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17/10/2006

Résistance contemplative

Sous ce titre, je viens de terminer un article de Une pour le prochain numéro de L’Homme Nouveau à sortir le 28 octobre. Si je l’évoque ici, ce n’est pas tant pour une question de publicité gratuite, que parce que le sujet que j’aborde rejoint directement les préoccupations de ce blog.
Dans cet article, je m’appuie notamment sur le dernier livre de Gilles Lipovetsky, Le Bonheur paradoxal, essai sur la société d’hyperconsommation. Dans ce nouvel ouvrage, Lipovetsky dresse le constat de la naissance d’une nouvelle modernité qualifiée de « civilisation du désir ». Toujours selon Lipovetsky, cette « civilisation du désir » repose sur « la stimulation perpétuelle de la demande, de la marchandisation et de la multiplication indéfinie des besoins ». Surtout, elle ne se limite pas à être une attitude économique et strictement marchande (en quoi, elle serait déjà critiquable). Elle débouche aussi sur une nouvelle façon de vivre, sur un nouvel art de vivre, de se comporter, d’être.
Lipovetsky va même plus loin. Il estime que cette « puissante dynamique de commercialisation (…) a érigé la consommation marchande en style de vie, en rêve de masse, en nouvelle raison de vivre ». Il y a là quelque chose de proprement inquiétant. On notera que Lipovetsky dresse davantage l’état des lieux qu’un acte d’accusation. Il constate, il analyse, il détaille cette société d’hyperconsommation. Il ne la remet pas foncièrement en cause. En tous les cas, pas totalement. Il estime notamment que la religion est devenue, elle aussi, dans ce cadre consumériste, une denrée comme les autres. Il y a un marché de l’âme comme il y avait naguère un marché aux bestiaux. On y picore ici les méthodes de méditations de l’Orient. On y ajoute une sauce d’angélologie occidentale. On remue en y mêlant un peu d’humanitarisme. Et l’on obtient une espèce de spiritualité à la carte. J’écris bien de « spiritualité », car le mot « religion » fait peur. Religion vient, en effet, de « religare » : relier. La religion nous relie à Dieu et aux autres. Elle ne procède pas d’un individualisme qui se construit son propre système de croyance, ou, plus exactement sa propre spiritualité. Si la religion est personnelle, par l’acte de foi, elle est aussi communautaire. La religion ne nie évidemment pas le spirituel, mais elle n’envisage pas n’importe quel spirituel. Pour revenir à Lipovetsky, il estime que la religion (mais il faudrait mieux écrire le spirituel des bo-bos) est incapable de proposer une véritable alternative à l’hyperconsommation (qui est selon lui la troisième étape de la société de consommation).
A-t-il raison ? Je ne crois pas. Si nous voulons être cohérents avec notre foi, nous ne pouvons pas être indifférents à cette société ultra-consumériste. À la façon de vivre que cette société d’hyperconsommation a induit, il faut répondre par un autre art de vivre. Un art de vivre naturel et catholique, les deux allant de pairs. Dans mon article de L’Homme Nouveau, je donne quelques pistes, très humbles, mais à la portée de tous, je pense. Par-dessus tout, je pense que le premier effort à fournir devant cette société d’hyperconsommation est une forme de résistance. De résistance contemplative car ce n’est pas tant les biens marchands qui sont dangereux que la primauté qui leur est accordée. Il faut rendre à la contemplation, qui n’est pas réservée aux religieux, sa place : la première. Primauté de la contemplation, donc. Il serait intéressant de recueillir des témoignages qui montrent comment nous mettons en première ligne l’importance de la contemplation.

Pour aller plus loin :
medium_Bonheur.jpg

Commentaires

Voilà effectivement le vrai défi. Le sujet du consommateur va d'ailleurs de pair avec celui de la transformation de chacun en producteur, notamment de raisonnements. Il me parait essentiel de comprendre que la société supermarchande peut avoir pour conséquence de vider d'âme l'homme. Ce livre m'intéresse donc. Nous constatons en fait la capacité extraordinaire de la société d'hyperconsommation a tout digérer. Notre pays a été déchristianisé par la consommation plus rapidement qu'en deux siècles de "lumières". Même l'islamisme qui se veut une réaction à l'occident marchand, n'en est qu'un sous-produit, assoiffé de médias de masse. La vraie réaction ne prend pas les armes de l'ennemi, car elle est empreinte de légitimité. Et je trouve ainsi votre titre terriblement bien choisi !

Écrit par : Maximilien FRICHE | 17/10/2006

Juste une précision pour Maximilien Friche : le livre de Lipovetsky est une voyage sociologique dans la réalité hypermarchande à travers une tentative de conceptualisation de cette réalité. Il est intéressant en bien des points, notamment parce qu'il dégage bien un certain nombre d'éléments de cette société. Cela étant, il n'y a aucun soubassement chrétien dans son analyse et je le redis il estime que la religion, réduit par lui au spirituel, est incapable de répondre au danger de la société d'hyperconsommation. C'est un livre à lire pour mieux cerner un phénomène, mais certainement pas pour y trouver des solutions. Enfin, vous nous direz ce que vous en pensez. Combien vous avez raison quand vous écrivez que « Notre pays a été déchristianisé par la consommation plus rapidement qu'en deux siècles de "lumières". » Ce qui m'étonne le plus, c'est que nous catholiques nous avons tendance à ne pas prendre au sérieux ce phénomène. Il est urgent d'y répondre. Et pratiquement ! Si vous avez des idées là-dessus, n'hésitez pas à nous en faire part.

Écrit par : Philippe Maxence | 17/10/2006

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