal comment en incriminer les organisations caritatives ecclésiales.

    Dans son encyclique, Benoît XVI distingue justement la justice de la charité (§ 26 à 29), et rappelle les rôles respectifs du politique et de la foi. Ce n'est pas la place de l'Eglise (et elle n'en a d'ailleurs même pas les moyens si elle le désirait) de gouverner la cité. Elle ne décide pas des conflits et ne peut empêcher qu'ils se déclenchent ; elle ne promeut pas de politiques malthusiennes. Ce sont les Etats qui font cela, et l'Eglise n'a je crois pas à rougir des rappels qu'elle leur adresse sur ces sujets ou sur d'autres encore.

  • On peut trouver chez Ivan illich (par ailleurs criticable sur nombre d'autres points) un concept intéressant : ce qu'il appelle le "seuil critique" propre à toute technique, c'est-à-dire le moment où, hyperbolique, elle commence à produire exactement le contraire de ce pour quoi elle a été construite. Ainsi la voiture désapprend la marche, l'hôpital rend les gens malades, etc.
    illich, comme Charbonneau et Ellul d'ailleurs, invite à une continence de l'ingéniosité, à une chasteté de l'intelligence en quelque sorte. Face à la technque et à son pouvoir séducteur, seul un ascétisme volontaire est opérant. Ce que même la gauche "décroissante" a été obligée d'admettre, se trouvant dans cette aporie de devoir pratiquer une ascèse sans métaphysique.

  • @ Jacques :
    pouvez-vous nous donner les références des endroits où l'on trouve ce concept d'Illich ?
    Par ailleurs, pourquoi écrivez-vous que « même » la gauche décroissante a été obligé d'admettre la nécessité de l'ascétisme volontaire. N'est-ce pas une caractéristique de la gauche décroissante ?
    En revanche, bien vu la mise en évidence de la pratique d'une ascèse sans métaphysique. @ vous lire.

  • Cher Philippe,

    on trouve les oeuvres complètes d'Illich chez Fayard, en deux volumes, parus en 2002 et 2004, je crois. Mais je ne sais plus dans quel ouvrage exactement se trouve cette idée.
    A ce sujet, il faut lire aussi Jean-Pierre Dupuy, qui est un disciple à la fois de René Girard et d'Illich, polytechnicien-philosophe, catholique je crois, d'une intelligence plus que remarquable.

    Pour la gauche décroissante, je me suis exprimé de manière trop elliptique : je veux dire que la gauche écologiste, au départ jouisseuse et sans arrière-monde, a elle-même été obligée d'engendrer la "gauche décroissante", qui prône la renonciation et le détachement dans l'intérêt de la terre (naturelle) entière.

    NB : Puisque nous essayons de nous détacher de l'emprise de la technique, je vous saurai gré, cher Philippe, de ne pas entechniciser mon nom à l'aide d'un "@ "...

  • Parler de la science comme si elle était (elle aussi) une sorte d'institution abstraite est assez naïf (ou philosophique, comme on veut).

    Parler d'une élite de scientifiques travaillant pour le compte des pouvoirs publics et privés est plus proche de la réalité. Cette présentation est importante. En effet, pas besoin de signer au bas du "Manifeste du communisme" pour comprendre après Marx les effets pervers du capitalisme, qui, pour résumer, soumet tout, y compris la science, à la logique des taux de profit. Selon Marx, cette logique des taux de profit finit par devenir tellement absurde qu'elle entre en crise et favorise la révolte des opprimés.

    Marx oublie sans doute dans son analyse des paramètres, mais sa description de la réalité et de l'histoire est sans aucun doute beaucoup plus féconde que celle plus ou moins kantienne de Benoît XVI. D'ailleurs, Simone Weil tire de Marx des propositions relativement concrètes, même si elles sont sans doute encore trop marquées par la philosophie.

    Tout ça pour dire à M. Dary que Benoît XVI tente de définir ce que devrait être la charité organisée aujourd'hui en ne tenant absolument pas compte de ce qu'elle est. Il pose le principe des bienfaits du progrès sans les identifier : " La grandeur du développement moderne de l’esprit est reconnue sans restriction : nous sommes tous reconnaissants pour les grandes possibilités qu’elle a ouvertes à l’homme et pour les progrès de l’humanité qui nous sont offerts. " : ce parti-pris n'est pas très raisonnable. Si vous trouvez des passages où le pape émet un bémol, j'en trouve qui ressemblent fort à un credo progressiste. Du point de vue du discours, c'est nul.

