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12/10/2006

L'hérésie technologique

Dans L'époque de la sécularisation (Éditions des Syrtes), le philosophe italien Augusto Del Noce s'attache à définir ce qu'il appelle « l'hérésie technologique ». Lisez et comparez avec notre société. Extraits :
« dans la vision traditionnelle, il y a primauté de la contemplation d'un ordre idéal auquel notre action doit se conformer. La civilisation technologique lui substitue une primauté de l'action, en ce sens que la connaissance humaine n'a de valeur que dans la mesure où elle peut servir à des fins pratiques : la transformation de la matière pour les fins de l'utilité et de la domination sur les choses exercée par l'homme sensible ».
« Passons à un autre point : ce qui doit arriver lorsque les hommes ne sont plus unis par des idéaux ou des valeurs surprasensibles. La recherche du bien-être remplace alors celle de la vie bonne; et il ne peut y avoir de bien-être, notion tout à fait distincte de la félicité, sans, précisément, de sensations "nouvelles". L'intellectuel est dès lors au service du public, non plus l'élever mais pour satisfaire ce besoin de nouveautés. Un individu ne sentira uni à un autre que lorsqu'il en aura besoin pour sa toujours plus grande réalisation sensible. Par conséquent, tout doit devenir objet d'échange ».
« On pourrait m'objecter que le développement technologique, comme tel, n'est pas responsable de ces attitudes. Ceci est très juste : mais quand on parle de civilisation technologique on n'a pas à l'esprit l'activité technique en elle-même, mais son absolutisation. Nous somes dans le domaine des -ismes, à savoir de la perversion qui fait d'une activité humaine qui se déploie dans le sensible une idole : l'art en esthétisme, l'amour comme érotisme, la politique comme totalitarisme ».
« apparemment, la civilisation technologique laisse ouvert un espace à la religion, au sens où elle distingue entre le vérifiable et l'invérifiable. D'un côté la zone du profane, de l'autre celle du sacré. Certains ajouteront que ceci entraîne une purification du sacré, ainsi débarassé de tout mélange avec le profane. Mais attention : de fait, dans la conscience courante de la civilisation technologique le vérifiable sera le réel, l'invérifiable illusion subjective. En supposant même une position plsu tempérée, la religion sera réduite à sa fonction "vitalisante". Par là, elle sera mise sur le même plan que les drogues; et il n'est pas du tout certain qu'elle soit la plus efficace quand on la considère sous ce rapport. Personnellement, je pense que dans cette subordination de l'aspest de vérité de la religion à celui de force "vitalisante" – ce qui implique entre autres que ses affirmations métaphysiques et ses dogmes soient considérés uniquement comme des symboles et jugés non dans leur vérité, mais dans leur capacité à exercer cette fonction stimulante – réside l'essence du blasphème ».
« Malgré toute l'apparence contraire, les origines de la mentalité technologique ne résident pas du tout dans le développement technique, mais dans une déviation religieuse. Et à mon avis on n'insistera jamais assez sur le caractère avant tout religieux de la crise de notre siècle. Pour moi, l'idéal de la civilisation technologique n'est autre que la dernière forme, désormais complètement laïcisée, de l'hérésie millénariste »

20:35 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (0)

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