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Une réflexion de Michel Janva

Michel Janva, du Salon Beige (voir les liens) m'a autorisé à livrer ici une réflexion échangée directement par courriel. L'occasion de l'inviter officiellement à nous faire part de son expérience directement sur ce blog. Internet peut-il nous servir dans le cadre de la dissidence intérieure et, à plus long terme, pour changer certains de nos comportements ?

Texte de Michel Janva : « D'ailleurs, à propos de votre dernière réflexion sur notre façon de vivre, il me vient tout de suite en exemple le phénomène des blogs. Quelle est notre relation face à la "société de l'information" voire de la surinformation et surtout de la désinformation ?
Si personnellement, je n'ai pas jeté ma TV (je veux pouvoir garder cette liberté de regarder, en famille ou non, un bon film pour me détendre), il est clair qu'aujourd'hui, ma première source d'information, c'est internet. On trouve sur internet une liberté de pensée et de parole qu'on ne trouve plus dans aucun média "officiel". Et le service -certes imparfait- que nous voulons offrir avec le Salon Beige c'est de donner aux lecteurs, de tous horizons, un aperçu de l'essentiel de l'actualité (non pas la dernière inondation ou les accidents de la route, mais les nouvelles de la vie, de la famille, de l'éducation et de leurs extensions naturelles. Le tout avec un regard de catholiques, en essayant d'être fidèle au Magistère, ce qui n'est pas toujours facile. Cela rejoint un peu votre thème de dissidence intérieure : à force de s'informer autrement, on finit aussi par penser autrement et à placer ses priorités différemment des moutons gavés de Canal+ ou de Libération...
@ bientôt
Michel Janva »

Commentaires

  • Venant d'ancrer nos amarres sur le "planète blog", nous goûtons en tant que jeunes à la joie d'échanger et de recevoir, de personnes proches ou non.

    Mais surtout, ce qui est extraordinaire, c'est la possibilité de s'informer, de se former, et d'échanger, autre chose que la pensée unique, tout en ayant un peu l'impression d'organiser l'action, las de la muselière appelée "tolérance"...

    Cela nous montre que nous pouvons être passifs devant internet, et "consommer" un nouveau joujou inutile et pourvoyeur d'autres objets de consommation, ou choisir d'être actifs, et profiter de ces moyens de communication pour lutter contre la pensée unique.

    Notre génération commence à avoir du recul par rapport au monde, notamment grâce aux associations comme Ictus, qui nous ont formé à la DSE, contre l'ignorance dans laquelle nos aumôneries de paroisses ou de lycées nous avaient abandonnés, nous avons été nourris par Jean-Paul II, nous sommes prêts à défendre et encourager Benoît XVI, mais dans notre pays, en tant que chrétiens dans la Cité, vers qui devons-nous aller ?

    Nous vivons dans l'Espérance, parce que nous savons que l'exemple d'une vie ancrée dans le Christ portera un jour ses fruits.

    Mais comment empêcher des jeunes de brûler pour l'action ?
    Ce que nous avons appris, ce qui nous a transporté, nous voudrions le dire, le proclamer... De plus, nous aimons notre pays, nous voudrions le défendre, le soulager, lui redonner son éclat...

    Merci parce que vous nous y aidez, par votre recul, et par votre sagesse. Continuez de grâce à nous éclairer...

  • Je retiens la phrase : ' à force de s'informer autrement, on finit aussi par penser autrement'. C'est à dire qu'on ne peut plus voir ou écouter un média classique. On est en déphasage complet par rapport à la grande majorité des gens, au politiquement correct et autres... Mais on peut aussi avoir l'impression d'être un dynosaure pour tous les autres !!!

  • correction : dynosaure est une invention personnelle. Je voulais parler bien sûr du dinosaure sans 'y'.

  • Le Salon Beige font un travail de recherche d'informations absolument essentiel. On ne se lasse pas de leur travail car il est irrigué de toute la sagesse de l'Eglise. Bafweb, avec son style plus sauvage mène le même bon combat culturel.