    Ce que la charité organisée EST AUJOURD'HUI, à savoir malthusienne bien souvent, prétexte à l'ingérence d'organisations internationales aux buts parfois peu altruistes, l'Église n'en est que peu responsable, vous avez bien sûr raison, M. Dary, mais c'est justement parce qu'elle n'est plus en mesure d'imposer sa POLITIQUE de la charité d'une manière ou d'une autre.
    Refus de l'esprit critique, donc - et même de l'auto-critique : on sait grâce au témoignage d'un de ses anciens directeurs que l'une des plus fameuses ONG catholique, le CCFD, a financé l'achat d'armes pour des guérillas marxistes en Afrique.

    Vous séparez l'Église de la politique comme s'il s'agissait de deux substances chimiques, M. Dary. Où diable est-il écrit : " Allez, et convertissez les nations, sauf celles dont la constitution laïque l'interdit ? "

  • Signez la pétition pour virer Lapinos (qui en a l'habitude).

  • À ce qu'il ne ménage pas ses forces pour signer des pétitions, c'est aussi à ça qu'on reconnaît un démocrate-chrétien.

  • A ce qu'il hante les blogs pour semer la zizanie, l'incohérence et l'idiotie caractérisée, c'est à cela qu'on reconnaît l'admirateur des totalitarismes en peau de lapin.

  • Pour ce qui est du totalitarisme en peau de lapin, pour une fois, c'est bien caractérisé, Monsieur le Philosophe : j'aimerais bien vous cloîtrer, vous, Maxence, et d'autres philosophes du même tonneau, dans une Chartreuse pour que vous spéculiez tous en rond… mais je n'en ai pas le pouvoir.

  • Jacques de Guillebon à écrit " Ainsi la voiture désapprend la marche, l'hôpital rend les gens malades, etc."

    Je vous apporte ce témoignage : je voulais imposer sur mes chantiers en Afrique des systèmes de sécurité, c'est à dire des filets sur les immeubles en construction supérieurs à deux étages pour éviter que les ouvriers tombent au sol et ne se blessent ou se tuent. Les ouvriers ont refusé car, m'ont-ils dit, "vous voulez donc que nous tombions ?"

    Je vous offre ce second témoignage. Cela se passe en Guinée Conakry. Je suis dans un taxi. Nous quittons la capitale. Il pleut fort. J'essaye de mettre la ceinture de sécurité mais je n'y arrive pas, car elle est rouillée et coincée. je demande au chauffeur de s'arrêter. Il me répond : vous voulez donc que nous ayons un accident ? J'insiste pour qu'il s'arrête, ce qu'il fait. Résultat : le second taxi qui nous suivait et transportait mon équipe de travail nous rentre dedans. Heureusement, l'appui tête était sorti...Le chauffeur me dit : vous voyez, qu'est-ce que je vous ai dit ? Je sors de la voiture et vérifie les feux arrières et les clignotants du taxi. Aucune ampoule. Pas de rétroviseur, etc.

    Ceux qui connaissent l'Afrique savent comment il faut conduire. En gros, si vous êtes chrétiens, vous sortez le chapelet et vous priez. Si vous êtes musulmans, vous vous arrêtez à proximité des "carrés de prière" qui jalonnent les pistes. Si vous arrivez à destination, vous devez tout d'abord passer par la mosquée ou par l'église pour remercier Dieu de vous avoir conduit au but. Quand vous arrivez chez vos hôtes, la première chose à faire est d'offrir une offrande pour remercier Dieu de vous avoir conduit sain et sauf chez eux.

    Quelques années de ce régime vous font découvrir ce qu'est la foi. Le plus difficile, c'est de perdre ces petits gestes habituels lorsqu'on rentre en Europe. Mais comment faire autrement lorsque vous ne trouvez jamais une église d'ouverte ? Quelqu'un connaît-il une seule église sur l'ensemble de notre réseau autoroutier français ? Je ne parle même pas des "carrés musulmans", de la surface de deux tapis de prière entouré de cailloux blancs...

    Bien cordialement à tous.

  • Mince, moi qui croyais que vous étiez à Parténia !

  • @ Lapinos
    Vous confondez avec Jacques...

Les commentaires sont fermés.