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31/10/2006

Le match Schumacher/Keynes

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Dans Small is beautiful, Schumacher cite les réflexions de Keynes qui en 1930 s’interrogeait sur l’avenir de l’économie mondiale.
Keynes était habité par un double sentiment. La certitude, d’abord,  qu’un jour viendrait où tout le monde serait riche. Dans cette nouvelle situation, « de nouveau, nous estimerons davantage la fin que les moyens et attacherons plus de prix à ce qui est bien qu’à ce qui est utile ».
L’autre certitude de Keynes était que ce temps n’était pas venu. Il affirmait donc : « cent ans au moins encore il nous faudra prétendre vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis des autres que, comme disent les sorcières de Macbeth, ce qui est laid est beau, car ce qui est laid est utile et ce qui est beau ne l’est point. L’Avarice, et l’Usure, et la Méfiance sont des dieux qu’il nous faut conserver encore un petit moment. Car eux seuls peuvent nous guider à travers le tunnel des nécessités économiques vers la lumière ».
Les décennies ont passé, mais il ne semble pas que l’avarice, l’usure et la méfiance ne sont plus les dieux de notre société. Bien, au contraire.
Schumacher faisait déjà remarquer en 1973 qu’il n'existe pas de société riche qui crie « halte ! Nous avons assez ». Sa remarque se complétait d’une autre observation :
« la croissance économique qui, considérée du point de vue de l’économie, de la physique, de la chimie et de la technologie, n’a pas de limite perceptible, doit nécessairement aboutir à une impasse si l’on se place du point de vue des sciences de l’environnement. Une philosophie qui cherche l’accomplissement de l’homme dans la seule poursuite des richesses – en bref, le matérialisme – ne cadre pas avec ce monde, car une telle attitude ne connaît aucun principe de limitation, alors que l’environnement dans lequel elle s’inscrit est, lui, strictement limité ».
Les limites font partie de notre condition d’homme. Les limites, qui peuvent être contraignantes, peuvent aussi être protectrices. Nous avons un corps qui nous limite. Nous avons une famille qui nous limite et nous protège. La réflexion peut s’étendre au travail, au pays, à la langue, etc. Simone Weil estime, dans L’Enracinement, que « la liberté, au sens concret du mot, consiste dans une possibilité de choix. (…) Mais la liberté n’est pas plus ou moins grande selon que les limites sont plus étroites ou plus larges. Elle a sa plénitude à des conditions moins facilement mesurables ».
Schumacher, pour revenir à lui, remet en cause fondamentalement les affirmations de Keynes, et cela au nom même de l’économie. Il souligne que « d’un point de vue économique, le noyau central de la sagesse est la pérennité ». Il oppose donc la sagesse aux vices mis en avant par Keynes. On remarque, au passage, que l’économie n’est pas seulement contrôlée dans son activité par la morale, mais qu’elle dépend de la morale. D’un point de vue économique, on ne peut donc cultiver et multiplier ses biens, ses richesses sans atteinte à la bonne vie que nous devons chercher.
« Comment pouvons-nous ne serait-ce que commencer à désarmer la cupidité et l’envie » s’interroge Schumacher. Sa réponse est d’un simplisme confondant. Mais, au fond, il s’agit de la seule réponse possible : « Peut-être en nous montrant beaucoup moins cupides et envieux nous-mêmes. Peut-être en résistant à la tentation de laisser notre luxe devenir une nécessité. Et peut-être en examinant jusqu’à nos besoins, pour voir si l’on ne peut les simplifier et les réduire. (…) Une once de pratique vaut généralement mieux qu’une tonne de théorie ».
Ajoutons toutefois un élément à sa réponse : la grâce et les sacrements. La vie de prière et la vie du Christ en nous. Sinon, notre effort vers moins de cupidité et d’envie, lui-même, sera vain.

 

15:14 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)

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