  • Plaidoyer pour une lectio divina

    Cette question de l'information me fait penser au splendide livre du Fr. Cassingéna-Trévédy (écrit surtout pour les moines, mais mutatis mutandis on peut en tirer beaucoup), Nazareth, maison du livre (Ad Solem, 2004), et par ricochet aux textes de M. Maxence sur la contemplation, sur l'hygiène du net (il y a une prière "avant de se connecter" avec une version latine mais je n'ai pas réussi à la retrouver)...

    p. 29-30 : « Nous sommes environnés de hauts-parleurs de tout acabit qui parasitent le seul Son (factus est repente de caelo sonus, Ac 2, 2) et nous empêchent de discerner la Voix, la Voix ténue de Dieu qui vient de loin. Une multiplicité de sources d’information concurrence dans notre train quotidien la Source principale, alors que le Livre devrait « informer » efficacement, en profondeur, toutes les autres informations que nous recevons informations que nous recevons par ailleurs, c’est-à-dire les hiérarchiser, les relativiser, et nourrir en nous le discernement spirituel qui nous permettrait de juger de tout (1 Co 2, 15) [...] le « Son de l’Esprit qui vient », sonus advenientis Spiritus (Ac 2, 2), finit par s’estomper lorsque nous prêtons l’oreille, à trop de choses, à trop de bruits ; davantage : se retirant de lui-même, il cesse de nous enchanter. [...] nos stérilités devant le Texte inspiré [...sont] la conséquence de notre indigestion sonore. On ne lit bien qu’à l’état de réclusion : il faut nous réduire, il faut nous restreindre. [...] » Une sorte d'ascèse.

    Cela peut paraître éthéré, mais c'est le contraire : réfléchissons-y cinq minutes et nous voyons que cela a au contraire de multiples conséquences très concrètes. Bien sûr nous apprenons à lire sur les genoux de l'Ecclesia Mater, d'abord à partir de la liturgie. Et précisément les médiations des rythmes et cycles pluriels de la liturgie sont ce qui permet à nos moments privilégiés de contemplation de ne pas être que des instants isolés mais de rayonner sur toute notre vie pour la transfigurer (en liturgie, précisément) – cf. Geneviève Trainar, Transfigurer le temps, autre très beau livre (Ad Solem).
    Il n'y a pas que le temps - réapprendre la lenteur, une sorte de "silence des gestes" aussi -; il y a les lieux. Oui, les lieux : je crois que très concrètement, alors que le soi-disant art contemporain nous éduque quotidiennement à la laideur, avoir un beau lieu de vie (maison, appartement) peut aider. Et, au sein de ce lieu de vie, un lieu privilégié de prière, même si les autres pièces peuvent et doivent être marquées d'une certaine ambiance (j'ai toujours été frappé par l'habitude puritaine de mettre des versets d'Ecriture au-dessus des portes, même intérieures). C'est presque évident, mais comment avoir une cellule intérieure si on n'a pas de "cellule" extérieure ? (Pour revenir sur l'habitat général, des anciennes maisons avaient un bénitier ! Il serait intéressant de partager nos habitudes de "décoration catholique", nos façons d'habiter notre terrestre demeure. C'est bien de cela qu'il s'agit, non ?)

    Avant de vous laisser quelques citations du livre du moine-marin (fr. Cassingéna), très brièvement commentées, constituant notamment une "méthode spirituelle" de lutte contre la conspiration anti-vie-intérieure, une toute petite suggestion pratique : M. Maxence, et vous bloggueurs catholiques, pourquoi ne pas, au moins de temps à autre, ou pour les billets importants, mettre en exergue un verset de l'Ecriture préalablement médité (pour illustrer le propos, ou au contraire pour bâtir un propos à partir de lui) ?

    p. 23-24 : « Pour accéder au Livre, il ne suffit pas d’un silence factuel ou épisodique : un silence de fond est nécessaire, un silence de tempérament, un silence de constitution en vertu duquel nous sommes, non pas insensibilisés au monde – à Dieu ne plaise (et le rapport au Livre opère en nous tout le contraire) – mais insonorisés au monde. L’ennui, c’est que nous avons – nous aurons certainement de plus en plus de difficulté à faire un tel silence, ou plutôt à nous laisser faire par lui, parce que toute notre culture ambiante lui est funeste et que, de cette culture, nous sommes non les victimes innocentes, mais, il faut bien l’avouer, les complices. Notre rapport au temps tout d’abord est miné : c’est effrayant comme nous devenons tous des hommes d’affaire, alors que le maniement du Livre demande du temps, [...] de ce temps naturel qu’il faut à l’arbre pour bourgeonner, à l’homme pour porter patiemment du fruit »

    p. 31-32 : « La sainte lecture est très fragilisée par une culture multimédiatique qui fait voler le Sens en éclats, qui n’a aucun sens au bout de ses avenues, lesquelles, si prestigieuses qu’elles s’affichent, ne sont que des impasses. Or le Livre est précisément aux antipodes de cette encyclopédie éclatée, de cette grande surface du Sens qu’on nous propose, qu’on nous impose. Le Livre est à lui tout seul une Encyclopédie, mais une encyclopédie centripète qui ramasse le Sens et qui nous ouvrage, nous construits, nous édifie [...] jardine notre être au plus profond [...] c’est [...] tout notre univers mental que [l'Ecriture] préforme et structure, toute notre appréhension du temps, des êtres et des choses. Elle est cette croisée discrète, ce filigrane à travers lequel nous voyons, nous lisons toute réalité [...] notre rapport à l’Ecriture ne peut plus apparaître comme un exercice matériel, officiel, ni non plus comme un loisir de notre vie, mais comme le moyen ordinaire de notre invasion par la Parole de Dieu. [...] C’est une respiration, une digestion, une alimentation élémentaire et constante qui interfère avec toute notre vie quotidienne » (31-32)

    P. 33-35 : « Le monde de la Bible n’est pas un monde archéologique que l’on visite à l’occasion [...] mais un monde archétypique qui met toute notre existence en question, en prospective, en projet. C’est un monde « compact », un assemblage, une assemblée de Sens, une Cité de Sens [...] L’Ecriture, mise en « partition » (au sens musical derechef) par la liturgie de l’Eglise, aux cycles pluriels, nous fournit des « thèmes » sur lesquels notre activité la plus immanente, la plus secrète, la plus mobile, va pouvoir travailler continuellement. » À mon avis le propos du frère peut concerner notre activité la plus concrète, du reste, poursuit-il, la sainte lecture « se fait à travers tous les actes de notre vie quotidienne, indépendamment et bien au-delà de l’acte matériel de lecture : elle se fait à travers tout ce que nous pouvons faire, pourvu que ce soit pour la gloire de Dieu (1 Co 10, 31) et au nom du Seigneur Jésus (Col 3, 17) ; à travers la prose de la vie, à travers la souffrance, à travers la rencontre de tout autre, à travers le service du plus petit (Mt 25, 40), à travers la célébration des sacrements, à travers… d’autres lectures même que celle du Livre, dès là qu’on le porte en soi comme un présupposé et qu’on l’a assimilé de manière organique. Ce faire tout au nom du Christ Jésus est, en tant qu’interprétation et exécution de la Parole, la sainte lecture même. [...] la lecture au sens strict ne représente [...] que les pilotis [...], l’infrastructure minimale de la lecture véritable : le livre est le ressort, le support du vivre. »
    Si le Livre est Cité du Sens et si on conçoit l'action catholique comme une exécution-interprétation de la Parole, on voit la cohérence de baser la construction d'une Cité catholique sur l'interprétation du Livre, Livre dont bien sûr le Christ est reliure, Figure centrale, étalon du sens et visée.

  • Je partage à 100 % ce plaidoyer pour la lectio divina. Les livres cités sont excellents. Chez Ad Solem, je conseille aussi Les Portes du silence (un moine) et L'Ermitage (un moine). Radicalement anti-moderne; profondément contemplatif.
    En mettant un psaume en citation ce matin, en prière publique, j'ai, je crois, accompli sans le savoir le vœu de Jérôme que je n'avais pas lu.
    La prière avant de se connecter serait utile. Avis de recherche général. Ce blog repose sur l'idée que nous devons incarner concrétement par nos manières de vivre une contre-culture catholique, une dissidence. Quelle place prend la lectio divina dans nos vies ? Personnellement, je lis chaque matin, autant que possible, les lectures de Matines et je récite au minimum l'office de Prime dans le diurnal bénédictin. Ma journée commence donc par louer Dieu.

  • Excellent travail, très enrichissant de vous lire. Je vais vous faire un peu de pub auprès de mes contacts, vous l'méritez bien !

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